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Sur la piste du plus gros cratère au monde au coeur du Québec

Quelques-uns des cônes de choc que le géologue... (Fournie par Serge Genest)

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Quelques-uns des cônes de choc que le géologue Serge Genest croit avoir trouvé dans les environs du lac Albanel. Seules des pressions extrêmes, comme celles que provoquent la chute d'un météorite et les explosions nucléaires, peuvent imprimer de tels cônes dans la roche.

Fournie par Serge Genest

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(Québec) Le plus gros cratère du monde se trouverait-il au Québec? L'hypothèse est fort controversée et le demeurera certainement dans un avenir prévisible, mais une petite équipe de géologues croit avoir trouvé les indices qu'il faut pour le démontrer, lors d'une campagne sur le terrain cet été et l'an dernier. Et si leur théorie s'avère la bonne, l'impact aurait laissé un «trou» deux fois plus grand que celui qui est associé à l'extinction des dinosaures.

«On a suffisamment d'évidence dans tout le secteur pour dire qu'il y a un impact météoritique majeur qui a affecté les roches de la région de Chibougamau, de Mistassini et des monts Otish. Il nous manquait de l'information dans le secteur des lacs Mistassini et Albanel, mais on a maintenant ce qu'il faut pour étayer notre modèle», dit Serge Genest, vieux routier de la géologie québécoise qui a découvert plusieurs gisements d'uranium. Il prévoit présenter ses indices lors du congrès Québec Mines 2016, qui aura lieu en novembre au Centre des congrès.

Le cratère en question, si c'en est bien un, aurait été creusé par un énorme météorite il y a environ 2,1 milliards d'années. La formation des Laurentides, qui date de «seulement» 1 milliard d'années, en aurait ensuite effacé la plus grande partie, mais il resterait environ le quart de la marge, entre Chibougamau et les monts Otish. Les lacs Mistassini et Albanel, qui ont la forme d'arcs de cercle concentriques, feraient partie de cette marge. Si l'on poursuivait cet arc de cercle pour recréer le cratère complet, on obtiendrait un «trou» - en présumant que la forme des deux lacs n'a pas trop changé depuis deux milliards d'années - de 300 à 500 km de diamètre et qui pourrait atteindre Charlevoix.

Par comparaison, notons que le plus grand cratère confirmé du monde, celui de Vredefort, en Afrique du Sud, mesure 300 km. Celui de Chicxulub, au Mexique, auquel on attribue la disparition des dinosaures, n'en fait «que» 180.

Le cratère, s'il est confirmé que c'en est... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Le cratère, s'il est confirmé que c'en est un, aurait eu jusqu'à 500 km de diamètre, couvrant toute la zone située entre Chibougamau et Charlevoix. Il daterait de deux milliards d'années et la plus grande partie aurait été effacée par les Laurentides, qui se sont formées il y a un milliard d'années.

Infographie Le Soleil

Pas convaincus

M. Genest, sa collègue Francine Robert et le géologue de l'UQAM Normand Goulet avaient présenté les premiers éléments de leur théorie au printemps 2015, lors d'un congrès de géologie à Montréal. Leurs pairs avaient toutefois accueilli l'annonce avec beaucoup plus de scepticisme que d'enthousiasme, soulignant que leur théorie reposait sur des faits qui pouvaient être interprétés autrement. Une faille importante et bien connue passe dans le secteur du lac Mistassini, ont-ils remarqué, ce qui pourrait expliquer beaucoup des «anomalies» que M. Genest associe à un météorite.

Depuis, celui-ci est retourné sur le terrain et dit avoir trouvé des «cônes de choc», soit des structures striées dans la roche, en forme de cônes. Il s'agit là d'une marque que laissent des pressions extrêmes dans la roche; les météorites et les détonations nucléaires en sont les seules causes connues. Ces cônes se trouvent le long de la route 167, qui longe le lac Albanel, à la hauteur du milieu et de l'extrémité nord du lac.

«Par contre, certaines structures peuvent être sujettes à controverse; elles pourraient avoir été créées par d'autres mécanismes qu'un impact météoritique», reconnaît M. Genest. Le géologue s'attend à ce que certains de ses collègues interprètent ces «cônes» comme étant des «marques en forme de plume» (hackle marks, en anglais). Contrairement aux cônes, de telles marques ne sont pas une preuve d'impact - mais elles pourraient, suppute M. Genest, avoir été laissées par le stress que la remontée subite du sol, après l'impact, aurait fait subir à la roche.

Déformations microscopiques

En plus de ces cônes, le géologue dit avoir trouvé des signes d'impact dans l'analyse microscopique. Les chocs extrêmement intenses laissent en effet dans les cristaux des patrons nommés «déformations planaires», qui sont des lignes parallèles observables au microscope. Des cristaux prélevés aux deux extrémités du lac Mistassini en contenaient, dans des roches qui montraient clairement des signes de fusion passée et qui sont (peut-être) des morceaux de roc projetés par l'impact.

En tout, cela fait des signes d'impact qui s'étirent sur 250 km, dit M. Genest. Reste maintenant à voir si cela suffit à convaincre plus de ses pairs que l'an dernier...

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