La tête trop dure pour le dépistage génétique...

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(Québec) BLOGUE / Si votre médecin vous disait que vous êtes porteur de plusieurs variantes de gènes qui, toutes ensemble, augmentent de beaucoup vos risques de faire de l'artériosclérose et des problèmes cardiaques, est-ce que vous changeriez votre alimentation pour compenser ? Feriez-vous un peu plus d'exercice, histoire de mettre toutes les chances de votre côté ?

La réponse est évidente : oui, bien sûr que vous le feriez. Absolument. Dès demain s'il le faut. Parce que, vraiment, ça prendrait toute qu'une tête de mule pour ne pas comprendre ce genre de message, que nos propres gènes nous envoient, hein ?

Eh bien vous avez peut-être (sans doute, même) la tête pas mal plus dure que vous le pensez. D'après un article très intéressant paru récemment dans le British Medical Journal, les tests génétiques ne changent rien, dans l'ensemble, à nos habitudes de vie, même quand les avertissements qu'ils nous servent sont clairs comme de l'eau de roche. Ce qui vient jeter un beau pavé dans la mare de l'industrie (en pleine expansion) du dépistage génétique

Le texte, qui est une méta-analyse de 18 études différentes, montre très bien que dans l'ensemble, le fait de communiquer un risque accru à cause des gènes ne change (malheureusement) pas grand-chose à leurs habitudes de vie. Et ce qu'il y a de particulièrement intéressant, ici, c'est que l'absence d'effet s'observe sur un éventail de risques et de changements assez diversifié : se savoir génétiquement plus à risque de ceci ou de cela ne fait aucune différence pour arrêter de fumer, pour l'activité physique, la consommation d'alcool, l'usage de médicaments, la participation à un programme de détection hâtive des symptômes ou à des groupes de soutien. Le seul changement pour lequel l'effet est presque significatif - ils sont vraiment sur la ligne, avec une valeur p pile poil sur le seuil de 0,05 - est la diète, mais quand, comme les auteurs de l'article du BMJ, vous avez besoin de conjuguer sept études et près de 1800 participants pour en arriver là, c'est le signe que l'effet, s'il existe, est bien mince.

Heureusement, il semble que se savoir porteur d'un allèle (une «version» de gène) à risque n'empire pas l'anxiété ou l'humeur dépressive des patients. Remarquez, ce n'est guère étonnant, compte tenu de ce qui précède - si cela rendait les gens nerveux, on peut supposer qu'ils agiraient -, mais cela vaut la peine de le noter puisque la possibilité de créer de l'anxiété est un des arguments de ceux qui jugent qu'on fait trop de dépistage génétique.

C'est toujours ça de pris, comme on dit...

À cet égard, d'ailleurs, je vous recommande la lecture de cet excellent billet du tout aussi excellent blogue Science-Based Medicine. Essentiellement, si le dépistage rapide est, de manière générale (et parfois théorique), un concept extrêmement utile, il semble que bien des tests disponibles sur le marché ne servent pas à grand-chose, du moins pas encore, pour diverses raisons. Ils mettent au jour des risques contre lesquels on ne peut pas grand-chose, ou cherchent des allèles qui, pris séparément, n'ont qu'une faible influence sur la santé (sur l'artériosclérose, on n'a rien trouvé qui augmente les risques par plus qu'un facteur 1,3, voir l'hyperlien dans le 1er paragraphe), et c'est sans compter qu'on ne connaît pas encore bien la variabilité du génome humain ni l'effet des combinaisons de gènes, ce qui embrouille pas mal le portrait.

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