Faut-il taxer les sodas?

Taxer les «boissons sucrées», est-ce que ça marche? Les gens en boivent-ils... (AFP)

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(Québec) Taxer les «boissons sucrées», est-ce que ça marche? Les gens en boivent-ils moins par la suite? Et est-ce un levier qui permet d'agir sur l'épidémie d'obésité? Quand des chercheurs de l'Institut de cardiologie et de pneumologie de l'Université Laval ont commencé à explorer ces questions, il y a quelques années, ils ont vite compris qu'il y avait tellement d'études parues à ce sujet qu'une chatte y perdrait ses petits. Et qu'ils avaient besoin de se faire une sorte de «carte».

Après un travail de longue haleine, trois chercheurs de l'Institut, Yann Le Bodo, Marie-Claude Paquette et Philippe De Wals, ont publié hier un livre-synthèse sur la question, Taxing Soda for Public Health. A Canadian Perspective, qui aborde de front et avec un angle canadien une foule de thèmes habituellement traités séparément. Le Soleil s'est entretenu avec l'un d'entre eux. Entrevue avec Yann Le Bodo.

Q  Alors, au vu de ce qui s'est fait ailleurs, est-ce que ça marche, taxer les boissons sucrées?

R  C'est une des parties centrales de l'ouvrage : quels pourraient être les effets d'une taxe sur les prix et la consommation de boissons sucrées? La littérature est assez touffue à cet égard, on y retrouve des études sur les pays qui ont adopté une taxe, des simulations, etc. [...] Dans les cas réels, ce qu'on tend à voir, c'est que quand on impose une taxe, c'est généralement accompagné à court terme d'une hausse de prix, parfois au-dessus de ce à quoi pouvait s'attendre, parfois en dessous. [...] Ce qui est difficile dans ces cas-là, c'est d'isoler quel a pu être l'impact de la taxe. Mais au Mexique, par exemple, dans l'année qui a suivi l'adoption d'une taxe, on a observé une hausse de 10 % des prix et une baisse de 6 % de la consommation. Et en parallèle, on a aussi noté une augmentation de la consommation de boissons non sucrées. Mais il faudrait mesurer tout cela à plus long terme. [...]

Q  Quelle est la part des boissons sucrées dans l'actuelle épidémie d'obésité?

R  On sait que l'obésité et les autres maladies chroniques qui y sont associées sont des problèmes complexes et qu'il n'y a pas un facteur en particulier qui est à viser. [...] Mais on sait aussi que la surconsommation de ces boissons est associée à un risque accru de gain de poids, de diabète de type-2 et de carie dentaire; on sait que la consommation de ces boissons se maintient à des niveaux élevés, que leur valeur nutritive est faible et qu'elles font l'objet d'efforts de marketing assez appuyés, qui visent les jeunes. Alors il y a un profil, ici, qui justifie des efforts de santé publique.

Q  La consommation de boissons sucrées est plus répandue chez les pauvres. Alors est-il «juste» de les faire payer plus?

R  C'est une question importante. Effectivement, la consommation de boissons sucrées tend à être plus importante chez les familles à faible revenu. On n'a pas beaucoup de données canadiennes et québécoises là-dessus, mais certaines enquêtes montrent que c'est le cas, notamment chez les jeunes. Mais il y a différents points à discuter, ici. Le premier est de savoir si le caractère régressif de cette taxe, qui toucherait plus les défavorisés, peut être compensé par les bénéfices progressifs. Et certaines études suggèrent qu'une taxe amène une réduction de la consommation plus grande chez ces personnes-là, et les problématiques de santé qui y sont associées touchent plus ces familles-là. Donc le bénéfice pourrait être à la hauteur.

Et pour ce qui est du fardeau de la taxe, il faut aussi remettre ça en perspective dans l'ensemble de la fiscalité au Canada. [...] C'est justement pour contrebalancer certaines taxes à la consommation, qui sont souvent régressives, qu'il existe des dispositifs de remboursements de taxe.

Q  Quels sont les principaux obstacles à l'instauration d'une taxe?

R  L'opinion publique est un facteur important. Alors quels sont les objectifs de la taxe, quel usage on veut faire des revenus de la taxe? Ce sont des points qui doivent être clairs et mis de l'avant. Dans les pays où la taxe est passée, il y avait un leadership politique assez prononcé, il y avait une conviction assez forte que c'était une mesure qui avait de l'intérêt, et on y mettait les moyens nécessaires. Et un autre point, c'est que là où une taxe a été adoptée, ça n'a pas été seulement pour des considérations de santé, mais aussi des considérations budgétaires : c'était souvent annoncé non pas par le ministère de la Santé, mais par les Finances.

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