Ajouter du lithium dans l'eau potable?

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(Québec) BLOGUE / C'est une très intéressante question que mon collègue de La Presse Mathieu Perreault soulève dans son texte paru en fin de semaine : devrait-on ajouter du lithium à l'eau potable, de la même manière que l'on y ajoute (ou, enfin, qu'on devrait le faire...) du fluor pour prévenir la carie?

Dans la pharmacopée moderne, le lithium est connu comme un «stabilisateur de l'humeur» et est prescrit aux gens qui souffrent de maniacodépression ou de dépressions sévères qui ne répondent pas aux antidépresseurs. Or, c'est aussi un élément présent dans le sol et qui se trouve naturellement dans l'eau potable de plusieurs communautés à travers le monde. On parle ici, notons-le tout de suite, de «doses» qui n'ont rien à voir avec ce que l'on prescrit médicalement : on donne aux patients des comprimés de 300 milligrammes alors que l'eau de ces villes en contient généralement entre 0,01 et 0,150 mg/l, ce qui signifie qu'il faudrait en boire des milliers de litres avant d'avoir une dose «médicale». Mais même à de si faibles concentrations, la consommation chronique peut apparemment induire des effets positifs sur la psyché, et comme ce lithium est présent à des concentrations très variables d'un endroit à l'autre, cela a permis à des chercheurs d'en tester les effets.

Et «bien qu'elles ne soient pas nombreuses, ces études ont obtenu des résultats remarquablement cohérents, montrant une corrélation inverse significative entre les niveaux de lithium dans l'eau et les taux de suicide», lit-on dans cette revue de littérature scientifique toute récente, qui a recensé une dizaine d'études sur la question. En langage courant : plus une communauté a de lithium dans son eau, plus ses taux de suicide sont bas.

Le mécanisme n'est pas bien compris. Ce lithium dans l'eau pourrait prévenir le suicide en empêchant des gens de sombrer dans la dépression, mais on lui connaît aussi un effet de prévention du suicide même chez les patients dont la maladie ne répond pas bien au lithium. Et dans tous les cas, les données semblent assez claires (bien que peut-être pas encore assez pour justifier une intervention étatique) : ça marche. Et d'après des résultats obtenus par un chercheur de McGill cité par mon collègue, il y aurait aussi un potentiel pour la prévention de l'Alzheimer.

Alors, doit-on le faire, ou du moins financer des recherches en vue d'ajouter, éventuellement, du lithium dans l'eau potable? Si l'on compare avec le fluor, il est évident que le lithium ne bénéficierait pas à autant de gens - la carie est beaucoup, beaucoup plus répandue que le trouble bipolaire ou la dépression majeure «résistante» aux antidépresseurs. Mais d'un autre côté les bienfaits seraient, d'un point de vue qualitatif, spectaculairement plus grands que ceux du fluor, puisqu'un seul suicide est infiniment plus grave que 100 caries. Ce qui, personnellement, me fait plutôt pencher du côté du «oui», a priori. Car dans la mesure où il n'y a pas d'effets secondaires pour la population en général à de si faibles doses (il faudra bien sûr valider ce point scientifiquement avant de prendre une décision, on s'entend là-dessus), pourquoi se priverait-on d'un tel instrument?

Pour participer au débat sur le blogue de Jean-François Cliche, rendez-vous sur http://blogues.lapresse.ca/sciences.

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