Un chercheur en horticulture pro-OGM pris en grippe

Les travaux de Kevin Folta, chercheur américain en... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Les travaux de Kevin Folta, chercheur américain en horticulture, portent en partie sur la génomique des petits fruits. Cela l'a amené à défendre publiquement les OGM aux États-Unis, où il est malgré lui la cible de plusieurs opposants aux organismes génétiquement modifiés.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) «J'ai donné une conférence à New York et, à cause des menaces reçues à mon bureau, le FBI a dû envoyer une escouade antiterroriste pour me suivre jusque là-bas, parce qu'ils jugeaient que les menaces étaient crédibles. Je reçois des colis à la maison mais je ne les ouvre jamais si je ne sais pas qui les a envoyés. [...] Mon bureau a été cambriolé il y a deux mois, ils ont fait des trucs avec mon ordinateur, on ne sait pas trop ce que c'est.»

Kevin Folta n'a jamais travaillé dans l'espionnage. Personne n'a de raison de croire qu'il possède des secrets militaires. Il n'est pas non plus un ancien vendeur de drogue qui aurait dénoncé son réseau à la police. Et non, il n'est pas particulièrement parano ni délirant.

En fait, il est chercheur en horticulture. Spécialisé dans les fraises.

Mais ses travaux portent en partie sur la génomique des petits fruits, ce qui l'a amené depuis une douzaine d'années à défendre publiquement les «organismes génétiquement modifiés» aux États-Unis, où le débat sur les OGM est beaucoup plus explosif qu'ici. Le mouvement écolo, en particulier sa partie opposée aux manipulations génétiques, l'a pris en grippe au point où il est, bien malgré lui, devenu une figure publique et un paratonnerre pour les opposants aux OGM - les rationnels comme les excités.

Un groupe nommé U.S. Right To Know (USRTK), qui harcèle les scientifiques en faveur des OGM, en a fait sa première cible, l'an dernier, demandant par la loi américaine d'accès à l'information la divulgation de milliers de pages de ses courriels - qui n'ont pas révélé grand-chose.

M. Folta est de passage à Québec ces jours-ci pour un congrès sur les fraises et a donné hier une conférence sur la communication scientifique à l'Université Laval, où Le Soleil l'a rencontré.

Q  Comment en êtes-vous venu à faire tant de communication scientifique?

R  C'est assez amusant, parce que politiquement, je penche du même côté que les activistes à bien des égards. Je suis moi aussi pour la justice sociale, j'aime l'environnement, je veux des leaders politiques qui penchent du même côté qu'eux. Mais j'étais au Wisconsin pour mon post-doctorat et je voyais des leaders que j'aimais beaucoup faire d'énormes erreurs à propos des OGM. Alors j'ai voulu les aider à comprendre, [...] j'ai commencé à tenir des ateliers sur le génie génétique, et c'est comme ça que tout a commencé.

Q  Et ce sont justement ces ateliers qui vous ont attiré tous ces problèmes, parce que Monsanto a fini par les financer (25 000 $ remis à l'Université de Floride, que M. Folta a utilisés pour ses déplacements). Le New York Times, quand un de ses journalistes a feuilleté vos courriels, a parlé de «liens étroits» avec l'industrie. Avez-vous une relation étroite avec le secteur agro-industriel?

R  Le problème, c'est que si vous regardez 30 ans de correspondance, vous pouvez trouver, disons, 36 courriels sur 30 ans et dire : «Eh bien, 36 courriels, c'est toute une relation.» Mais je ne suis vraiment pas proche de l'industrie agroalimentaire. J'ai des amis qui y travaillent, des relations de travail qui vont et viennent avec d'autres, et pour le public, cela peut sembler être de la proximité, mais ça n'en est pas. Je n'ai pas d'arrangements financiers avec eux, je n'ai jamais reçu de compensation à titre personnel. Mais même si j'avais des liens avec l'industrie, ce ne serait pas forcément un problème. Dans mon domaine, nous, les scientifiques, devons travailler pour le public, pour les fermiers et pour l'industrie. [...]

Q  Vous avez été une des premières cibles de USRTK. De ce qu'on comprend, cette histoire de courriels est derrière vous, mais vous n'avez pas fini d'en subir les conséquences...

R  En fait, ils demandent toujours mes courriels. USRTK, la Food Babe [une tenante de la «santé naturelle» connue pour ses «conseils» dénués de tout fondement scientifique], des citoyens, ils demandent tous mes courriels et ils les reçoivent très rapidement. C'est immédiat, mais c'est très coûteux. Un avocat doit passer sur chaque page. Et personne n'a rien trouvé d'excitant. C'est pour ça, je crois, qu'ils ont forcé mon bureau, pour trouver des «preuves», mais il n'y en a pas. Et d'autres ont épluché mes courriels, dont plusieurs journalistes, et m'ont dit : «Je suis désolé de ce qui vous arrive, vous êtes un vrai boyscout.» Quand on ne sort pas les choses de leur contexte, on voit que je fais mon travail et que je le fais bien.

Q  Avez-vous déjà songé à simplement abandonner la communication scientifique?

R  Plusieurs fois. J'ai failli complètement quitter la recherche, je devais vraiment m'éloigner de tout ça. Je me disais que je ne devais pas être attaqué parce que je disais la vérité. [...] Aujourd'hui encore, si vous googlez mon nom, ça ne parle pas de mes travaux de recherche, mais de science corrompue, d'une personne corrompue qui accepte de l'argent pour répandre des mensonges à propos de la science. Ils ont volé mon identité et ça fait mal. [...]

Q  Recevoir de l'argent pour ses dépenses de voyage quand on va donner des conférences est une chose, faire financer sa science par l'industrie en est une autre. Quelle partie de vos travaux de recherche est financée par le privé?

R  Pratiquement aucune. Ma recherche est financée par le ministère de l'Agriculture (USDA), la National Science Foundation, les National Institutes of Health, et nous avons eu une petite subvention par Simplot [une grosse entreprise agricole] il y a quelques années pour étudier des anomalies dans une culture, mais c'est tout. Tout est sur mon site Web [kevinfolta.com].

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