Votre savon est-il propre?

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Les produits que l'on appelle «savons» ne sont pas tous du savon. La règle générale (mais attention, il y a des exceptions) est que les barres solides sont du «vrai» savon et que les savons liquides sont (plus souvent) des détergents.

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(Québec) «J'aimerais savoir si le savon qui se retrouve dans les eaux usées après une douche ou un lavage de mains a une influence sur la qualité de l'eau. Si oui, à l'aide de quelle technologie peut-on extraire ces substances grasses de l'eau?» demande Matthieu Gratton, de Québec.

La réponse simple et facile à cette question est que les principaux ingrédients du savon se dégradent relativement bien dans l'environnement. Comme on l'a déjà vu dans cette rubrique, les savons et les détergents partagent tous la même structure générale: ils sont composés d'une chaîne d'atomes de carbone et d'hydrogène (littéralement, un hydrocarbure) qui est hydrophobe et d'un bout hautement soluble dans l'eau. La nature de ce dernier peut varier beaucoup d'un savon à l'autre, mais est souvent à base de soufre et se dégrade assez bien. Dans l'eau, ces molécules ont tendance à former des sortes de sphères nommées micelles, où les parties hydrophobes se regroupent à l'intérieur et où les bouts solubles forment la surface de la «boule».

Ainsi, les graisses ont une forte affinité pour l'intérieur de ces micelles et vont spontanément y entrer. Et comme l'extérieur est soluble, cela permet de transporter (lire: laver) les graisses dans l'eau.

Il fut un temps où la partie hydrophobe des savons était constituée de plusieurs «branches». C'était un problème parce que ce genre de molécules n'existe pas, ou est très rare, dans la nature; les bactéries ne parvenaient pas à briser ces savons et détergents si bien que, dans les années 60, de la mousse s'accumulait dans certains plans d'eau et causait de sérieux problèmes environnementaux. Ce n'est toutefois plus le cas: la partie hydrophobe des savons et détergents a habituellement une seule branche. Cela rend la molécule plus toxique à court terme pour la faune aquatique, mais c'est au final beaucoup mieux pour l'environnement que des substances qui s'accumulent. Et il ne faut pas perdre de vue non plus que nos eaux usées sont traitées avant d'être retournées dans les rivières.

Pas tous du savon

Maintenant, s'il est vrai que les principaux ingrédients des savons se dégradent plutôt bien, cela ne signifie pas qu'ils sont tous également inoffensifs pour les lacs et les rivières. Comme c'est souvent le cas dans les questions environnementales, le diable peut se cacher dans les détails, et c'est la composition complète de chaque savon qui détermine son impact sur les écosystèmes.

Les produits que l'on appelle «savons», en effet, ne sont pas tous du savon. Techniquement, un «vrai» savon doit avoir été produit par un procédé particulier (très ancien, d'ailleurs) nommé saponification, qui est grosso modo la réaction chimique entre une graisse et de la soude caustique. Mais beaucoup de «savons» que nous utilisons sont en fait des détergents obtenus par d'autres procédés et mélangés avec d'autres ingrédients. La règle générale (mais attention, il y a des exceptions) est que les barres solides sont du «vrai» savon et que les savons liquides sont (plus souvent) des détergents.

Les autres ingrédients

Toute la question est de savoir quels sont ces autres ingrédients. Certains sont franchement anodins - la consultation de quelques listes d'ingrédients de produits de douche nous a permis de voir que certains contiennent du sel de table (!), du fructose, de l'acide citrique, des jus de fruits (!!), etc.

Mais certains produits de soins corporels contiennent aussi des ingrédients moins «verts». Par exemple, beaucoup de savons qui disent «tuer les germes» contiennent un antibactérien nommé triclosan. En lui-même, le triclosan n'est pas particulièrement inquiétant: hormis de possibles effets hormonaux, il n'est pas toxique pour l'humain aux concentrations présentes autour de nous. En outre, il se dégrade relativement dans l'environnement - mais le hic, c'est qu'il se transforme alors en méthyltriclosan et d'autres sous-produits chlorés (il y a trois atomes de chlore dans chaque molécule de triclosan) qui, eux, peuvent persister longtemps dans l'environnement et s'accumuler dans la chaîne alimentaire. Santé Canada estime d'ailleurs «que le triclosan n'est pas dangereux pour la santé humaine, mais qu'il pose des risques pour l'environnement lorsqu'il est utilisé en grandes quantités».

Microbilles de plastique

De même, certains produits de soins corporels peuvent contenir des microbilles de plastique, qui servent à «exfolier» ou, si l'on préfère, à «gratter légèrement la peau». Cependant ces microbilles s'accumulent dans l'environnement et se trouvent aussi à concentrer certains polluants, qui s'y accrochent. La faune aquatique, qui finit toujours par en avaler, peut donc s'empoisonner de cette manière.

Bref, il n'est pas possible que dire que «les savons» en général sont bons ou mauvais pour l'environnement. Ce genre d'évaluation se fait au cas par cas, selon les ingrédients présents.

Veuillez noter que cette chronique fera relâche pour les deux prochains dimanches, le temps que son auteur se fasse installer de nouvelles batteries. De retour le 21 août.

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