La valeur des pierres «pas précieuses»...

La carletonite qu'on voit sur la photo a... (Fournie par Olivier Rabeau)

Agrandir

La carletonite qu'on voit sur la photo a été découverte au mont Saint-Hilaire et qu'on ne trouve nulle part ailleurs. C'est un cristal de couleur bleue.

Fournie par Olivier Rabeau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) À deux reprises depuis l'automne dernier, des minéraux ont été cambriolés au musée René-Bureau de l'Université Laval. Chaque fois, les médias ont parlé de valeurs de «plusieurs milliers de dollars» alors que, pourtant, le musée ne conserve pas de pierres précieuses, pas de diamants, pas d'émeraudes... Alors qu'est-ce qui peut faire que des «roches», des cristaux, prennent une telle valeur? Qu'est-ce qui les rend à ce point exceptionnelles?

Depuis les vols, le conservateur du musée, Olivier Rabeau, a refusé toutes les demandes d'entrevue qui lui ont été adressées parce qu'une enquête policière est toujours en cours, et aussi pour des raisons de sécurité.

Cependant, lui et le directeur du département de géologie Marc Constantin ont accepté de répondre à quelques questions du Soleil. Sans se prononcer sur la valeur de ce qui a été dérobé et celle des pièces toujours en place, le «fond scientifique» de l'affaire, seul aspect qu'ils veulent aborder publiquement, permet de comprendre plus concrètement à quel point certains cristaux peuvent être rares et pourquoi ils méritent leur place dans un musée.

Et au passage, ils nous ouvrent les yeux sur des richesses minéralogiques exceptionnelles qui gisent, au grand air, dans le sud du Québec. Entrevue.

Q Qu'est-ce qui peut faire qu'une «roche» est à ce point rare qu'elle devient une pièce de collection?

Marc Constantin: On pourrait commencer par tous les processus de formation des cristaux [soit l'organisation d'atomes ou de molécules qui suivent un «patron 3D» répétitif], à une certaine profondeur et sous des pressions fortes. [...] Normalement, les cristaux grandissent dans des cavités. Sinon, quand il manque d'espace, ça veut dire que les cristaux ne peuvent pas croître autant et exprimer toute leur beauté naturelle.

Q Et on imagine bien qu'en profondeur, sous de très fortes pressions, les grosses cavités doivent être très rares...

MC Exactement, parce que le poids de la roche au-dessus fait que ça a tendance à se refermer. On parle ici de profondeurs de 1 km au maximum pour qu'il y ait des cavités ou même des grottes, donc c'est relativement proche de la surface.

Olivier Rabeau: Et il y a aussi toute la question de l'abondance des éléments qui forment les minéraux. La croûte terrestre est composée à 99 % d'oxygène, de silice, d'aluminium, de fer, de calcium, de magnésium et de potassium. Tous les autres éléments sont présents, mais à des concentrations pratiquement négligeables. Ce sont des traces. Alors ça prend des processus géologiques précis pour concentrer ces éléments-là en certains endroits.

Q Donc ça prend la conjugaison d'au moins deux phénomènes exceptionnels, soit des cavités malgré la pression et une abondance d'éléments habituellement rares, pour qu'un cristal croisse...

OR Oui. Et cela prend aussi des températures particulières, la présence d'un flux [par des liquides interstitiels ou du magma] qui transporte les éléments rares vers les sites propices à la cristallisation, et il faut que ces conditions se maintiennent assez longtemps.

Q Pouvez-vous me donner un exemple concret?

OR Il y a un site minéralogique au Québec qui est connu à travers le monde, c'est le mont Saint-Hilaire. Il fait partie des Montérégiennes, qui sont des intrusions [de magma qui a percé la croûte terrestre et fait «pousser» des montagnes de granit au milieu des basses terres du Saint-Laurent, où ce genre de roche est absent] qui sont apparues au Crétacé, donc il y a à peu près 150 millions d'années. Et le mont Saint-Hilaire, c'était une intrusion qui avait une composition chimique très, très particulière, très riche en sodium et en éléments que l'on dit «incompatibles», donc des éléments qui sont habituellement très rares dans la croûte, mais que différents processus ont concentrés dans ce magma-là. Et en plus, c'est un magma où il y avait beaucoup de cavités, alors ces minéraux-là ont eu des belles croissances.

MC Je n'ai pas le chiffre exact, mais on parle ici facilement d'une dizaine de minéraux uniques au monde.

Q Des minéraux uniques... Par exemple?

MC La carletonite, par exemple, a été découverte au mont Saint-Hilaire et on n'en trouve nulle part ailleurs. C'est un cristal de couleur bleue.

Q Est-ce qu'il en reste encore, de la carletonite au mont Saint-Hilaire?

MC Oui, mais les découvertes se font beaucoup par vagues, quand on trouve un emplacement très riche, et ça survient avec l'exploitation de la carrière [de pierre et de concassé qui est active sur un flanc de la montagne]. C'est dans la carrière qu'ils découvraient beaucoup de géodes [cavité recelant des cristaux] il y a quelques dizaines d'années, mais les découvertes sont beaucoup moins fréquentes depuis quelques années et les propriétaires de la carrière sont beaucoup moins chauds à l'idée d'accueillir les minéralogistes amateurs.

Note: certaines parties de l'entrevue ont été légèrement altérées pour mieux cadrer dans un format questions et réponses.

Une légende vivante

René Bureau... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

Agrandir

René Bureau

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

C'est un secret bien gardé, mais le Musée de géologie René-Bureau tient son nom d'une authentique (bien que méconnue) légende vivante. M. Bureau, un ancien chercheur de l'Université Laval, a été le premier conservateur de ce musée de 1940 à 1968 - la fondation remonte au XIXe siècle. Dès 1937, il fut envoyé par le gouvernement du Québec sur le site de Miguasha, dont on commençait à peine à saisir l'importance. Il fut un acteur central de sa mise en valeur et de sa protection, de même que de son inscription à la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999. Et il est toujours bien en vie, «il a fêté ses 101 ans le 4 juillet», dit son successeur à la tête du musée, Olivier Rabeau.  

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer