La marée de méduses

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Une lectrice née aux Îles-de-la-Madeleine croit constater que les eaux de sa région natale sont davantage infestées de méduses qu'auparavant. Est-ce bien le cas?

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(Québec) CHRONIQUE / «Je passe mes étés aux Îles-de-la-Madeleine. Depuis quelques années, nous sommes littéralement envahis par les méduses. Quel est cet étrange phénomène qui me semble nouveau, puisque je suis née là-bas et que je n'ai jamais vu une telle abondance de ces vilaines "bibittes" qui nous empêchent de profiter de la mer», demande Isabelle Lafrance.

Il y a toujours eu des méduses dans le golfe du Saint-Laurent, principalement de deux espèces. L'une, la méduse commune (Aurelia aurita), vit dans presque tous les océans du monde, est translucide et sa «coupole» à l'âge adulte mesure généralement autour de 30 cm de diamètre; sa piqûre est sans danger. L'autre, la «crinière de lion», a également une distribution globale, mais peut devenir beaucoup plus grosse que l'aurélie - jusqu'à 2 mètres de diamètre - et sa piqûre est douloureuse.

Maintenant, y en a-t-il plus qu'avant? Personne n'a de réponse certaine. Les méduses sont des animaux notoirement difficiles à capturer et à dénombrer. Même les prises accidentelles par des bateaux de pêche sont rares parce que ce sont des organismes fragiles qui sont souvent détruits (les plus petits, du moins) par le poids des poissons et les filets, explique le spécialiste de la faune des fonds marins Philippe Archambault, professeur à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski.

En fait, même l'Observatoire global du Saint-Laurent, qui gère ce qui est sans doute la banque de données la plus complète sur la biodiversité du Saint-Laurent, n'a aucune information sur les populations de méduses.

Alors on en est essentiellement réduit à faire des hypothèses, et «il y a deux écoles de pensées là-dessus en recherche, dit M.Archambault. Il y a des coupures de journaux qui montrent qu'il y a eu des grosses éclosions de méduses dans le passé, par exemple en 1906 le long de la côte de Californie, autour de Monterrey Bay. [...] Alors il est possible qu'il y ait eu des épisodes de grande abondance dans le passé. Il y a des gens qui posent la question en science parce que cela ne fait pas si longtemps que ça qu'on fait le suivi. Et peut-être que les gens sont simplement plus attentifs à ça de nos jours».

Il se peut aussi que, hormis la taille des populations, d'autres facteurs donnent l'illusion d'une invasion de méduses, poursuit-il. Si les changements climatiques modifient les patrons de vent, par exemple, cela peut pousser davantage de méduses vers les côtes -on aura alors l'impression d'être «envahis», comme le dit notre lectrice, mais le nombre des méduses sera resté inchangé.

Activité humaine en cause

Cela dit, cependant, il y a aussi l'«autre» école de pensée qui dit que l'activité humaine a, d'une manière ou d'une autre, et sans doute de plusieurs façons, introduit en mer des «éléments qui pourraient favoriser leur augmentation, et ce sont des faits bien documentés», dit M.Archambault.

La température de l'eau est une donnée importante, car ce sont des animaux qui, de manière générale, s'en tirent mieux dans les eaux chaudes. Et le réchauffement planétaire, bien sûr, peut les avantager.

Ensuite, dit M. Archambault, «on sait que près des côtes, à cause de l'activité humaine, il peut y avoir beaucoup de nutriments dans l'eau à cause des déchets, des égouts et de la pollution agricole. Les méduses peuvent survivre dans ces conditions-là, mais en plus ces nutriments-là vont nourrir le phytoplancton [des algues microscopiques qui flottent dans l'eau]».

Or ce phytoplancton est en plein ce dont se nourrissent les méduses lorsqu'ils sont à un stade de leur développement nommé polype. Lorsqu'elles naissent, les larves flottent dans la colonne d'eau plus ou moins au hasard, mais elles finissent par s'accrocher au fond des mers, où elles développent un pied et laissent leurs tentacules se faire balancer par le courant, un peu à la manière des anémones- lesquelles appartiennent d'ailleurs à la même (très) grande famille biologique que les méduses, soit les cnidaires. Les polypes filtrent ainsi l'eau de manière à en recueillir le phytoplancton dont ils se nourrissent.

Et bien sûr, s'il y a plus de nourriture pour les polypes, ils croîtront davantage. Mais il y a plus : les méduses ont cette drôle de faculté qu'elles sont capables de se reproduire même avant d'atteindre leur maturité, dès le stade du polype. Pas de manière sexuée, comme elles le font à l'âge adulte, mais plutôt par «bourgeonnement, un peu comme du clonage, dit M. Archambault. Et ça peut être beaucoup plus rapide [pour la reproduction], parce qu'ils sont déjà attachés à un substrat, ce qui fait qu'ils peuvent rester à couvert, cachés de leurs prédateurs, plutôt que dans la colonne d'eau où il y a d'autres organismes qui peuvent les manger».

En outre, dit-il, certains biologistes croient aussi que la prolifération des plastiques dans les océans peut fournir aux méduses plus de substrats où leurs polypes peuvent se fixer.

«Alors ça fait beaucoup d'ingrédients pour des éclosions, conclut M. Archambault. Mais il faut faire attention parce que ces ingrédients-là sont en augmentation, mais pas partout sur la planète. Alors est-ce que l'abondance des méduses est un cycle, ou est-ce qu'on a créé les conditions de ces éclosions? Des fois, juste le vent va faire qu'on en a plus. [...] On n'a pas assez de données et de suivi pour le savoir.»

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