Du saumon transgénique bientôt dans les assiettes?

Le saumon transgénique qui sera commercialisé, appelé AquAdvantage,... (Photothèque Le Soleil)

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Le saumon transgénique qui sera commercialisé, appelé AquAdvantage, est un saumon de l'Atlantique auquel a été ajouté un gène du samon Chinook afin d'accélérer sa croissance.

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(Québec) Pour la première fois, Santé Canada donne son aval pour la consommation d'un animal génétiquement modifié. Le tout, alors qu'aucune loi canadienne n'existe actuellement pour exiger l'étiquetage obligatoire des OGM.

C'est donc dire que d'ici peu, on pourrait retrouver du saumon génétiquement modifié non identifié sur nos tablettes d'épicerie? Pas nécessairement, selon Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie, à Halifax. Mais le temps presse, ajoute-t-il.

«Ce qui m'inquiète, c'est qu'on va peut-être un peu trop vite sans avoir réglé la problématique de la transparence», mentionne M. Charlebois à propos du manque de réglementation sur l'étiquetage des OGM. «Profitons de cette occasion-là pour régler l'histoire de la transparence, et allons de l'avant avec l'étiquetage obligatoire. Parce que je ne condamne pas la décision, je pense que c'est une décision intéressante, mais dans le contexte actuel, c'est une décision qui est dangereuse.»

Le saumon transgénique en question, appelé l'AquAdvantage par la compagnie AquaBounty Technologies, est un saumon de l'Atlantique auquel a été ajouté un gène du saumon Chinook afin d'accélérer sa croissance.

Après les États-Unis

Le Canada devient ainsi le deuxième pays, après les États-Unis, à approuver la consommation humaine du saumon AquAdvantage, la Food and Drug Administration ayant donné son approbation en novembre 2015.

La production commerciale du saumon transgénique débutera dans plus d'un an, a mentionné Dave Conley, directeur des communications chez AquaBounty Technologies, à La Terre de chez nous. L'entreprise américaine derrière l'élaboration du AquAdvantage n'a pas rappelé Le Soleil vendredi.

C'est donc dire que le gouvernement a un peu de temps pour mettre en place une législation. Et avec la récente adoption au Vermont d'une loi obligeant les compagnies alimentaires à mentionner la présence d'OGM dans leurs produits, le Québec semble être enclin à suivre la vague. En avril, La Presse révélait que le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Pierre Paradis, travaillait à l'élaboration d'un projet de loi sur la question en harmonie avec l'Ontario. Aucun échéancier n'a toutefois été mentionné pour l'instant.

Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM, espère que le Québec pourra devenir «le Vermont du Canada» en ce qui a trait à sa gestion législative des OGM. Une pétition a d'ailleurs été lancée par son organisme pour exiger l'étiquetage obligatoire. Une initiative qui a récolté plus de 5000 signataires à ce jour, précise M. Rehn.

Joint vendredi par Le Soleil, Santé Canada a tenu à préciser que même sans loi, «les compagnies peuvent volontairement le faire [identifier la présence d'OGM sur leurs étiquettes]. On les invite à le faire».

Pas de consensus sur les dangers potentiels

Le saumon transgénique AquAdvantage, qui vient d'être approuvé pour la consommation au Canada, «est aussi sain et nutritif pour les humains et le bétail que le saumon classique», selon un communiqué de presse publié jeudi par Santé Canada. Y est également mentionné que les analyses réalisées pour arriver à ces conclusions «complètent une évaluation réglementaire des risques pour l'environnement et des risques indirects pour la santé humaine qu'Environnement et Changement climatique Canada avait demandé à Pêches et Océans Canada d'effectuer en 2013».

La majeure partie de ces évaluations semblent satisfaire Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie.

D'ailleurs, précise-t-il, «la recherche démontre que les risques sont limités dans le cas des OGM. Plus de 70 % de tout ce qu'on consomme aujourd'hui contient des ingrédients qui ont été génétiquement modifiés». Selon lui, «les consommateurs n'ont plus nécessairement peur» de l'effet que pourrait avoir sur leur santé la consommation d'OGM.

Conséquences environnementales

Et en ce qui a trait aux conséquences environnementales, Santé Canada assure qu'elles sont minimes, étant donné que le saumon transgénique est stérile, et donc qu'il ne pourrait se reproduire même s'il se retrouvait dans la nature.

Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM, se fait beaucoup moins optimiste. «Nous, on aurait aimé des tests indépendants à long terme, alors que Santé Canada s'est basé sur des tests à court terme fournis par l'industrie», déplore-t-il. À ses yeux, rien ne prouve actuellement que le saumon AquAdvantage n'aura pas d'impacts à long terme sur la santé humaine. Ce à quoi acquiesce tout de même Sylvain Charlebois dans une lettre envoyée au Soleil. «Bien que les risques soient minimes, des études longitudinales sont toujours nécessaires pour mieux comprendre les risques à plus long terme», écrit-il.

Également, M. Rehn mentionne que le poisson transgénique «n'est pas stérilisé à 100 %». Sur plusieurs milliers de saumons produits, il pourrait donc y en avoir de nombreux non stériles, créant ainsi un risque de propagation.

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