Glyphosate et cancer, round no 74

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(Québec) Une autre journée qui passe, un autre rapport sur le lien allégué entre le glyphosate et le cancer.

Cette fois-ci, c'est au tour d'un groupe de travail de l'OMS et de la FAO (bras onusien sur l'agriculture) de «contredire» le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui avait classé l'herbicide comme «probablement cancérigène» l'an dernier. Et comme le CIRC relève - ainsi que l'OMS et la FAO - de l'ONU, le rapport est interprété comme une «marche arrière» .

En fait, c'est beaucoup moins confus que cela. Du moins, tant que l'on s'en tient à ce qui se passe à l'ONU - j'y reviens. Le CIRC a fait une revue de littérature scientifique l'an dernier afin d'évaluer le potentiel cancérigène du glyphosate. Mais la question est, en quelque sorte, posée dans l'absolu, sans égard particulier pour les conditions réelles d'utilisation et d'exposition des populations à ce produit. En plus d'examiner des études faites sur l'homme, les chercheurs associés au CIRC ont également tenu compte d'études qui exposent des cellules au glyphosate et d'expériences sur des animaux. Finalement, ils avaient jugé (mais c'est assez contesté au sein de la communauté scientifique) que le glyphosate est «probablement cancérigène».

L'OMS et la FAO ont pour leur part organisé un Joint Meeting on Pesticide Residues, soit un panel de 18 experts en toxicologie qui s'est réuni toute la semaine dernière. Comme son nom l'indique, le JMPR s'intéressait aux résidus de pesticides (glyphosate, malathion et diazinon) que l'on trouve sur les aliments, pas à la carcinogénicité absolue du glyphosate. Et il conclut que les études où l'on ajoute du glyphosate à la nourriture de mammifères (la voie la plus pertinente pour évaluer le risque associé à l'alimentation chez les humains) n'ont pas montré d'effet cancérigène, sauf peut-être chez la souris à de «très fortes doses», si bien qu'il est «improbable que l'exposition des humains au glyphosate via la diète pose un risque de cancer».

Bref, les deux rapports parlent de deux choses différentes : le danger potentiel et le risque réellement encouru, et l'un ne vient pas nécessairement avec l'autre. Comme l'illustre très bien un toxicologue cité par Wired, c'est comme de regarder un tigre dans sa cage, lors d'une visite au zoo : le tigre est sans aucun doute un animal dangereux pour l'homme mais, selon le contexte (avec ou sans cage), il ne posera pas forcément un risque réel. Et il peut en aller de même avec une substance qui s'avère cancérigène en labo, mais à laquelle, en pratique, les gens ne sont jamais assez exposés pour que cela porte à conséquence.

Cela dit, il est vrai, comme le note Le Monde, que le passage sur l'absence d'effet cancérigène sur les mammifères, sauf peut-être les souris quand les expérimentateurs tartinent vraiment épais de Round-Up, jure avec la conclusion du CIRC voulant que l'on ait des «preuves suffisantes» de la carcinogénicité du glyphosate chez les animaux. Il semble que, comme pour l'évaluation de l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui avait contredit (pour vrai et de front) le CIRC l'automne dernier en concluant qu'il était «improbable» que le glyphosate cause le cancer, la différence viendrait en partie de ce que le comité de l'OMS et de la FAO a utilisé des données non publiées, alors que le CIRC se refuse à faire une telle chose.

Sur ce point de méthode, il faut donner entièrement raison au CIRC. L'objectif de ces rapports est de guider les pouvoirs publics. Je veux bien croire que l'EFSA et le JMPR sont des sources scientifiquement très solides, et je suis même prêt à présumer que ces fameuses données non publiées sont des travaux de bonne qualité qui trouveront éventuellement leur chemin dans la littérature savante. Mais il reste que, dans une démocratie du moins, ce genre de conseils doit impliquer la grande transparence possible, faute de quoi il sera difficile pour les autorités de s'appuyer dessus.

Sur le fond, cependant, force est de constater que, pour l'instant - avant de me lancer des tomates, relisez ces mots : pour l'instant -, le CIRC commence à être un peu isolé. La publication de sa nouvelle classification, à l'automne 2015, avait déclenché quelques froncements de sourcils au sein de la communauté scientifique. Or en plus de l'EFSA et, possiblement, du JMPR, l'Agence environnementale américaine (EPA, oui, oui, je sais, c'est le dernier acronyme de ce billet, promis) a publié récemment son appréciation des travaux du CIRC sur le glyphosate. Et ses conclusions sont un brin troublantes, c'est le moins qu'on puisse dire.

«L'inclusion [par le CIRC] de résultats positifs [c.-à.-d. qui soutenaient le lien glyphosate-cancer] malgré leurs limitations connues, l'absence de résultats positifs reproductibles et l'omission de résultats négatifs obtenus par des études solides peut avoir eu une influence significative sur les conclusions du CIRC», lit-on dans le document.

L'EPA souligne, entre autres points, que là où le CIRC voit une «preuve suffisante» de carcinogénicité chez les animaux, il n'y a en fait aucune relation dose-effet dans les résultats positifs rapportés, et que si le glyphosate causait bien le cancer, on aurait dû le voir dans de nombreuses autres expériences (négatives) où les doses furent plus élevées. En outre, la plupart des études sur les humains citées par le CIRC n'ont que quelques dizaines de cas de gens exposés au glyphosate. Et la seule grande cohorte (54 000 agriculteurs américains) étudiée pour documenter ce genre de question n'a pas trouvé d'excès de cancer chez les travailleurs exposés au glyphosate - encore que cette étude-là avait elle aussi ses limites, il faut le noter.

Bref, on ne donnera certainement pas tort tout de suite au CIRC. C'est une organisation trop crédible, trop sérieuse pour cela. Si ses chercheurs concluent que le glyphosate est cancérigène, on doit présumer qu'ils ont des motifs raisonnables de le faire - même s'il s'agit d'un risque de la catégorie «tigre en cage», disons. Mais il commence à y avoir trop d'autres organisations sérieuses qui remettent son travail en question pour ne pas avoir, à tout le moins, un bon petit doute.

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