Congrès de l'Acfas: encore plus de découvertes

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(Québec) Toute la semaine, des milliers de scientifiques ont convergé vers l'Université du Québec à Montréal, où s'est tenu le 84e congrès annuel de l'Acfas, l'Association francophone pour le savoir. Chaque jour, Le Soleil vous a résumé les travaux d'un de ces chercheurs, mais comme il y a beaucoup plus qu'une découverte intéressante présentée à cet événement, nous vous en proposons quelques-unes de plus, colligées ici et là pendant la semaine.

Nuits chaudes

Le réchauffement climatique se fait déjà sentir de diverses manières dans le sud du Québec, mais c'est surtout la nuit que cela se fait sentir. D'après une étude de l'UQTR, les minimums quotidiens enregistrés à la fin de la nuit augmentent nettement plus vite que les températures maximales atteintes pendant le jour.

Menée par le professeur de l'UQTR- Ali Assani et son étudiant à la maîtrise en science de l'environnement Vincent Maloney-Dumont, l'étude a porté sur les températures et les précipitations mesurées depuis 1950 (de juin à septembre) dans 25 stations météorologiques réparties entre l'Outaouais et la Côte-Nord. Seulement 11 de ces stations ont enregistré des hausses significatives des maximums journaliers atteints pendant l'été.

Les précipitations non plus n'ont pas changé beaucoup, si bien que «c'est vraiment l'augmentation des minimums qu'on remarque le plus», dit M. Maloney-Dumont. Dix-sept des vingt-cinq stations ont noté une hausse des températures nocturnes.

En matière de degrés, les hausses, quand elles ont eu lieu, ont été à peu près égales le jour et la nuit, soit autour de 1 °C. Mais cela représente un accroissement de 6,4 % la nuit et de 5 % le jour, note le thésard.

L'explication, dit-il, tient au fait que «la nuit, la chaleur qui s'échappe du sol est captée par les gaz à effet de serre, et ces GES-là sont en augmentation».

Pendant la journée, en effet, la principale source de chaleur est le Soleil, qui émet le plus clair de son énergie à des longueurs d'onde visibles et en ultraviolets, qui ne sont pas captés par les GES. Ce rayonnement frappe ainsi le sol qui, toute la journée, emmagasine de la chaleur qu'il réémet ensuite sous la forme de rayons infrarouges - qui, eux, sont captés par les GES, comme le gaz carbonique. Or la nuit, ce sont cette chaleur accumulée et ces infrarouges qui sont la principale source de chaleur, et ils sont plus retenus qu'avant parce que les concentrations de GES ont augmenté. Dans les années 50, au début de la période étudiée par MM. Assini et Maloney-Dumont, la concentration de dioxyde de carbone (principal gaz à effet de serre) dans l'atmosphère tournait autour de 300 à 310 parties par millions (ppm). En 2010, fin de la période étudiée, elle oscillait plutôt autour de 390 ppm.

Cela dit, cependant, on ne doit pas en conclure que les canicules ne sont pas plus fréquentes ou plus intenses qu'avant, avertit M. Maloney-Dumont. «On étudie le sud du Québec, donc on n'a pas vraiment analysé les sécheresses et les canicules. On n'a pas analysé les extrêmes.»

Le VIH expulsé de ses cachettes?

«Je dois éviter d'aller trop vite.»

Brendan Bell, chercheur en microbiologie à l'Université de Sherbrooke, aurait bien envie de s'emballer depuis quelque temps. Un des principaux obstacles à la guérison des gens atteints du VIH est l'état de latence dans lequel le virus est capable de rester, caché, à l'abri de tout traitement. Et M. Bell pourrait - pourrait, insiste-t-il, tout en soulignant que ses résultats n'ont pas encore été publiés dans la littérature scientifique - avoir trouvé une clef pour le faire sortir de cette latence.

Quand le virus entre dans une cellule, il se «dissout», en quelque sorte, et ne subsiste plus que sous la forme de brins d'ADN, dans le noyau de la cellule infectée. Sous cette forme, le VIH devient pratiquement invisible pour notre système immunitaire. Et si les médicaments qui forment la trithérapie sont très efficaces, réduisant à presque rien les quantités de VIH présents dans le sang, ils ne ciblent pas l'ADN et ne peuvent donc rien contre les virus latents. Le virus forme ainsi des réservoirs à l'abri de pratiquement tout, où il peut rester tapi pendant des années, voire des décennies.

D'où l'intérêt de chercher à comprendre cette latence, afin de trouver des manières de le contraindre à en sortir. En 2012, la séquence d'ADN qui contrôle cette latence a été identifiée. Et maintenant,

M. Bell dit avoir découvert «une protéine qui ces brins d'ADN». Il s'agit d'une protéine présente naturellement dans la cellule, mais qui ne lui est pas vitale.

«Ce que nous avons fait, c'est qu'on a pris une molécule qui existe déjà [NDLR et dont on sait qu'elle peut sortir le virus de sa latence, même si elle n'est pas capable d'atteindre tous les réservoirs latents]. Et en gros, on a démontré que l'action de ces molécules-là passe par nos protéines, alors ça montre que nos protéines, dans un contexte physiologique, jouent un rôle important dans la latence.»

La prochaine étape, dit-il, sera de tester d'autres molécules pour agir sur ces protéines, en espérant en trouver une qui contrôlera complètement la latence. On est encore loin d'une cure, tempère M. Bell, mais l'intérêt est qu'«avant on tentait de trouver ces molécules de façon un peu aveugle. Maintenant, avec nos protéines, on pourra cibler la recherche de façon plus rationnelle».

Quand la pauvreté joue dans la tête des enfants

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On savait déjà que les enfants issus de familles pauvres risquaient, plus que les autres, d'avoir des problèmes de comportement comme l'hyperactivité, l'agressivité ou le trouble de l'opposition. Mais est-ce que ce risque accru est présent dès les premiers mois de vie, ou est-ce qu'il apparaît après quelques années, avec le degré d'«exposition» à la pauvreté?

Étonnamment, malgré les tonnes d'études qui existent sur la santé mentale des enfants défavorisés, très peu sinon aucune n'avait répondu à cette question. Jusqu'à ce que Julie Mazza, doctorante en santé publique à l'Université de Montréal, s'attelle à la tâche.

Mme Mazza a suivi 2120 enfants de l'Enquête longitudinale du développement des enfants au Québec, nés en 1997-1998, de l'âge de 18 mois jusqu'à 8 ans. Chaque année, grosso modo, les parents de ces enfants doivent remplir un questionnaire détaillant une foule de leurs caractéristiques, et incluant des questions sur l'hyperactivité («pas capable de tenir en place», «ne reste pas concentré», etc.), l'opposition à l'autorité («refuse d'obéir», «ne montre pas de remord quand on le punit», etc.) et l'agression physique sur des pairs.

«L'idée, c'est que ce sont des problèmes de comportement qui sont très élevés au début de la vie, et l'enfant apprend graduellement à contrôler ces comportements-là. Mais c'est plus lent pour les enfants pauvres», a trouvé Mme Mazza.

Ses mesures sont un peu complexes, mais disons que pour l'hyperactivité et l'opposition, les bambins défavorisés et «riches» sont tous à peu près au même point à 18 mois. Ce n'est que par la suite, vers trois ans, que les écarts entre classes sociales apparaissent, et ils s'accentuent avec le temps.

«Donc, il y a un effet cumulatif de la pauvreté, parce que les courbes se séparent, dit-elle. Par contre pour l'agressivité physique, on n'a pas vu d'effet cumulatif, l'écart est présent dès 18 mois et ne fait que se maintenir. Le problème doit survenir avant 18 mois, peut-être même avant la naissance.»

Si la pauvreté a ce genre d'effet, explique Mme Mazza, c'est que les quartiers défavorisés sont en général plus violents, leurs garderies et écoles ont moins de moyens, et les parents pauvres n'ont pas les mêmes pratiques que les autres.

«Dans une famille pauvre, les parents vont souvent être plus stressés. C'est "est-ce qu'il va y avoir à manger ce soir", "est-ce que je vais capable payer le loyer". Ça peut influencer les pratiques parentales [...] et c'est aussi question de temps, les parents dans les familles pauvres passent moins de temps avec leurs enfants parce qu'ils doivent avoir deux ou trois emplois pour combler les besoins de leur famille.»

Encore les néonicotinoïdes?

Insecticide dont l'usage est déjà controversé, notamment à cause de ses effets sur les abeilles, les néonicotinoïdes pourraient devoir ajouter une autre victime à leur liste : la perchaude du lac Saint-Pierre. C'est du moins ce que suggèrent des résultats préliminaires présentés par l'étudiante Angela Paquet-Walsh et son directeur d'études Andrea Bertolo, chercheur en sciences de l'environnement à l'UQTR.

Poisson autrefois très abondant dans le lac Saint-Pierre - qui est essentiellement un élargissement du fleuve entre Sorel et Trois-Rivières -, la perchaude y a longtemps fait l'objet d'une pêche commerciale. Jusqu'au milieu des années 90, on en débarquait bon an, mal an entre 200 et 250 tonnes chaque été. Mais les stocks se sont complètement écroulés par la suite, jusqu'à ce qu'un moratoire sur cette pêche soit décrété en 2012. Il semble que le réchauffement des eaux du lac, conjugué à l'abondance d'engrais agricoles dans l'eau, favorise l'éclosion de cyanobactéries, qui deviennent si abondantes qu'elles nuisent à la croissance d'herbiers au fond du lac. Et comme ces herbiers sont à la fois l'habitat et le garde-manger des larves de perchaudes, celles-ci ne grandissent plus assez pour passer à travers leur premier hiver.

Cette explication tient toujours, mais il est possible que les néonicotinoïdes entrent en jeu, eux aussi. Les agriculteurs s'en servent notamment pour le soya et le maïs, deux cultures qui étaient très répandues autour du lac Saint-Pierre dans les années 90, quand les néonicotinoïdes sont arrivés sur le marché, et qui le sont toujours.

Mme Paquet-Walsh a exposé pendant sept jours des centaines de larves de perchaudes à différentes concentrations de néonicotinoïdes semblables à celles que l'on mesure dans le lac. En lui-même, ce traitement n'a pas engendré de mortalité notable chez les larves. Mais quand elle a aussi exposé les jeunes poissons aux rayons ultraviolets du Soleil, elle a obtenu jusqu'à 100 % de mortalité au bout de sept jours, dans certains cas. Notons que les UV sont une cause connue de décès pour les larves de perchaude, mais jamais à ce point - les maximums obtenus par Mme Paquet-Walsh avec des UV uniquement, sans insecticides, étaient d'environ 40 %.

«Alors on voit qu'on a vraiment une plus grande mortalité qui est causée par la présence des deux ensemble. Donc, nous, cet été, on va répéter ces expériences-là et on va prendre des échantillons d'eau qui seront analysés pour voir si les UV dégradent les néonicotinoïdes en sous-produits plus toxiques», dit l'étudiante.

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