Le climat, l'épinette et la crotte de tordeuse

La tordeuse des bourgeons de l'épinette... (Photothèque Le Soleil)

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La tordeuse des bourgeons de l'épinette

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BLOGUE / Il y a bien des choses après lesquelles on ne s'imagine pas que des chercheurs puissent courir presque avidement - ouragans, volcans en éruption, déjections de telle ou telle espèce animale afin d'en étudier la diète, etc. Après des années de journalisme scientifique, je croyais bien avoir appris à ne plus m'étonner de rien, mais il faut dire que je n'avais encore jamais entendu parler des travaux d'Hubert Morin, de l'UQAC, qui a atteint un degré de bizarrerie (apparente) que je ne croyais pas possible : la crotte de tordeuse de l'épinette.

Oui, oui, je sais, il faut un certain temps pour que le cerveau accepte de laisser entrer une pareille idée...

Et pourtant, il faudra peut-être vous y faire parce que, bien qu'il s'agisse là de résultats encore très préliminaires, M. Morin pourrait bien «tenir quelque chose». Lors d'une présentation au congrès de l'ACFAS, que je couvrirai toute la semaine à l'UQAM, ce chercheur en écologie forestière a expliqué qu'une des difficultés auxquelles se butent les biologistes qui tentent de comprendre les cycles d'infestation de la tordeuse de l'épinette est l'absence de longue série temporelle sur l'abondance de ce papillon, dont les larves font les dégâts que l'on sait. Les données que l'on a sur les infestations documentent le XXe siècle et une partie du XIXe, mais est-ce là une période représentative de ce qui se passe généralement?

La dendrochronologie peut amener des éléments de réponse. Il s'agit de l'estimation des conditions de croissance des arbres à partir de la taille de leurs anneaux; comme ceux-ci sont communs à tous les arbres pour une espèce et une région données, on peut remonter dans le temps en «raboutant» les anneaux d'arbres qui ont vécu à des époques différentes, mais qui se chevauchent (et auront donc une séquence en commun). Mais pour l'instant, cela ne permet de remonter que jusque vers 1600.

Or les fèces de tordeuse pourraient permettre de couvrir plusieurs milliers d'années - encore que pas avec la même définition temporelle que la «dendro», comme disent les habitués de ce domaine. En période de grande infestation, ces larves peuvent atteindre de très grande densité, de l'ordre de 30 individus et plus sur chaque branche de sapin (leur hôte primaire) et d'épinette (faute de mieux). Et comme ces chenilles sont voraces, elles doivent forcément «éliminer» beaucoup, ce qui laisse des traces dans les séquences sédimentaires.

En creusant 2,5 mètres dans la pessière au nord du Lac-Saint-Jean, M. Morin a atteint des couches de sédiments vieilles de 8000 ans. Et si l'on se fie aux quantités de déjections de tordeuse qu'il a trouvées, il semble que le XXe siècle fut justement une période atypique, où la tordeuse fut beaucoup plus abondante que pendant les quelque 6500 ans qui ont précédé. L'hypothèse que M. Morin fait est que cela pourrait s'expliquer aux températures plus clémentes du XXe siècle, réchauffement oblige.

Gardons à l'esprit qu'il faudra que tout cela soit confirmé par d'autres travaux - M. Morin n'a que quatre ou cinq carottes analysées pour l'instant, toutes au Lac-Saint-Jean, dont l'échantillon est loin d'être idéal -, mais on a peut-être ici un bel exemple de... comment dire... des origines parfois improbables et insoupçonnées du savoir.

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