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La violence dans les sports, la grande oubliée

La violence est bien présente dans les sports... (123rf/Susan Leggett)

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La violence est bien présente dans les sports que pratiquent nos jeunes, et ceux-ci en sont très conscients, ont constaté deux chercheuses de l'Université Laval en interviewant une soixantaine d'athlètes de 12 à 17 ans de la région de Québec.

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(Montréal) «J'ai déjà vu le coach venir au milieu du terrain pis commencer à m'engueuler parce que je n'ai pas vu ou fait tel call», a dit Jacob, dans un groupe de 12-14 ans. «Mieux vaut être le marteau que le clou», a quant à lui opiné Félix, dans un groupe de 15-17 ans.

La violence est bien présente dans les sports que pratiquent nos jeunes, et ceux-ci en sont très conscients, ont constaté deux chercheuses de l'Université Laval en interviewant une soixantaine d'athlètes de 12 à 17 ans de la région de Québec. Mais cette violence, qui va de l'intimidation jusqu'à l'automutilation, est aussi très, très peu étudiée, déplorent la professeure Sylvie Parent et la doctorante Kristine Fortier, du Département d'éducation physique, dans une présentation qu'elles donneront aujourd'hui au congrès de l'ACFAS, qui se tient cette semaine à l'UQAM. L'objectif était de savoir comment les jeunes se représentent la violence dans les sports.

Et qu'ils soient au début ou à la fin de l'adolescence, qu'ils pratiquent des sports individuels ou collectifs, «ils nous ont cité plusieurs exemples en lien avec l'intimidation, avec la présence parentale, les attentes très élevées des entraîneurs, des parents et de la structure sportive [... qui font que] des fois, ça peut justifier certains comportements de violence qu'ils ont observés», dit Mme Fortier.

«Il y a eu beaucoup d'études sur le bullying et ses répercussions sur l'estime de soi, par exemple, sur l'impact des traumatismes en général sur l'automutilation et sur les comportements alimentaires à risque. Mais le sport est un contexte particulier, et on n'a presque pas de données», a indiqué Mme Parent lors d'un entretien avec Le Soleil.

Phénomène bien réel

Or les réponses des jeunes et les (rares) études qui ont été faites ailleurs sur la question montrent que le phénomène est bien réel. Une étude menée en Grande-Bretagne sur quelque 6000 athlètes et ex-athlètes a montré que pas moins de 10 % d'entre eux avaient déjà pratiqué une forme ou une autre d'automutilation avant l'âge de 16 ans, comme de se couper soi-même (4 %), de se frapper soi-même (6,5 % chez les garçons) ou de se gratter compulsivement la peau, parfois jusqu'à s'en arracher (6 % chez les filles).

«Entre autres, certains athlètes ont mentionné la pression associée à l'image corporelle idéale en sport, la pression de compétition, les entraînements trop intenses, l'envie de se punir suite à un échec et le contrôle incessant en compétition comme des éléments qui les ont menés vers ces comportements», dit Mme Fortier.

Le hic, cependant, est qu'on ne sait pas jusqu'à quel point ces données sont généralisables. Mais Mme Fortier en a entendu de toutes les sortes lors de ses entrevues collectives, réalisées par groupe de six à huit ados regroupés en deux catégories d'âge - 12-14 ans et 15-17 ans. «On ne souhaite pas que le monde se blesse pis toute, mais si le gars ne se relève pas après ton plaqué, ben, je vais avoir un sourire en coin», a dit Maxime (12-14 ans).

«C'est mental, tu te rabaisses toi-même. "Ah t'es pas bon, tu l'as pas". Tu te décourages toi-même. Tu te mets trop de pression. Une image mentale que tu n'as pas besoin de te faire là, c'est pas vrai mais tu te l'inventes», dit quant à elle Alexia (15-17 ans). Notons que tous ces prénoms sont fictifs pour protéger l'anonymat des mineurs.

Selon Mme Fortier, des réflexions plus théoriques devront également être menées sur ce que l'on doit inclure dans cette idée de violence dans les sports. Les régimes et les «suées» pour atteindre un poids (en boxe, notamment) ou une silhouette idéale dans les sports d'esthétique, comme la gymnastique, sont-ils une forme de violence? Et «jouer blessé»?

Mais quoi que l'on inclue dans le phénomène, il urge de l'étudier davantage, plaide Mme Parent, parce qu'il est évident qu'il existe et qu'il a une certaine ampleur, mais «ses conséquences sont quasi non documentées».

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