Le pédophile, la science et la quadrature du cercle

BLOGUE / Il n'existe aucune cure qui puisse guérir la pédophilie, qui est... (123rf/Giulio Fornasar)

Agrandir

123rf/Giulio Fornasar

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) BLOGUE / Il n'existe aucune cure qui puisse guérir la pédophilie, qui est maintenant considérée comme une orientation sexuelle «comme les autres» - au sens où elle est permanente, pratiquement inchangeable -, à cette différence près qu'elle fait des victimes et est considérée dans nos sociétés, à juste titre, comme un des crimes les plus répugnants qui puisse être commis.

Si l'on veut la prévenir, donc, il faut mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau des pédophiles afin de les aider à contrôler leurs pulsions, mais c'est un champ de recherche parsemé d'embûches - encore plus que les autres, s'entend -, comme l'illustre très bien le cas de Christoffer Rahm, chercheur en psychiatrie de l'Université Karolinska, en Suède.

Comme le rapporte cet article paru sur le site de Science, M. Rahm tente de lever des fonds par le biais d'un site de sociofinancement afin de tester un médicament, le Firmagon, à l'origine mis au point pour le cancer de la prostate. Il s'agit d'une molécule qui se fixe sur les récepteurs d'une hormone, la gonadotropine, qu'ont certains neurones du cerveau, ce qui a pour effet ultime de réduire la production de testostérone dans les testicules. Et comme la testostérone est liée au désir sexuel, à l'impulsivité et à l'empathie (dans ce cas, la relation est inversée : moins on a de testostérone dans le sang, plus on a tendance à se soucier de la souffrance d'autrui), ce médicament pourrait agir comme une forme de castration chimique qui aiderait les pédophiles à se contrôler.

Il existe déjà des médicaments qui diminuent les concentrations de testostérone dans le sang qui sont administrés à des déviants sexuels, et l'on a quand même des indications que cela peut fonctionner, au moins pour réduire la testostérone sanguine - mais notons que si la corrélation entre la «testo» et le désir sexuel est claire, on n'est pas encore sûr que c'est un lien de cause à effet, ni dans quel sens celui-ci jouerait.

Car les études de bonne qualité sont rares, les échantillons presque toujours très petits, et pour cause, explique Science : tester un médicament pour prévenir la pédophilie implique de donner un placebo sans effet à des agresseurs potentiels, ce qui est éthiquement inacceptable. En outre, comme les chercheurs et les psychiatres doivent rapporter les actes criminels dont ils ont connaissance, il est rare que les études portent sur autre chose que des pédophiles qui ont déjà été condamnés. Or le fait qu'ils se soient tous fait prendre signifie qu'ils ont peut-être un profil différent de ceux qui parviennent durablement à échapper à la justice et de ceux qui ne sont encore jamais passés à l'acte. On peut imaginer, par exemple, qu'ils ont été démasqués parce que, ayant des niveaux de testostérone particulièrement élevés, ils sont plus impulsifs et moins prudents que les pédophiles «latents» ou ceux qui ne se font pas attraper. Dans ces circonstances, il serait bien possible que la castration chimique donne de bons résultats chez les uns mais pas chez les autres.

C'est pourquoi M. Rahm recrute ses volontaires par le biais d'une ligne téléphonique mise sur pied par le système de santé suédois, en 2012, où les déviants peuvent appeler pour se confier. Il vise une soixantaine de participants, dont aucun n'aurait jamais été condamné pour pédophilie, ce qui rend l'exercice particulièrement intéressant parce qu'il testerait (je reviens tout de suite sur ce point) alors une méthode de prévention générale, et pas uniquement une manière d'éviter la récidive. Mais il doit d'abord s'assurer d'avoir les fonds nécessaires, soit l'équivalent d'entre 60 et 70 000 $, ce qui n'est pas gagné d'avance : il se donnait au départ (le mois dernier) jusqu'au 7 mai pour rassembler la somme, mais avait aux dernières nouvelles à peine atteint 5 % de son objectif...

En outre, il faut noter que M. Rahm ne mesurera pas l'efficacité du médicament par des indicateurs comme les condamnations pour crimes sexuels ou la déclaration de téléchargement de pornographie juvénile, pour des raisons éthiques. Il évaluera plutôt le désir sexuel, le contrôle de soi et l'empathie après deux semaines de traitement et pour une durée de trois mois, notamment par des techniques d'imagerie du cerveau. Ce sont là des mesures qui auront certainement une valeur - ces traits, on l'a vu plus haut, sont liés au passage à l'acte chez les agresseurs sexuels -, mais elles demeurent des indicateurs bien indirects. Pas idéal, donc, ce qui risque de restreindre la force de l'étude et de perpétuer ce cercle vicieux qui consiste (en caricaturant un peu) à être forcé de terminer des études faibles en produisant d'autres études faibles.

Pas facile d'en sortir, malheureusement...

Pour participer à la discussion sur le blogue de Jean-François Cliche, rendez-vous sur http://blogues.lapresse.ca/sciences/

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer