Combien y a-t-il de théories de l'évolution?

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(Québec) BLOGUE / Un seul texte, deux grandes questions.

C'est un sacré bon ratio, je dois l'admettre - non sans une pointe de jalousie, d'ailleurs -, qu'a atteint cet article paru dans le dernier numéro de la revue Science, qui demande à la fois : peut-on faire de la bonne science si l'on est financé par de l'argent «gris»? Et existe-t-il une seule théorie de l'évolution, ou plutôt deux?

Le papier en question rapporte le malaise diffus entourant la subvention qu'ont reçue récemment des chercheurs américains, britanniques et suédois pour... comment dire... «revisiter» la théorie de l'évolution et possiblement l'«étendre». L'inconfort d'une partie de la communauté scientifique vient du fait que l'argent, la jolie somme de 8,7 millions $, vient de la Fondation Templeton, une organisation très généreuse pour la recherche mais qui donne souvent dans le mélange des genres. La Fondation, mise sur pied dans les années 80 par un richissime fondamentaliste protestant, finance en effet la science dans la mesure où les projets peuvent éclairer les «grandes questions» comme la finalité de la vie humaine et amener de «nouvelles informations spirituelles».

On pourra en discuter ici, mais je crois que ce malaise est plus un produit du contexte politique américain. Dans un pays où les créationnistes sont une minorité stridente et bien organisée qui a remporté quelques victoires, on comprend aisément que les millions d'une Fondation qui mélange allègrement science et spiritualité fassent sourciller, surtout s'ils servent à déterminer si l'évolution est le résultat de mutations aléatoires ou s'il n'y a pas «autre chose» qui dirigerait lesdites mutations. Or comme la Fondation Templeton a déjà répudié très publiquement le créationnisme et son rejeton nommé intelligent design, et comme il existe des cas documentés de chercheurs dont les projets appuyés par Templeton étaient négatifs pour la religion sans que l'organisation en fasse de cas, je me dis que le malaise vient plus du contexte politique américain que des agissements de la Fondation elle-même. Elle prête flanc à des interprétations négatives par ses visées spirituelles, mais cela ne me semble pas être un cas de manipulation de la science. Corrigez-moi si je me trompe.

La seconde question me semble plus intéressante : y a-t-il - à quelques nuances près, inévitables dans les cercles académiques - une seule théorie de l'évolution, ou y en a-t-il une autre valable, nommée synthèse étendue de l'évolution, qui viendrait améliorer la première (et même «corriger» certains de ses préceptes fondamentaux)?

Les différences entre la théorie de l'évolution telle qu'on l'entend généralement et cette synthèse étendue sont fort bien résumées dans cet article paru l'an dernier dans les Proceedings of the Royal Society - Biological Sciences. Les voici en français, avec commentaires le cas échéant. Vous me direz ce que vous en pensez...

1. Sur la sélection naturelle. La théorie de l'évolution la considère (tant par le biais de la mortalité que par celui de la sexualité) comme le moteur principal, sinon unique, de l'adaptation des espèces à leur environnement. La synthèse étendue, elle, voit plutôt cela comme une relation à double sens : les organismes sont transformés par leur environnement, mais ils influencent également leur milieu de vie. Ce qui est tout à fait vrai : le simple fait qu'il y ait 20 % d'oxygène moléculaire dans l'atmosphère terrestre en témoigne. Avant l'arrivée des plantes/cyanobactéries et de la photosynthèse, il n'y en avait pas et l'air de la Terre aurait été asphyxiant pour les animaux actuels. Mais... mais je ne saisis pas trop comment l'évolution classique - à part en en faisant une lecture très rigide, presque caricaturale - exclut ces allers-retours. Enfin...

2. Sur les gènes. Pour la théorie classique, ils sont le seul vecteur par lequel une génération peut transmettre ses caractéristiques à la suivante. La synthèse étendue y ajoute la transmission épigénétique (les gènes demeurent les mêmes, mais leur expression peut être modulée sur plus d'une génération), physiologique (par exemple, par la qualité de l'alimentation qu'un parent fournit à ses enfants) et culturelle (les chimpanzés qui montrent à leurs enfants à se servir d'outils). Encore une fois, tout cela est vrai, mais... les mécanismes de l'épigénétique ne sont-ils pas inscrits quelque part dans les «vrais» gènes? La capacité de certaines espèces de transmettre une culture qu'ont certaines espèces n'est-elle pas possible que parce que leurs gènes le permettent (et ont été sélectionnés «classiquement» dans le passé)? Et à long terme, sur des milliers, voire des millions d'années, y a-t-il vraiment autre chose que les gènes qui persiste?

3. Le hasard. La théorie classique dit que les mutations génétiques qui créent l'évolution surviennent de façon totalement aléatoire et que c'est l'environnement qui détermine lesquelles seront éliminées (la majorité) et lesquelles survivront. Pour la synthèse étendue, ce processus est biaisé par le développement des individus - j'imagine que les cerfs de l'île d'Anticosti, notoirement plus petits que leurs congénères continentaux à cause de la surpopulation de l'île mais pas vraiment différents d'un point de vue génétique, seraient un bon exemple, ici. Je comprends le point, mais de là à dire que ces histoires de développement peuvent diriger les mutations génétiques, il me semble qu'il y a un sacré pas... Non?

4. Le rythme. En général, la théorie classique considère qu'à l'échelle des populations, les transformations se produisent lentement, alors que la synthèse étendue propose des rythmes différents d'une espèce à l'autre. Ou du moins, c'est de cette manière que les auteurs de l'article des Proceedings, tous des partisans de la synthèse étendue, décrivent les choses. Mais la théorie classique ne s'accomode-t-elle pas très bien de rythmes évolutifs différents selon l'espèce, et depuis longtemps?

Les deux autres points me semblent des variations sur les quatre que je viens de présenter. Alors nous en avons assez pour lancer la discussion, et votre avis là-dessus vaut certainement celui d'un journaliste : avons-nous vraiment une seconde théorie de l'évolution qui complète la première sur certains points, voire la corrige dans certains de ses fondements? Ou est-ce que, comme le soulignent des biologistes cités dans Science, les «synthétistes» caricaturent la théorie de l'évolution, qui a déjà bien intégré les points qu'ils font valoir?

Pour en discuter sur le blogue de Jean-François Cliche : http://blogues.lapresse.ca/sciences

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