Les petits clones de Californie

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(Québec) BLOGUE / Pas plus tard que la semaine dernière, on parlait sur votre blogue favori des méfaits de la consanguinité, qui aura raison d'ici peu de la plus longue expérience du monde en biologie - l'observation d'une petite population de loups captive d'une île dans le lac Supérieur.

Le hasard faisant parfois bien les choses, une autre étude sur un thème apparenté ('scusez le jeu de mots...) vient de paraître et offre une sorte de contre-exemple à la règle générale : les renards des Channel Islands, au large de la côte californienne.

Appartenant à l'espèce des renards gris, on croit qu'ils ont été amenés par des autochtones sur les Channel Islands il y a quelques milliers d'années, puisqu'il est très improbable que ce petit canidé soit capable de nager les quelque 20 km qui séparent la plus proche de ces îles du continent. Une équipe dirigée par Robert K. Wayne, de UCLA, a séquencé sept renards de ces îles (un par île et deux pour l'île principale de San Nicolas) afin d'en mesurer l'«hétérozygoticité», comme disent les généticiens.

L'idée, ici, est que tous les animaux issus de la reproduction sexuée ont deux versions de chacun de leurs gènes - l'un provenant de la mère, l'autre du père. En séquençant ces deux versions chez un même individu, on se trouve à mesurer à quel point les parents étaient différents, génétiquement, l'un de l'autre, ce qui donne une idée de la diversité génétique de la population. De manière générale, d'une île à l'autre, les renards sont suffisamment différents pour être considérés comme des sous-espèces (les îles sont trop éloignées pour permettre des échanges entre les populations), mais à l'intérieur de chaque île, ils sont entre 3 et 84 fois moins diversifiés que ceux du continent, ce qui n'est déjà (en théorie, du moins) pas une bonne nouvelle.

Mais, fait remarquable, ceux de San Nicolas sont presque des clones : leur ADN ne montre des différences en moyenne qu'une fois toutes les 50 000 bases, ce qui en fait essentiellement des jumeaux qui se reproduisent entre eux, comme l'explique ce compte rendu du NY Times. C'est dû à une sévère chute de la population survenue dans les années 70, pour des raisons que je n'ai vues explicitées nulle part. Mais quelle qu'en soit la cause, il semble que la population de San Nicolas soit descendue sous les 20 individus, ce qui a réduit à pratiquement plus rien une diversité génétique qui était déjà très faible. Résultat : c'est la population animale la moins diversifiée de toute la planète. Certes, le séquençage de deux individus est un bien mince échantillon, mais il vient corroborer d'autres études qui avaient montré que ces renards ne montrent pratiquement aucune variation en des endroits du génome qui sont pourtant connus pour en avoir beaucoup.

Or, autre fait remarquable, cette consanguinité extrême n'a pas empêché cette population de rebondir - jusqu'à 500 individus dans les années 80. Si bien qu'elle est considérée comme une sorte d'exception à la règle voulant qu'une faible diversité soit un risque pour une population. En fait, le séquençage a montré que les renards de San Nicolas portent plusieurs mutations nuisibles, mais il est possible que l'absence de prédateurs dans l'île, de même que le peu de maladies qui peuvent faire le saut du continent, aient «empêché» ces petits canidés de payer pour leur homogénéité.

Pour en discuter sur le blogue de Jean-François Cliche, rendez-vous sur http://blogues.lapresse.ca/sciences.

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