Comprendre l'«effet spectateur» lors d'un attentat

La photo de cet homme passant la valise... (AP, Ketevan Kardava)

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La photo de cet homme passant la valise à la main à côté d'un blessé en l'ignorant à la suite de l'explosion à l'aéroport de Bruxelles mardi a provoqué des réactions émotives sur les réseaux sociaux. Les chercheurs expliquent que ce comportement est loin d'être une exception et ne dénote pas forcément un manque d'empathie.

AP, Ketevan Kardava

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(Québec) Dans l'aéroport de Bruxelles, un homme portant une mallette marche tranquillement. Autour de lui, l'horreur : des ruines, des morts et un blessé juste à ses pieds. Mais il ne voit rien de tout cela, ou du moins il n'en laisse rien paraître. Il parle au téléphone, apparemment comme si de rien n'était. Et les réseaux sociaux se déchaînent maintenant contre ce sans-coeur, qui «manque d'empathie» et «se fiche d'un blessé»...

Chaque fois que la tragédie frappe, le même scénario se répète : des passants arrivent dans les décombres, puis en repartent sans rien faire. Certains prennent même des selfies... Cela pourrait être le cas de l'homme à la mallette, photographié mardi à l'aéroport de Bruxelles, mais on a vu bien d'autres témoins en apparence insensibles aux souffrances d'autrui dans les attentats de Paris.

Comment est-ce possible? Ces gens sont-ils des psychopathes démasqués? Ou les simples résultats d'une apathie collective?

En fait, on aurait tort de les juger trop sévèrement, estiment les experts consultés par Le Soleil. Le phénomène est bien connu, s'appelle l'effet spectateur et peut toucher n'importe qui.

«C'est quand même assez commun», dit Jean-Philippe Cochrane, psychologue clinicien de Québec qui traite des patients qui ont vécu des traumatismes. «Cet effet-là, c'est : pourquoi ce serait moi plutôt qu'une autre personne qui interviendrait? Des fois aussi, c'est plus la peur, mais, généralement, ça va être plus fort si plus de témoins sont présents, parce que la responsabilité devient alors diluée et que le risque d'être jugé est plus grand. Si je fais une erreur, le risque est plus grand si beaucoup de gens me regardent.»

«Même la norme»

«C'est même la norme, de ne pas intervenir», dit la chercheuse en psychologie de l'Université Laval Tamarha Pierce. «Une fois qu'on a remarqué ce qui se passe, il faut identifier l'urgence, mais [quand on n'a pas l'habitude de ce genre de situation], ce qu'on fait, c'est qu'on regarde les gens autour de soi pour déceler de leur comportement "qu'est-ce que je dois penser de cette situation". Mais si tout le monde fait ça, personne n'agit...»

Dans une expérience classique de psychologie sociale, dans les années 60, des chercheurs plaçaient leurs «cobayes» dans une conversation sur un interphone avec un acteur, qui après un certain temps simulait une crise d'épilepsie. Lorsque les participants se croyaient seuls dans la conversation, 85 % d'entre eux intervenaient rapidement. Lorsqu'une troisième personne (un autre acteur) participait à la discussion, cette proportion chutait à 62 %-et l'on tombait à 31 % lorsqu'il y avait quatre personnes dans la conversation.

«Il y a aussi des vidéos de séances expérimentales où des gens sont dans une classe en train de répondre à un questionnaire, et il y a fumée qui passe sous la porte. Quand la personne est seule, elle sort tout de suite. Mais quand il y a d'autres personnes, des complices, qui bougent pas, alors souvent la personne sort pas», illustre Mme Pierce.

La familiarité avec les lieux et avec la situation rencontrée peut inciter les témoins à passer à l'action. «Si je suis quelqu'un qui n'a jamais vécu ça et que je me retrouve là-dedans, il y a plus chance que je reste inactif parce que je ne sais pas comment réagir, alors que quelqu'un qui travaille comme ambulancier, par exemple, sera probablement beaucoup plus rapide», dit M. Cochrane.

Étonnamment, des études ont montré que l'intervention est plus probable dans les cas de violence où l'agresseur est encore présent-vraisemblablement parce que cela rend la situation plus facile à «lire».

Notons enfin qu'une étude britannique a trouvé que les partisans du club de soccer Manchester United étaient plus enclins à aider quelqu'un (un acteur qui feignait la douleur) s'il portait un chandail de leur équipe favorite que s'il arborait les couleurs d'une équipe rivale. Avis aux voyageurs...

Autres sources :

PEGGY CHEKROUN. «Pourquoi les individus aident-ils moins autrui lorsqu'ils sont nombreux?», Revue électronique de psychologie sociale, 2008.

P. FISCHER et autres. «The Bystander-Effect: A Meta-Analytic Review on Bystander Intervention in Dangerous and Non-Dangerous Emergencies», Psychological Bulletin, 2011.

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