«Crise» chez les jeunes chercheurs en santé

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Près d'une centaine de jeunes chercheurs dénoncent maintenant, dans une lettre ouverte, la position intenable dans laquelle ils doivent tenter de lancer leur carrière.

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(Québec) Une décision récente des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le principal subventionnaire de la recherche médicale au pays, aurait réduit du tiers les fonds de recherche alloués aux jeunes chercheurs. Et près d'une centaine d'entre eux dénoncent maintenant, dans une lettre ouverte, la position intenable dans laquelle ils doivent tenter de lancer leur carrière.

«Cette année, je n'ai même pas pris la peine d'appliquer au volet Fondation [qui distribue une partie des fonds des IRSC]. En théorie, j'ai une chance de l'avoir, soit 4 ou 5 %, alors disons que je préfère mettre mes énergies ailleurs», témoigne un des cosignataires de la lettre, Benoît Arsenault, du Département de médecine de l'Université Laval.

L'an dernier, les IRSC ont réorganisé leur système d'allocation des subsides, dirigeant 45 % des enveloppes pour la recherche en santé dans ce volet Fondation : concrètement, au lieu de soutenir des projets de recherche sélectionnés individuellement, ce volet finance maintenant des «programmes» de recherche, c'est-à-dire des chercheurs qui ont déjà trois ou quatre projets subventionnés par les IRSC, explique M. Arsenault.

Cela permet d'alléger les démarches pour les chercheurs, mais le fait est que ceux qui amorcent leur carrière ont rarement, par définition, plusieurs projets en marche. Résultat : alors qu'ils allaient chercher en moyenne 18 % des subventions des IRSC avant 2015, ils n'ont obtenu que 5 % des sommes du volet Fondation l'an dernier. Et comme celui-ci représente presque la moitié des subventions, la chute est sévère : de 90 millions $ par année avant 2015, les signataires de la lettre calculent que les chercheurs en début de carrière ne décrochent plus maintenant que 60 millions $ par année.

«Quand on perd cet argent-là, ce sont des professionnels de recherche et des étudiants qu'on ne peut pas engager, commente pour sa part Patrice Brassard, jeune chercheur en kinésiologie à l'Université Laval et lui aussi signataire de la lettre. C'est sûr que ça a un impact, et ça peut éventuellement faire fermer ceux qui ont pas les reins solides.»

Mécanismes insuffisants

En outre, déplore la lettre ouverte, les mécanismes qui «protègent» les jeunes chercheurs aux IRSC sont insuffisants. Ceux-ci sont en effet désavantagés par rapport à leurs aînés lors des concours pour obtenir des subventions - par définition, ils ne peuvent pas faire valoir une réputation et d'impressionnantes listes de publications. À cause de cela, et pour éviter de «tuer la relève», les organismes subventionnaires ont généralement des mécanismes assurant que les jeunes chercheurs obtiendront une part minimale des subsides, mais ceux des IRSC sont plus faibles que ceux qui ont cours aux États-Unis. Les signataires demandent essentiellement que l'on relève les planchers de subvention existants pour les jeunes chercheurs.

L'effet Harper

En outre, souligne M. Arsenault, cela s'ajoute aux effets pervers d'orientations prises sous le gouvernement Harper, qui avait un faible pour la recherche appliquée et à saveur commerciale. «Ils ont dit qu'ils subventionneraient plus les projets qui sont axés sur la commercialisation, et qu'on augmenterait nos chances d'avoir des fonds si on avait un partenaire. Mais personnellement, je connais peu de jeunes chercheurs qui ont assez de contacts dans l'industrie pour aller chercher des dizaines ou des centaines de milliers de dollars dans le privé. Donc, finalement, autant dans le volet Fondation que dans volet Projets [le reste des enveloppes], on est évalué en fonction du CV, et ce sont les chercheurs établis qui en bénéficient», explique M. Arsenault.

Aux IRSC, la directrice générale Peggy Borbey s'est montrée étonnée de la sortie de ces jeunes scientifiques lors d'un entretien téléphonique mercredi. «On ne veut certainement pas désavantager les nouveaux chercheurs, au contraire, c'est notre relève. Je dirais même que dans l'ancien système, on n'avait pas de financement réservé pour les jeunes chercheurs alors que c'est le cas, maintenant», dit-elle.

C'est à la suite du premier concours «Fondation» l'an dernier, explique Mme Borbey, que les IRSC ont décidé de réserver 15 % des subventions aux jeunes qui occupent un poste de chercheur depuis cinq ans ou moins. Et pour le reste des concours, «les jury prennent en considération le stade de la carrière des demandeurs [afin de ne pas défavoriser les jeunes]», assure-t-elle.

Elle dit ne pas savoir d'où les signataires tiennent leurs chiffres et ne pas pouvoir les commenter. Il est de toute manière trop tôt, à ses yeux, pour juger le nouveau système, et met justement les inquiétudes des signataires sur le compte de la nouveauté.

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