Des nouvelles du papillon monarque

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(Québec) BLOGUE / On en entend parler quand les nouvelles sont mauvaises, mais pour être bien informé, il faut aussi savoir quand ça va mieux. Alors voilà : les dernières données sur les aires d'hivernage du monarque, ce beau papillon dont la population s'est littéralement écroulée depuis une quinzaine d'années, sont passablement encourageantes. Elles suggèrent même que l'espèce pourrait avoir triplé en nombre depuis l'an dernier.

Faisant une migration remarquable qui s'étire sur plusieurs générations (sans que l'on comprenne bien comment c'est possible), le monarque passe ses étés au Canada et dans le nord des États-Unis, avant de redescendre jusqu'au Mexique, où il passe l'hiver. Comme sa population y est très concentrée en seulement quelques endroits, des biologistes peuvent y mesurer la superficie occupée par les colonies de papillon afin de se faire une idée de la population totale de l'espèce - ce qu'ils font depuis le début des années 90, comme on le voit sur le graphique ci-bas.

Après avoir atteint un creux de 0,67 hectare occupé par les colonies au Mexique en 2013-2014, le monarque a presque doublé sa population hivernale l'an dernier (1,13 ha) et l'a plus que triplée cette année (4,01 ha). C'est la première fois depuis plus de 10 ans que cet indicateur augmente deux années de suite. Le papillon n'est pas encore sorti de l'auberge, on s'entend, et il demeure inquiétant qu'après des années de fluctuations très marquées (ce qui est normal pour des insectes, apparemment), le monarque semble s'être stabilisé à la baisse depuis la seconde moitié des années 2000. D'ailleurs, ces 4,01 hectares occupés par des colonies sont toujours sous la moyenne 1993-2015. Mais tous les commentaires que j'ai lus sur le dernier recensement partagent l'idée que cela reste un signe très encourageant.

Maintenant, comment explique-t-on l'écrasement de la population du monarque et son apparente convalescence? Ici, les choses ne sont pas particulièrement claires. Il semble acquis que l'agriculture y joue un rôle, et c'est là l'hypothèse qui a (et de loin) retenu le plus l'attention des médias jusqu'à présent : l'adoption généralisée de cultures OGM résistantes au glyphosate (un herbicide très efficace) a nui à une sorte de plante, l'asclépiade, qui est la nourriture exclusive des chenilles du monarque. C'est un point sur lequel à peu près tout le monde s'entend, mais la question est de savoir si ce rôle est prédominant, substantiel ou plutôt secondaire.

Le fait que le présent regain survient juste après que le gouvernement américain eut lancé un programme de plantation d'asclépiades sur les routes migratoires du monarque suggère que le glyphosate pourrait, en effet, avoir joué un grand rôle dans les difficultés du papillon.

Mais ce n'est une preuve de rien, et plusieurs autres indicateurs tracent un portrait un peu dur à lire. Une étude récente sur l'abondance de l'asclépiade ont conclu que la plante avait baissé de 21 % entre 1995 et 2013, ce qui a priori (on me corrigera si je me trompe) semble un peu faible pour expliquer un effondrement aussi spectaculaire que celui qu'a enduré le monarque. Une autre étude a pour sa part estimé à 58 % le recul de l'asclépiade. Et là on commencerait à «jaser», comme on dit, si ce n'était de ce petit détail anodin : les auteurs de ces travaux ont également noté un déclin de l'asclépiade dans les régions sauvages, loin de toute activité agricole.

En outre, des études à long terme des populations estivales du monarque n'ont pas trouvé de tendance à la baisse entre 1990 et 2014 (encore que ces travaux avaient leurs limites méthodologiques, soulignons-le). Et puis, les taux de survie des larves et la productivité des sites ne diffèrent pas beaucoup entre les champs de maïs ou de soya (largement OGM) et ailleurs.

Bref, si l'agriculture moderne semble bien avoir une part de blâme à porter dans l'effondrement des populations de monarque (et mentionnons que d'autres études que celles que j'ai citées ici pointent dans cette direction), il apparaît que l'on est devant un phénomène plus complexe que ce que les médias ont généralement dépeint - soit un problème dont la cause unique ou principale est l'agriculture moderne. Des pertes d'habitat dans les aires d'hivernage, la sécheresse au Texas et des événements de météo extrême peuvent également être en cause.

Histoire à suivre, donc.

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