Serez-vous bientôt remplacé par un robot?

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(Québec) BLOGUE / Un prof de génie mécanique me faisait récemment cette observation: quand on essaie de projeter l'industrie du transport individuel dans l'avenir, la bataille que se livrent les chauffeurs de taxi et les chauffeurs d'Uber devient soudainement un bien drôle de spectacle. Ou une triste vision, selon le point de vue. Car tout indique que les véhicules pilotés par ordinateur sont à nos portes - et il y a fort à parier qu'une fois sur le marché, ils prendront éventuellement la place d'une grande partie, sinon de la plupart des chauffeurs actuels, qu'ils soient au volant de taxis, de navettes ou de camions.

Google se targue d'avoir des voitures automatiques qui ont autour de 1,6 million de kilomètres au compteur sans être impliquées dans un nombre anormal d'accidents - et encore, habituellement dus aux humains autour. Plusieurs autres grandes compagnies travaillent sur des projets semblables. Pour tout dire, l'Ontario a même lancé un appel d'offres en début d'année pour que des voitures sans conducteur soient testées sur ses routes.

Et un panel d'experts s'est réuni la fin de semaine dernière au congrès annuel de l'Association américaine pour l'avancement des sciences (AAAS, qui publie la prestigieuse revue savante Science) pour tenter d'entrevoir quels corps de métiers risquent d'être remplacés par des robots. Tous ceux qui se trouvent derrière un volant risquent d'y passer. Mais plus largement, prévoient-ils, les automates vont sans doute surtout prendre la place de gens dans la classe moyenne. Les travailleurs très qualifiés (médecins, psychologues, ingénieurs, avocats, etc.) dont les tâches demandent des qualités que les ordinateurs n'auront sans doute jamais, comme la créativité, la contextualisation et le contact humain, n'ont évidemment pas à s'en faire: on aura toujours besoin d'eux. À l'autre bout de l'échelle sociale, les gagne-petit dont le salaire est trop faible pour qu'il vaille la peine de les remplacer peuvent eux aussi dormir sur leurs deux oreilles.

Pour l'instant, du moins. Car la concurrence pour leurs postes pourrait s'intensifier à mesure que d'autres, dans la strate du milieu, seront remplacés par des machines. Le processus est commencé depuis longtemps dans le secteur manufacturier, jadis fief de «l'aristocratie des cols bleus». Maintenant, toute la question est de savoir si les emplois perdus ici seront récupérés (et même plus) là-bas, sous une forme ou sous une autre. Certains des présentateurs de l'AAAS, comme le chercheur de l'Université Rice en intelligence artificielle Moshe Vardi, sont clairement dans le camp des pessimistes, il faut le noter.

La théorie économique classique dit essentiellement de ne pas s'en faire: tout gain de productivité est une bonne chose parce que cela dégage de meilleurs profits qui sont ensuite réinvestis ailleurs, ce qui «crée des jobs», en bout de ligne. De ce point de vue, la productivité et l'emploi marchent littéralement main dans la main, et l'automatisation ne détruit pas les emplois, elle transforme le marché du travail - le secteur des services a littéralement explosé en même temps que l'emploi manufacturier battait de l'aile.

Mais voilà, tous les économistes ne sont pas de cet avis. Depuis quelques années, les économistes du Michigan Technology Institute Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee font valoir que la théorie classique était historiquement vraie, mais qu'on assiste à un découplage de l'emploi et de la productivité, comme si les gains de productivité réalisés grâce aux machines ne faisaient que remplacer des travailleurs sans créer de nouveaux postes ailleurs. Quelque part autour de l'an 2000, disent-ils en s'appuyant sur le graphique ci-dessous, un découplage de l'emploi et de la productivité est survenu: la productivité a continué d'augmenter pendant que l'emploi stagnait.

Une partie de ce découplage s'explique par un déplacement (d'emplois relativement peu productifs) vers l'Asie, mais les deux économistes craignent qu'il n'y ait quelque chose de plus fondamental, une sorte de point de bascule au-delà duquel les humains perdent purement et simplement leur place au profit des machines.

La thèse de Brynjolfsson et McAfee, il faut le souligner, ne rallie pas beaucoup de leurs collègues. Un bon exemple de contre-pied est ce texte du chercheur en politiques des sciences et de la technologie de l'Université du Colorado Roger Pielke Jr. Celui-ci argue en substance que la productivité est un indicateur trop brut pour mesurer l'impact de la technologie sur l'emploi - la «productivité globale des facteurs» (PGF) est l'indicateur qu'il privilégie. La PGF est toute la croissance qui ne provient pas du capital et du travail; par exemple, en agriculture, l'ensoleillement peut accroître la production sans que les autres facteurs bougent. Et la principale composante de la PGF est l'innovation technologique.

En prenant cela comme indicateur, M. Pielke constate que l'emploi privé s'est découplé de la PGF non pas vers l'an 2000, mais plutôt au tournant des années 1980. Ce qui coïncide avec le sommet de l'emploi manufacturier aux États-Unis. Or l'emploi (privé, toujours) a continué de progresser pendant 20 ans après ce découplage, ce qui fait dire à M. Pielke que ce n'est pas la technologie qui est derrière la stagnation de l'emploi chez l'Oncle Sam depuis 15 ans.

Bref, comme dans bien des débats d'économistes, il est un peu difficile d'y voir clair. Mais si (et j'ai bien dit «si») Brynjolfsson et McAfee ont raison, le sociologue du dimanche en moi entrevoit un avenir rempli d'explosions sociales. Car s'il (encore une fois, «si») faut 115 de QI pour bien s'en tirer dans le futur, qu'est-ce qu'on dira aux quelque 60% qui n'ont pas le cerveau qu'il faut? Die, fuckers?

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