Le virus Zika bientôt étudié à Québec

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Le virus Zika ne se transmet pas, ou très peu, d'une personne à l'autre. Ce sont surtout des moustiques qui, en piquant des gens infectés, se «contaminent» et promènent la maladie d'une personne à l'autre.

AFP, Marvin Recinos

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(Québec) Un «arrivage» de virus Zika devrait en principe arriver à Québec la semaine prochaine pour y être étudié au Centre de recherche en infectiologie du CHUQ. En vue, espère-t-on, de créer un vaccin.

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Le Dr Guy Boivin, chercheur en infectiologie à l'Université Laval 

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

«On est en train de s'activer pour obtenir des souches du virus», dit le Dr Guy Boivin, chercheur en infectiologie de l'Université Laval. «J'ai justement reçu un courriel d'un collègue chercheur qui va m'envoyer ces souches-là la semaine prochaine.»

Les normes de sécurité ne sont pas un problème, explique-t-il, parce qu'il s'agit en effet d'un virus qui ne se transmet pas, ou très peu, d'une personne à l'autre. Il y a bien eu des cas documentés de transmissions par voie sexuelle, mais ils sont rares: ce sont surtout des moustiques qui, en piquant des gens infectés, se «contaminent» et promènent la maladie d'une personne à l'autre. En outre, hormis des complications neurologiques très rares et dont le lien avec Zika n'est pas encore prouvé, il s'agit d'un virus très bénin. Pour travailler sur ce genre de microbe, un laboratoire n'a besoin que d'une cote de sécurité dite de niveau 2. Le CHUQ a déjà des installations du genre, et est par ailleurs sur le point d'entreprendre des travaux pour atteindre le niveau 3.

«La première chose qu'on va faire, c'est de séquencer les virus, dit le Dr Boivin. Ensuite, on va cultiver les virus pour en avoir des stocks suffisants pour faire nos expériences et, troisièmement, on va s'attaquer au développement d'un vaccin.» Pour ce faire, il faudra également injecter le virus dans des animaux afin de voir si on peut reproduire les mêmes symptômes neurologiques que chez l'homme.

L'idée qu'il veut poursuivre, explique le Dr Boivin, est que Zika a des «cousins» bien connus de la médecine, comme la dengue et le virus du Nil occidental. Or, des vaccins sont justement en développement pour ces maladies et se trouvent même en phase 3 des essais cliniques - la dernière étape avant de demander l'autorisation de mise en marché.

«L'organisation du génome se ressemble chez tous ces virus-là, alors on peut penser que les stratégies vaccinales pourraient se ressembler. [...] Ce sont des vaccins à base d'ADN ou de virus vivants atténués, cela pourrait marcher contre le virus Zika, et je pense qu'il y a une urgence de travailler sur ça», explique l'infectiologue.

Évidemment, personne dans son labo n'a d'expérience avec ce virus-là, mais c'est le cas d'à peu près tous les chercheurs de la planète, dit-il. «Bien honnêtement, il n'y a pas grand monde, que ce soit au Canada, aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, qui faisait de la recherche là-dessus jusqu'à tout récemment. Alors, on est tous au même point de départ presque en même temps.»

Matheus Lima, un Brésilien de 22 ans, tient... (AFP, Christophe Simon) - image 2.0

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Matheus Lima, un Brésilien de 22 ans, tient son fils Pietro, deux mois, qui souffre de microcéphalie en raison du virus Zika.

AFP, Christophe Simon

70 ans dans l'angle mort de la médecine

1947. C'est l'année où le virus Zika, déclaré «urgence mondiale» par l'Organisation mondiale de la santé cette semaine, a été découvert pour la première fois, dans un macaque. Cinq ans plus tard, on obtenait la preuve que le virus peut infecter l'être humain. Et ensuite... Ensuite, pas grand-chose. Il faudra attendre 2013-2014 avant que l'on réalise que le virus est une cause probable de microcéphalie, malformation des bébés qui naissent avec une tête anormalement petite. Pendant tout ce temps, Zika est resté dans l'angle mort de la médecine. Et il a vraiment fallu une «tempête parfaite» pour l'en faire sortir...

Comment un virus peut-il causer des complications neurologiques graves pendant près de 70 ans, sous le nez de la science, sans que l'on s'en rende compte? «Je me pose la question moi-même, mais ce n'est pas complètement résolu», dit le Dr Guy Boivin, chercheur du CHUL et titulaire d'une chaire de recherche sur les virus émergents.

Jusqu'au milieu des années 2000, on n'avait décrit scientifiquement qu'un total 14 cas de Zika à travers le monde - et ils montraient que le virus Zika est généralement très bénin. D'après ce que l'on sait sur ses symptômes et sur le nombre de gens qui ont des anticorps en Afrique et en Asie du Sud, où le microbe est endémique, on estime qu'environ 80 % des personnes infectées ne ressentent aucun symptôme. Et pour les 20 % de malchanceux, Zika s'apparente grosso modo à une grippe pouvant s'accompagner de rougeurs sur la peau et d'une conjonctivite. Rien pour écrire à sa mère.

Ajoutons à cela que les maladies touchant surtout le Tiers-Monde ont historiquement été négligées par la recherche, et l'on a la recette parfaite d'un cercle vicieux : on n'a pas étudié le virus parce qu'on le croyait bénin, et on a continué de le croire bénin parce qu'on ne l'étudiait pas.

Mais il y a plus : sans une épidémie particulièrement importante, il n'était vraisemblablement pas possible de «relier les points». La première éclosion documentée de manière rigoureuse fut celle de l'île de Yap, dans le Pacifique, en 2007. D'après des échantillons sanguins prélevés sur 550 habitants de l'île, les trois quarts de la population auraient été infectés, ce qui représente environ 5000 personnes sur une population totale de 7000. Mais l'article qui décrit l'épidémie, dans le New England Journal of Medicine, ne fait aucune mention des deux principales complications neurologiques que tout le monde redoute aujourd'hui, soit la microcéphalie et le de syndrome de Guillain-Barré - une réaction rare lors de laquelle le système immunitaire attaque le système nerveux, causant des symptômes pouvant aller jusqu'à la paralysie.

Une question de nombre

«L'hypothèse qui m'apparaît la plus probable, c'est que c'est une question de nombre, dit le Dr Boivin. Au Brésil, on parle de 3000 à 4000 cas de microcéphalie, pas tous prouvés d'ailleurs, pour 1,5 million de personnes infectées. Alors, on est en bas de 0,1 %. Pour être juste, il faudrait ramener les cas de microcéphalies sur le nombre de femmes enceintes infectées, mais même là, ce n'est pas fréquent.»

C'est sans doute pourquoi ce n'est que lors l'épidémie de Zika qui a frappé la Polynésie française, en 2013-2014, qu'on a fait un lien avec la microcéphalie et le Guillain-Barré. Les autorités sanitaires françaises estiment qu'au bas mot 60 % de la population de l'archipel aurait été touchée, ce qui fait autour de 170 000 personnes sur 280 000. Et seulement 18 «anomalies congénitales» ont alors été notées, ce qui est énorme pour une si petite population, mais ne donne pas un taux supérieur à 5 par 1000 naissances. À l'époque, les autorités sanitaires voyaient la coïncidence avec l'épidémie de Zika comme une sorte de curiosité, une question à étudier. Les communications destinées aux médecins européens précisaient qu'aucune complication neurologique n'avait jamais été observée dans les autres régions touchées.

Il y avait d'ailleurs des raisons d'être réservé : un pareil taux de 1 bébé sur 200 aurait en principe dû faire, littéralement, des millions de cas de microcéphalie en Afrique et en Asie du Sud depuis un demi-siècle. Des millions. Mais on est très, très loin du compte. Comment est-ce possible?

«On ne connaît pas grand-chose du virus Zika, mais si on se fie à ce que l'on sait de virus apparentés [comme la dengue, NDLR], je dirais que c'est probablement parce que le taux de transmission est bas en Afrique, dit le Dr Michael Libman, directeur du Centre des maladies tropicales J. D. MacLean de l'Université McGill. Comme le virus se répand quand un moustique pique une personne infectée et en repique une autre par la suite, dans une population dite «naïve» qui n'a jamais été exposée au Zika, la maladie se propage très vite. Mais dans une population déjà immune, le taux de transmission, soit le nombre de nouvelles infections par jour, est beaucoup plus bas.»

Or comme la microcéphalie et le syndrome de Guillain-Barré ont plusieurs autres causes que le Zika, quelques rares cas supplémentaires pouvaient facilement échapper à la vigilance sanitaire.

Il est aussi possible, en théorie, que l'Amérique du Sud et la Polynésie aient été frappées par une souche particulièrement virulente du virus. Il a d'ailleurs été démontré que le virus qui circule au Brésil est le même que celui de la Polynésie française, «mais je dirais que ce n'est pas hypothèse nécessaire pour expliquer ce qui se passe maintenant, dit le Dr Libman. La population naïve, la pauvreté dans le nord-est du Brésil [le pire endroit de l'infection, à l'heure actuelle, NDLR], les problèmes de contrôle des moustiques... Ce n'est pas surprenant que la transmission soit rapide dans cette région, et quand on a beaucoup de transmissions, même des complications rares deviennent assez nombreuses pour qu'on les remarque».

Facteurs propres

Mais à part l'idée d'une souche très virulente, il pourrait y avoir d'autres facteurs propres à l'Amérique latine, et peut-être à la Polynésie, qui empirent les symptômes, puisque le lien entre la microcéphalie et le virus Zika n'est pas encore prouvé. Ce qu'on a de plus probant, dit le Dr Libman, ce sont «cinq ou six cas où on a vraiment démontré que le virus était dans les tissus du bébé, alors ce n'est pa s beaucoup. Dans la majorité des bébés où on a cherché le virus, et je crois qu'il y en a eu quelques centaines, on ne l'a pas trouvé. On l'explique par le fait que l'infection est survenue pendant la grossesse, alors le virus a endommagé le foetus, mais n'était plus là quand on a fait les tests. Tout ce qu'on sait de ces autres cas-là, c'est que la mère avait des anticorps contre le Zika dans la majorité des cas [...], mais il va falloir plus pour prouver le lien».

Les recherches en cours fourniront peut-être cette preuve - beaucoup de spécialistes le croient -, mais cela laisse pour l'instant la porte ouverte à des facteurs locaux. «Peut-être qu'il y a quelque chose de différent dans le nord-est du Brésil. Peut-être qu'il faut Zika ET un autre microbe pour avoir cet effet-là, ou Zika ET une toxine environnementale, ou Zika ET certains traits génétiques.»

À suivre, donc.

Autres sources : MARK RUFFY et autres. «Zika Virus Outbreak on Yap Island, Federated States of Micronesia», New England Journal of Medicine, 2009. goo.gl/TySHLl

CENTRE HOSPITALIER DE POLYNÉSIE FRANÇAISE. Note sur les investigations autour des malformations cérébrales congénitales ayant suivi l'épidémie de Zika de 2013-2014, 2015. goo.gl/CZ9s3t

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