Nouvel espoir pour la dystrophie

Le Dr Jacques P. Tremblay a réalisé des... (Photothèque Le Soleil)

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Le Dr Jacques P. Tremblay a réalisé des avancées importantes dans la mise sur pied d'un traitement pour la dystrophie de Duchenne, une maladie terrible qui touche 1 garçon sur 3500, qui entraînant une dégénérescence de tous les muscles du corps.

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(Québec) La dystrophie de Duchenne est un champ que Jacques P. Tremblay laboure patiemment depuis des décennies, à la recherche d'une thérapie qui corrigerait le gène qui est en cause. Jusqu'à maintenant, les technologies disponibles le forçaient à travailler sa «terre» avec, essentiellement, des charrues à boeufs. Mais des résultats qu'il vient de publier dans une revue savante lui donnent des raisons d'espérer qu'il a enfin trouvé son tracteur...

«C'est beaucoup, beaucoup meilleur [que tout ce qui était disponible avant]», dit le Dr Tremblay au sujet d'une technique nommée CRISPR-Cas9. À la base, il s'agit d'une défense immunitaire que les bactéries possèdent pour découper l'ADN des virus qui les attaquent. Mais en 2012, des chercheurs ont découvert qu'en modifiant un peu le système, on pouvait s'en servir pour modifier n'importe quel gène avec une précision encore inégalée, en coupant le bout d'ADN à «corriger» puis en le remplaçant par un autre bout. Et le Dr Tremblay est parmi les premiers à l'appliquer au traitement (potentiel) d'une maladie humaine.

La dystrophie de Duchenne est un mal terrible qui frappe environ 1 garçon par 3500. Chez toute personne, les muscles sont constitués d'un assemblage de fibres microscopiques, dont certaines se brisent à chacun des efforts. Normalement, ces fibres se réparent d'elles-mêmes, mais elles ont besoin d'une protéine, la dystrophine, pour les protéger et les empêcher de se rompre plus vite que le corps n'est capable de les réparer. Et chez les enfants dystrophiques, le gène responsable de la dystrophine est défectueux, ce qui entraîne une dégénérescence de tous les muscles du corps. Ces enfants sont généralement condamnés au fauteuil roulant vers 12 ans et ont une espérance de vie de 18 à 30 ans - le coeur et les muscles respiratoires se détériorant eux aussi.

Dans un article qui vient de paraître dans la revue médicale Molecular Therapy/Nucleic Acids, le DTremblay a prouvé que la technique CRISPR permet de redonner à des souris dystrophiques des protéines fonctionnelles, et ce, de façon permanente. Pour ce faire, son équipe et lui n'ont pas, à proprement parler, remplacé la partie fautive du gène par un brin d'ADN «corrigé». Pour l'instant, explique le Dr Tremblay, la partie «remplacement» de CRISPR ne fonctionne pas très bien dans les êtres vivants - seulement 1 % des gènes visés font la correction adéquatement. Ils ont plutôt amputé le gène de sa partie erronée, ce qui revient en bout de piste à raccourcir la protéine; mais comme la dystrophine est faite comme une longue chaîne qui fonctionne très bien même avec quelques maillons en moins, le résultat est le même. Chez les souris, le traitement a marché sur non pas 1 %, mais bien 60 % des cellules que les chercheurs ont examinées par la suite. Ce qui est suffisant pour espérer une rémission, même s'il reste à voir si ces protéines corrigées guérissent bel et bien la maladie chez les souris.

Application rapide

«Alors il semble que c'est une thérapie possible qui va pouvoir se développer et s'appliquer, je l'espère, relativement rapidement. Mais quand on dit rapidement en recherche médicale, il faut garder en tête que l'on parle quand même d'un bon deux ou trois ans avant le début des essais cliniques - si les subventions rentrent. C'est ça qui est limitant», dit le Dr Tremblay.

Et par la suite, plusieurs autres années avant que le traitement - s'il fonctionne sur des humains, car l'histoire de la médecine est jonchée de découvertes prometteuses sur des souris qui déçoivent lorsque testées sur l'Homme - ne soit éventuellement disponible à grande échelle.

Du fromage... vers un traitement

Nouvelle coqueluche d'à peu près tous les laboratoires de génétique de la planète, la technique CRISPR-Cas9 tire une part appréciable de ses origines dans les laboratoires du chercheur de l'Université Laval Sylvain Moineau, qui travaillait au départ avec des... fabricants de fromage.

C'est à titre de spécialiste des phages, ces virus qui infectent des bactéries, que M. Moineau s'est intéressé à CRISPR-Cas9. Et comme la fabrication de fromage repose en bonne partie sur l'action de certaines bactéries, il menait souvent ses recherches en partenariat avec des fromagers.

La première observation des brins d'ADN viral maintenant nommés CRISPR, dans le matériel génétique des bactéries, remonte à 1993, mais il aura fallu attendre le milieu des années 2000 avant de comprendre qu'il s'agissait d'un moyen de défense contre les phages - en grande partie grâce au labo de M. Moineau, qui a également contribué à éclairer le fonctionnement du système.

«Avec un peu de recul, c'est assez incroyable de penser qu'au départ, on voulait des meilleurs fromages et voilà qu'aujourd'hui, on pense à éventuellement, peut-être, traiter des gens. Quel saut quantique!» nous a confié M. Moineau lors d'un échange de courriels.

Questions d'éthique

Cependant, concède-t-il, des capacités d'édition génétique inégalées viennent aussi avec des questions d'éthique dérangeantes. Personne ne s'opposera jamais à ce qu'on guérisse des enfants malades, comme tente de le faire Jacques P. Tremblay, mais à mesure que nos connaissances du génome humain s'amélioreront, des questions ardues se poseront. Veut-on permettre à de futurs parents de choisir la taille de leurs enfants? Modifier des gènes afin de devenir plus fort ou plus intelligent? De jouer sur des traits de personnalité comme l'impulsivité, qui ont une composante génétique?

«Il sera important de baliser l'utilisation de la technologie CRISPR-Cas, dit M. Moineau. [... Mais] il est bon de rappeler qu'il existe déjà des comités d'éthique au sein de la plupart des universités. À mon avis, aucun chercheur ne voudra utiliser la technologie CRISPR-Cas9 sans avoir l'approbation du comité d'éthique [... car ce] serait un suicide professionnel!»  

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