Alcool: abstenez-vous avec modération

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(Québec) BLOGUE / La fin du mois de décembre est assurément la période de l'année qui porte le plus grand nombre de noms différents : «solstice d'hiver», «temps des Fêtes» et tout simplement «enfin les vacances» sont sans doute les plus fréquents, mais on compte aussi «début de la saison du pelletage, batinse» ainsi que quelques variations sur le thème «temps des abus de bonne chère», «période d'engraissage prérégime», «saison des calories et de l'alcool» et «plus longue gueule de bois de l'année».

Bref, c'est le moment où jamais de lire cet excellent texte du chercheur Aaron E. Carroll, de l'École de médecine de l'Université de l'Indiana, qui est sans doute le meilleur compte rendu de ce que dit la science au sujet des effets de l'alcool sur la santé qu'il m'ait été donné de lire.

En un mot comme en 100, c'est... un peu compliqué. Comme pratiquement tous les autres médecins, le Dr Carroll reconnaît que la damnée boisson a clairement des avantages pour la santé, mais il ne veut pas recommander à ses patients d'en boire. Si cela vous tente, dit-il en substance, alors allez-y. Mais pas trop. Vraiment pas trop. En fait, buvez un peu si vous le voulez, mais toujours avec la peur de trop boire. Et même que si vous voulez vous abstenir, vous pouvez aussi. Voilà, c'est dit, vous n'êtes pas obligé de consommer de l'alcool. Même pas à Noël, imaginez-vous donc. Vous êtes libre de vous abstenir à mort, littéralement, parce que... Bon, faut le mentionner aussi, il serait dommage de vous priver des bienfaits de l'alcool, alors allez-y mollo sur l'abstinence itou, OK? Pour tout dire, vous augmentez votre risque de mortalité générale en ne buvant jamais, alors il vaudrait vraiment mieux pour vous que vous fassiez un homme/femme de vous-même et traitiez votre dépendance à l'eau claire, mais je ne veux pas vous dire explicitement de consommer de l'alcool, de crainte que vous preniez ça comme une licence pour l'ivrognerie. Car sur un graphique présentant la mortalité selon la consommation d'alcool, la courbe a une forme de «V». Arrangez-vous pour tituber jusqu'au milieu.

Blague à part, son message est bien évidemment qu'il faut boire modérément - ou s'abstenir modérément, si vous préférez vos verres à moitié vides. Voici quelques-uns des principaux points à retenir dans cette histoire...

1. Une des choses qui ressortent le plus clairement de la littérature scientifique est que l'alcool a un effet protecteur sur le coeur. Cette étude américaine citée par le Dr Carroll, par exemple, a suivi quelque 275 000 hommes de 40 à 59 ans à partir de 1959 et trouvé que, comparé aux abstinents, les buveurs voyaient leur risque de mourir d'un problème coronarien diminué de 8 % (6 consommations par jour) à 21 % (1 verre par jour). Cette étude-ci portant sur 28 000 Danoises et 25 000 Danois de 50 à 65 ans a trouvé essentiellement la même chose, quoi qu'en mesurant la consommation différemment (nombre de jours par semaine où les participants buvaient de l'alcool) et en trouvant des différences entre les hommes et les femmes - celles-ci jouissent d'un effet protecteur invariable à partir d'une journée par semaine, alors que chez les hommes, la protection augmente avec le nombre de journées de consommation.

On n'est pas trop certain des mécanismes par lesquels l'alcool préserverait les artères. Il semble acquis que l'alcool élève les taux de HDL - le transporteur sanguin que l'on nomme le «bon cholestérol» et qui enlève les plaques de gras dans les artères - et il est possible qu'il agisse aussi sur les plaquettes sanguines, prévenant la coagulation.

Quoi qu'il en soit, comme les maladies coronariennes sont responsables d'environ le tiers des décès dans nos sociétés, il va sans dire que cet effet de l'alcool s'observe également dans la mortalité générale, toutes causes confondues.

2. On entend parfois dire que le vin est rempli d'antioxydants qui préviendraient le cancer. Il y a peut-être plein d'antioxydants dans le vin, mais le lien entre alcool et cancer n'est pas si tranché. Le plus célèbre des sous-produits de fermentation augmenterait le risque de cancer du sein, mais pas par beaucoup. Chez les gros buveurs, il accroît également le risque de cancer colorectal, mais on n'observe rien de tel chez les consommateurs modérés. Aucun lien n'a été trouvé avec les cancers de la prostate et des ovaires. Et une analyse du risque pour toutes les sortes de tumeurs a trouvé un effet protecteur pour une consommation légère, pas d'effet chez les buveurs moyens et un risque accru chez les «intempérants».

3. On constate le même pattern pour le diabète, poursuit le Dr Carroll : les buveurs modérés ont 56 % moins de chance d'en faire que les abstinents, mais le risque est plus grand chez ceux qui abusent.

4. Cependant, lit-on dans cet autre texte paru dans la revue médicale Circulation, si l'alcool fait suivre à la mortalité une courbe en «V» ou en «J», c'est que ce liquide cesse d'être réjouissant quand on le prend longtemps à fortes doses. En fait, l'«eau-de-vie» devient alors terriblement mal nommée : elle accroît le danger d'accident cérébrovasculaire, de cirrhose, de pancréatite - de même bien sûr que le risque de suicide, d'homicide et d'accidents divers, comme le rappelait tristement cette entrevue publiée ce week-end par un collègue.

Bref, il faut y aller mollo sur l'alcool, mollo sur l'abstinence, mollo sur les desserts. Alors jusqu'en janvier, gâtez-vous sur la tourtière, mais ne le dites pas à votre médecin...

En ce qui me concerne, si je n'abuse pas trop de la vie et si la vie n'abuse pas trop de moi - c'est plutôt ça qui arrive quand on a de jeunes enfants -, nous nous reverrons sur le blogue dès la première semaine de 2016. Joyeuses Fêtes!

Pour réagir sur le blogue de Jean-François Cliche, rendez-vous à http://blogues.lapresse.ca/sciences.

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