À 4 degrés, les Bruins s'amènent

À l'heure actuelle, pour obtenir une moyenne annuelle... (123RF/Sean Pavone)

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À l'heure actuelle, pour obtenir une moyenne annuelle de 4° supérieure à celle de Montréal, il faut descendre jusqu'à Boston.

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(Québec) BLOGUE / Alors voilà, l'Accord de Paris a été officiellement adopté en fin de semaine.

On en trouvera un résumé ici et le texte intégral ici. Pour ma part, je veux juste profiter de l'occasion pour faire un petit exercice qui, il me semble, n'a pas souvent été fait dans les médias et qui peut avoir quelque chose d'éclairant.

L'objectif de l'accord est de maintenir le réchauffement sous les 2°C, voire 1,5° si possible. C'est une ambition qui a été saluée, non sans raison d'ailleurs, parce que cela devrait nous éviter les pires conséquences du réchauffement. Mais ce sont les pays signataires qui décident des moyens à prendre et, de ce que l'on sait de chacune de ces «contributions nationales», elles ne suffiront pas. Comme on l'a vu dans ce blogue récemment, atteindre la cible de 2°C demanderait de poser toute une série de gestes radicaux à court terme, ce que bien peu de pays semblent prêts à faire, malheureusement.

Alors à l'heure actuelle, on s'enligne plus vers un réchauffement de 3 à 4° C, selon un rapport de l'ONU publié le mois dernier, et d'aucuns craignent même que l'on se rende jusqu'à 6° C. Mais prenons cette marque de 4° C, puisqu'elle apparaît présentement comme la plus réaliste. Qu'est-ce qu'elle signifie, au juste? Sur le célèbre planche des vaches de la non moins célèbre «vraie vie», comment transformerait-elle le climat dans le sud du Québec ?

Pour s'en faire l'idée la plus concrète possible, le mieux est sans doute de se reformuler la question ainsi : ces 4 degrés changeront notre climat en celui de quelle ville américaine? Évidemment, c'est un exercice passablement périlleux et nécessairement imparfait parce que le réchauffement ne survient pas également partout et qu'il y a toutes sortes de facteurs locaux (proximité de la mer, altitude, etc) que cela sort de l'équation. Mais à force d'entendre ici et là des commentaires du genre «2 ou 3 degrés de plus, ça change-tu vraiment quelque chose dans l'fond, tsé il va faire - 18° au lieu de - 21° en février», je me suis dit qu'il vaudrait la peine de le faire pour montrer qu'on ne parle pas juste de quelques petits degrés sans conséquence, ici. Alors présumons que ce 4° C, si c'est bien ce que l'avenir réserve à la planète, vaudra pour le sud du Québec et voyons ce en quoi il transformera les climats de, disons, Montréal et Québec.

À Montréal, la température annuelle moyenne - on l'oublie parfois, mais quand on parle du réchauffement planétaire, à la base, c'est de cela dont il est question : de la température annuelle moyenne du globe - tourne autour de 5,8 à 6,8 degrés Celsius, selon la source consultée. À l'heure actuelle, pour obtenir une moyenne annuelle de 4° supérieure à celle de la métropole, il faut descendre jusqu'à des endroits comme Hartford et Boston. Tout de même...

Certes, il neige là-bas en hiver. En janvier et en février, ça «gèle» pratiquement à toutes les nuits et par d'assez bonnes marges, avec des minimums moyens dans les - 5 à - 8° C. Il leur arrive d'avoir de vraies bonnes tempêtes, ne vous en faites pas avec ça, et même, à l'occasion, de connaître des épisodes de «grand froid» - autour de - 15 à - 20° une ou deux fois par hiver, si je me souviens bien de l'année où j'ai étudié au Connecticut. Mais le jour, Messieurs-Dames, le jour... Le maximum moyen à Hartford et Boston en janvier et février oscille entre + 2 et + 3,5° C.

Assurez-vous de bien lire le signe «plus», hein, parce que c'est ici, il me semble, que l'on prend toute la mesure de l'ampleur du changement qui s'en vient. Figurez-vous des mois de janvier-février à Montréal où, un peu plus d'un jour sur deux, le mercure passe au-dessus du point de congélation et le couvert neigeux se met à fondre. Dans ce climat-là, il en reste, de la neige au sol, mais pas mal moins. Cela signifie aussi, par exemple, que des patinoires extérieures actuelles de la région de Montréal devront fermer ou investir dans des systèmes de réfrigération artificielle. Le crues printanières seront vraisemblablement pas mal plus faibles, au grand dam des canoteurs et des kayakistes. Et ainsi de suite.

Ajoutez à cela que le climat de Boston, c'est le climat des Bruins, bon sang, alors je me demande bien comment un être humain capable d'un minimum de discernement moral en voudrait...

Dans la Ville de Québec, la température moyenne est de 4,2° C. Pour y ajouter 4 degrés, il faut descendre jusqu'à Portland, dans le sud du Maine. Température maximale moyenne en février : + 1,4° C...

Tout cela, je le répète et je le souligne à grand trait, demeure essentiellement un exercice de spéculation. Si la moyenne du globe se réchauffe, la distribution de cette chaleur change elle aussi ce qui peut amoindrir (ou empirer) le changement dans le sud du Québec, où des facteurs locaux peuvent aussi jouer. Mais cela illustre et démontre très bien, il me semble, qu'on ne parle pas simplement de la différence entre - 22 et - 18 la nuit en février. Un réchauffement climatique de 4°, c'est un changement beaucoup plus fondamental que ça.

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