Le limbo du 2 °C: ce que ça va prendre pour passer sous la barre

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(Québec) BLOGUE / Il n'y paraît franchement rien dans le titre, mais c'est une lecture très, très éclairante que celle des Trajectoires de décarbonisation profonde. Ce sont des documents qui datent de l'an dernier, mais dont bien peu de médias ont parlé, et ils ont été faits spécifiquement pour la conférence de Paris qui se tient ces jours-ci, dans le but de répondre à une seule (mais combien grande) question : si l'on veut limiter le réchauffement planétaire à 2 °C d'ici 2100, qu'est-ce que cela signifie, aussi concrètement que possible, en termes de gestes à poser pour les gouvernements, les industries et la population?

Comme l'explique ce compte-rendu du New York Times (NYT), 16 équipes d'analystes dans autant de pays (représentant 70 % des émissions de GES de la planète) ont planché sur des scénarios en partant des calculs du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat au sujet du «budget de GES» de l'humanité, soit les quantités de gaz à effet de serre que nous pouvons encore rejeter dans l'atmosphère pour que le climat terrestre ne prenne pas plus de 2 °C - seuil sous lequel les conséquences devraient être gérables. De là, les analystes ont travaillé à rebours, identifiant combien chaque secteur de l'économie pouvait/devait couper pour atteindre cette cible, tout en suivant une série de règles communes - ils ont tous présumé, essentiellement, que les pays développés n'adopteront pas un mode de vie plus frugal, que le Tiers Monde tentera d'améliorer le sien et consommera donc plus d'énergie, et qu'il n'y aura pas d'énergie miracle comme la fusion nucléaire qui arrivera sur le marché.

Il s'agit probablement du plan le plus détaillé jamais produit de l'effort que cela représente. Et «l'arithmétique est vraiment brutale», a commenté au NYT un des fondateurs du projet, l'économiste de l'Université Columbia Jeffrey. Les technologies disponibles présentement, bien qu'elles permettent de commencer le chantier tout de suite - ce qui n'est pas négligeable -, ne suffiront probablement pas à finir le travail. Il faudra donc continuer d'investir pour améliorer et réduire les coûts des véhicules électriques, de l'éolien, du solaire, etc.

Pour ne fonctionner qu'avec des énergies renouvelables en 2050, a calculé récemment le chercheur en ingénierie de l'Université Stanford Marc Z. Jacobson, un pays comme les États-Unis devrait construire pas moins de 450 000 éoliennes (entre autres) d'ici le milieu du siècle, dont le tiers serait au large.

Pour le Canada, dont le rapport spécifique est disponible ici, cela impliquerait (impliquera?) plusieurs réformes très profondes, incluant :

- une refonte rapide du Code du bâtiment pour que dès 2025, toutes les nouvelles résidences (et éventuellement celles qui existent déjà) aient une consommation énergétique nette de zéro (isolation dernier cri, chauffe-eau solaire, panneaux solaires, géothermie, etc.);

- des véhicules légers qui roulent tous à l'électricité, au biogaz, à l'hydrogène dès le début des années 2030;

- un système de plafonnement-échanges des GES pour l'industrie lourde qui la forcerait à réduire ses émissions de 25 % sous les niveaux de 2005 dès 2020, et de 90 % d'ici 2050 - les auteurs du rapport comptent apparemment en bonne partie sur les technologies de capture du carbone, notamment pour freiner les émissions des sables bitumineux, mais disons que c'est assez mal barré de ce côté-là;

- pour le reste de l'économie, un système de plafonnement et d'échange ou une taxe sur le carbone qui en fixerait le prix à 50 $CAN la tonne dès 2020 (le prix moyen du dernier encan Québec-Californie tournait autour de 18 $), puis le rehausserait de 10 $ par année.

Même en faisant tout cela, il resterait encore des émissions de GES au Canada en 2050. Certains procédés industriels qui demandent de chauffer de grandes quantités de matière à de très hautes températures, dans la fabrication de béton ou d'acier, notent les auteurs du rapport canadien. En outre, ils présument (sans doute sagement) que les transports lourds, comme le train, les paquebots et les avions continueront de fonctionner à l'essence en 2050.

Bref, c'est essentiellement le même message que celui qu'Alain Bourque, climatologue et directeur du consortium scientifique sur les changements climatiques Ouranos, me disait en début de semaine : il est encore «mathématiquement possible» d'atteindre la cible de 2 °C, mais l'ampleur du défi est telle que l'on comprend aisément le scepticisme ambiant. Et si on la manque, il faudra apparemment attacher nos tuques et chapeaux de paille avec de la broche.

J'imagine que c'est ce qui se passe quand on attend trop longtemps avant d'agir...

P.S. J'oubliais... Voici ce que dit le rapport au sujet de l'impact anticipé que des mesures aussi drastiques pourraient avoir sur l'économie canadienne : «[Dans nos modélisations], les conséquences varient d'une province à l'autre. L'économie de l'Alberta est réduite de façon substantielle par la décarbonisation à cause de ses effets évidents sur l'industrie des combustibles fossiles, mais croîtrait quand même de 20 à 70 % d'ici 2050 [les modèles du rapport testent quatre scénarios de prix du pétrole, de 40 à 114 $ le baril]. Nos résultats indiquent que le cours du pétrole a une plus grande influence sur l'économie du Canada que la décarbonisation elle-même. L'économie du Québec bénéficie de la décarbonisation à cause de son hydroélectricité abondante et à faible prix, et profite en même temps des bas coûts de transport associés au scénario où le baril de pétrole est bas.»

Pour participer à la discussion sur le blogue de Jean-François Cliche, rendez-vous au http://blogues.lapresse.ca/sciences

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