Un peu de lecture pour «flusher» le Flushgate

BLOGUE / Alors voilà, c'est officiellement décidé : la Ville de Montréal... (La Presse, Bernard Brault)

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La Presse, Bernard Brault

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(Québec) BLOGUE / Alors voilà, c'est officiellement décidé : la Ville de Montréal déversera le tiers de ses égouts directement dans le fleuve à partir de minuit et une mercredi matin, et ce, pendant une semaine, 24 heures sur 24, pour un total de 8 milliards de litres d'eau mélangée à toutes sortes de choses qu'on ne veut plus voir.

On a fait un sacré foin de cette histoire - dont j'aurais parlé sur ce blogue avant n'eût été d'un congé de paternité au début d'octobre - en partie parce que la chose s'est rapidement politisée, et en partie parce que les médias raffolent de ce genre de nouvelle qui, de prime abord, paraît franchement très mal. Alors résumons ce que l'on en sait...

La Ville de Montréal se dit forcée d'agir ainsi parce qu'elle doit faire des travaux d'entretien sur une partie de son réseau d'égouts. Le trio d'experts mandaté par le gouvernement Harper, qui en pleine campagne électorale s'était découvert une étonnante fibre environnementaliste, ne s'est pas prononcé sur le bien-fondé de la décision de l'administration Coderre, mais a fait quelques suggestions -  notamment celle d'au moins réexaminer l'opportunité de charger une partie du déversement sur des bateaux.

Cela ne sera pas fait, finalement, mais cela ne changera vraisemblablement pas grand-chose. Comme l'ont noté pratiquement tous les experts qui se sont prononcés sur le dossier, le débit du déversement sera de 13 mètres cubes par seconde, ce qui représente une quantité proportion du débit total du fleuve à la hauteur de Montréal (7000 m3/s). S'il s'agissait d'une pratique permanente, il y aurait sans doute des conséquences inacceptables pour l'environnement et la santé humaine, mais comme l'événement est ponctuel, les effets seront vraisemblablement négligeables.

Du point de vue des prises d'eau potable que de nombreuses villes en aval de Montréal ont sur le fleuve, cela ne changera rien. Comme l'expliquent très bien cinq experts de l'École polytechnique (comme tous les autres experts cités dont j'ai eu connaissance) :

«Nous anticipons que cet impact sera minimal en raison d'abord de l'augmentation marginale de la charge rejetée [2,4 fois plus de microorganisme] et ensuite du niveau de dilution dans le fleuve. Les usines de traitement d'eau potable sont conçues et exploitées pour faire face à des fluctuations de la qualité de l'eau brute. Les choix de traitement sont établis avec un niveau de sécurité et pour qu'ils soient capables de répondre à des fluctuations de la contamination de l'eau brute. Une différence de moins d'un ordre de grandeur (10 fois) de la qualité de l'eau brute n'est pas considérée comme un risque significatif. Des travaux de recherche ont montré des fluctuations quotidiennes de contamination fécale de plus de deux ordres de grandeur (100 fois), qui sont fréquemment observées aux prises d'eau potable influencées par des déversements.»

Du point de l'environnement et de la vie aquatique, le texte est moins catégorique, mais il suggère assez clairement qu'il devrait en principe être minime, puisque le système de traitement des eaux usées de Montréal n'est, si l'on me prête l'euphémisme, pas exactement une Cadillac. S'il retire une partie relativement grande de certains contaminants, en particulier les particules en suspension, il laisse passer à peu près intégralement plusieurs autres catégories de polluants. Leurs concentrations ne seront donc pas augmentée, pour la simple (mais pas très bonne) raison qu'ils ne sont pas retenus même lorsque le système fonctionne normalement.

Mais les impacts environnementaux ne sont sans doute pas la spécialité de ces cinq ingénieurs - ce qui peut expliquer en partie, j'imagine, leur circonspection. Ils tombent toutefois en plein dans les cordes du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique, dont les experts cités entrevoient essentiellement des effets écologiques comparables aux débordements d'égouts qui surviennent très fréquemment lors des fortes pluies. Comparé à ce qui atterrit déjà constamment dans le fleuve, le «Flushgate» relève donc essentiellement du business as usual.

S'il y a un vrai problème, en tout ceci, c'est d'ailleurs là qu'il réside, soulignent tant le GRIL que les chercheurs de la Poly : nombre de municipalités du Québec déversent routinièrement leurs égouts directement dans le fleuve ou d'autres rivières qui s'y jettent, sans aucun traitement préalable. Et c'est quand elles sont répétées continuellement - il y en a environ 45 000 par année au Québec - que ces vidanges, surverses et autres «flush» finissent par peser sur l'environnement.

Enfin, je m'en voudrais de ne rien dire, dans ce tour d'horizon, de cette belle entrevue avec l'écotoxicologue de l'UQAR Émilien Pelletier que ma collègue du Soleil Valérie Gaudreau a publiée le mois dernier. Ce n'est pas le déversement lui-même qui chicote M. Pelletier, un des pionniers de sa discipline au Québec. C'est plutôt le symbole : «On éduque nos enfants en disant de ne pas gaspiller l'eau et la Ville de Montréal veut envoyer des eaux usées dans le fleuve pendant une semaine. Ce n'est pas acceptable. [...] Le fleuve, il est propre. Il n'est pas contaminé. Mais le problème est cette mentalité de dire ce n'est pas grave, que c'est déjà pollué et qu'on peut bien en rajouter un peu.»

Pour réagir sur le blogue de Jean-François Cliche : http://blogues.lapresse.ca/sciences

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