L'ACFAS en rafale

Une baleine bleue... (Photo Shutterstock, Johan_R)

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Une baleine bleue

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(Rimouski) Toute la semaine, pas moins de 3500 scientifiques ont convergé vers Rimouski, où se tenait le 83e congrès de l'ACFAS, l'Association francophone pour le savoir. Chaque jour, Le Soleil vous a résumé les travaux d'un de ces chercheurs, mais comme il y a beaucoup plus qu'une découverte intéressante présentée à cet événement, nous vous en proposons quelques-unes de plus, colligées ici et là dans le courant de la semaine.

Petit snack de nuit chez les baleines...

En général, quand un animal supposément diurne se fait attraper en train de fouiner nuitamment dans le frigo, il s'agit d'un homo sapiens - souvent un mâle. Mais Véronique Lesage, spécialiste des mammifères marins chez Pêches et Océans Canada, en a surpris de tout autre dans le golfe du Saint-Laurent récemment, et non les moindres : des rorquals bleus, qui au beau milieu de la nuit avaient les deux nageoires dans le plat à biscuits...

«Il y avait des études antérieures qui suggéraient que les rorquals ne mangent pas la nuit, mais ce qu'on a démontré, c'est que non seulement ils mangent la nuit, mais qu'ils le font beaucoup plus efficacement que le jour. Alors ça donnait un bon coup de pied dans nos croyances», dit Mme Lesage.

Pour en faire la preuve, la biologiste et son équipe ont installé de petits senseurs sur 10 rorquals bleus du golfe afin d'enregistrer, notamment, leur vitesse de nage chaque seconde. À cause d'une manière particulière qu'ont les «bleus» de se nourrir, cela leur a permis, littéralement, de détecter chaque «bouchée» que les cétacés prenaient. Ces rorquals, en effet, ont l'habitude d'accélérer subitement lorsqu'ils sentent un banc de krill ou de petits poissons. Ils ouvrent alors toute grande leur immense gueule et peuvent ainsi, en plus de leurs proies, engouffrer l'équivalent de leur poids corporel en eau - ce qui freine très brusquement leur élan.

Deux fois plus la nuit

C'est en enregistrant ces mouvements pendant un total de 139 heures que l'équipe de Mme Lesage a pu établir qu'en fait, les baleines bleues s'alimentent deux fois plus durant la nuit qu'en plein jour: 0,48 bouchées par minute en moyenne sous la lune, contre 0,24 sous le soleil.

La clé de ce comportement tiendrait à la dépense d'énergie que les rorquals doivent faire pour se nourrir: plus ils doivent plonger profondément, plus cette dépense est grande, et moins il vaut la peine de courir la crevette. Or, dit Stéphane Plourde, spécialiste du krill et collègue de Mme Lesage à l'Institut Maurice-Lamontagne, le krill a justement l'habitude de descendre en profondeur pendant le jour.

«Ce serait une adaptation afin de diminuer le risque de prédation [par des animaux qui chassent à vue], a expliqué M. Plourde lors d'un échange de courriels avec Le Soleil. Ce comportement a été démontré maintes fois dans le cadre d'expériences dans de grands réservoirs avec du zooplancton de plus petite taille, comme les copépodes, tant en milieu marin qu'en eau douce. Durant ces expériences, le zooplancton réalisait ces migrations (vers le fond) même en présence de «seulement» les kairomones des prédateurs, c'est-à-dire leur signature chimique dans l'eau. La migration en surface durant la nuit est pour optimiser l'alimentation, la croissance et la reproduction. Dans le golfe du Saint-Laurent et les eaux du nord-ouest de l'Atlantique, les principaux prédateurs du krill en termes de biomasse sont probablement les poissons pélagiques, tels que le capelan et le hareng, deux espèces utilisant un mode d'alimentation visuel sur les proies de cette taille.»

En profondeur où il fait noir, donc, le krill est relativement à l'abri. Et ce n'est pas un hasard si, dans l'échantillon de Mme Lesage, les «bleus» prenaient leur bouchée à environ 60 mètres de profondeur pendant le jour, et entre 0 et 20 mètres pendant la nuit. On prend son krill là où il est... Ou on attend qu'il remonte.

VIH: des efforts de prévention à recibler

«C'est chez les gars de 18 à 35 ans que l'on voit une explosion des cas de VIH. C'est un moment de leur vie où ils explorent, ou encore s'implantent dans la communauté gaie. Ils sont dans l'exploration des préférences, dans l'essai de ce qui est disponible pour l'adopter ou le délaisser. Et ça, ça leur laisse peu de temps pour réaliser qu'ils sont à risque.»

Gilbert Émond, professeur de sciences humaines appliquées à l'Université Concordia, est inquiet. Une grande partie des efforts de prévention du VIH au Québec est concentrée sur la communauté gaie. En soi, dit-il, ce n'est pas une mauvaise chose puisque, en proportion, le VIH touche particulièrement les milieux homosexuels. Mais voilà, «les acteurs en prévention sont orientés vers les "vieux", vers les gais qui sont déjà intégrés à la communauté», dit M. Émond, alors qu'une grande partie des nouveaux cas de VIH touchent les jeunes.

360 cas par année

D'après des données de santé publique qu'il a analysées et présentées cette semaine à Rimouski, on recense environ 360 nouveaux cas de VIH par année au Québec. Cinq sur six sont des hommes, à cause de la prévalence de l'épidémie dans la communauté gaie. Et près de la moitié (46 %) des infections masculines touchent les 18-35 ans, soit un âge où les jeunes font leurs expériences et ne sont donc souvent pas encore intégrés à la communauté gaie.

Ainsi, en ciblant cette dernière, la prévention du VIH au Québec manque une bonne partie de sa clientèle. «Ça ne veut pas dire qu'il faut exclure la communauté gaie de la prévention, c'est évident, dit M. Émond. Mais il faut aussi aller à la périphérie, chez ceux qui viennent "en visite", qui viennent voir si c'est bien leur orientation sexuelle. Et eux ne se sentent peut-être pas gais avant, et ils n'ont pas été autant informés sur les risques de VIH que ceux qui font déjà partie de la communauté gaie.»

Il va sans dire que ces jeunes hommes, qui ne sont pas sûrs d'être gais ou veulent encore le cacher, risquent d'être très difficiles à joindre. «Mais c'est ça, le défi. Pourquoi est-ce qu'on se concentrerait sur des gens qui sont déjà bien informés ou qui, s'ils ont à être infectés, le sont déjà? Pourquoi est-ce qu'on ne travaillerait pas sur le moment où le jeune, ou le «néo-gai», se pose des questions? Il faut trouver le moyen de l'alarmer au bon moment», plaide M. Émond.

L'effet des probiotiques... même après la mort!

Un jour, il deviendra peut-être plus court de faire la liste des avantages que les probiotiques n'ont pas plutôt que de dresser celle de leurs bienfaits... En plus de leurs effets sur la flore intestinale - les bactéries qui vivent dans notre ventre et nous aident à digérer, notamment - qui se répercutent sur toute la santé, une chercheuse de l'Université Laval vient de leur découvrir un bénéfice additionnel étonnant: la viande des animaux qui ont pris des probiotiques est moins contaminée par des bactéries pathogènes que la chair des autres. Même après l'abattage!

«Quand les animaux sont en santé, dit Linda Saucier, du Département des sciences animales, il y a peu ou pas de microorganismes dans leurs muscles, sauf dans les ganglions [ce qui est normal, puisque ce sont des parties du système immunitaire qui ont pour tâche de "ramasser" les microbes afin de les éliminer]. [...] Alors la grande question, c'est comment est-ce que le muscle peut se contaminer par la suite. Et c'est évidemment le contact avec l'environnement, les organismes qui vivent sur la peau, dans le pelage, le contenu intestin, les mains des travailleurs, etc. Ce qui fait qu'à la fin, on se retrouve avec une carcasse qui a entre 100 et 10 000 unités formant des colonies [UFC, une façon de compter les bactéries par cm2] après "l'habillage", c'est-à-dire la préparation générale de l'animal jusqu'à l'entrée au frigo de l'abattoir.»

Carcasses plus salubres

Or si le contenu de l'intestin a une influence sur les microbes qui atterrissent sur la viande, s'est dit Mme Saucier, alors il est sûrement possible de jouer là-dessus pour rendre les carcasses plus salubres. La chercheuse avait d'ailleurs obtenu des résultats encourageants sur des porcs, simplement en leur donnant des probiotiques pendant deux semaines avant l'abattage, mais comme la flore intestinale des spécimens matures est difficile à changer, elle soupçonnait que l'amélioration serait encore plus grande si l'on s'y prenait plus tôt.

Mme Saucier a donc testé son idée sur 144 lapines de race Grimaud, une race à viande, en les élevant à l'animalerie de l'Université Laval et en donnant à la moitié des rongeurs une souche de «bonnes bactéries» - un produit commercial nommé Micocin, utilisé par les transformateurs qui font du jambon pour contrôler une cause fréquente d'intoxication alimentaire, la bactérie Listeria monocytogenes.

Et les résultats sont plus qu'intéressants. Sur la viande emballée sous vide, Mme Saucier a réduit le nombre de L. monocytogenes par un facteur de 10 (!) comparativement aux lapins qui n'avaient pas reçu de probiotiques, alors que dans un emballage conventionnel (une styromousse entourée d'une pellicule plastique), le nombre de pathogènes est resté le même, mais ils ne dominaient plus la communauté bactérienne - d'autres souches avaient pris le haut du pavé.

«Et encore, souligne Mme Saucier, ce n'est qu'une preuve de concept: il y a sûrement d'autres souches de probiotiques qui sont meilleures. [...] Ce qui est intéressant, c'est qu'on sort des façons de faire classiques, qui consistaient à essayer d'éliminer toutes les bactéries. On ne crée pas de vide microbiologique, on module positivement et on cible ce qu'on veut éliminer.»

Fous de Bassan, parents absents

Une partie du mystère entourant le sort des fous de Bassan de l'île Bonaventure, en Gaspésie, a été levé cette semaine au congrès de l'ACFAS, quand des données ont en grande partie confirmé que ces magnifiques oiseaux trouvent moins à se nourrir qu'avant.

À la fin des années 2000, la colonie de l'île Bonaventure était la plus importante du monde, avec 121 000 fous de Bassan - contre 119 000 dans l'archipel de Saint-Kilda, en Nouvelle-Écosse. Mais depuis 2009, la population gaspésienne bat de l'aile : les oiseaux s'accouplent et pondent des oeufs comme avant, mais leurs rejetons meurent à un rythme effarant. Auparavant, environ les trois quarts des oisillons de Bonaventure survivaient jusqu'à leur premier envol, mais cette proportion a chuté à 50 % en 2009, puis à seulement 8 % en 2012. Les choses se sont un peu améliorées depuis, mais pas assez pour assurer le renouvellement de la colonie, qui voit ses rangs rétrécir.

En 2012, des oiseaux avaient été munis de GPS, ce qui avait montré qu'ils parcouraient de plus grandes distances pour se nourrir qu'en 2003 - année où la même expérience avait été faite. Mais ces résultats reposaient sur un très petit nombre d'oiseaux et ne permettaient d'être sûr de rien.

Or depuis, sous la direction de biologistes de l'UQAR et du collégial, des étudiants ont continué d'équiper des fous de Bassan de GPS, ce qui a élevé à 108 cas l'échantillon de l'étude - de quoi commencer à y voir clair. Et les données confirment les soupçons, a exposé le professeur du Cégep de Rimouski David Pelletier, qui participe aux travaux : les fous de Bonaventure ont du mal à s'alimenter. Comparativement aux oiseaux qui ont rendu leurs poussins jusqu'à l'envol (55 cas), ceux qui y ont échoué (53) faisaient des voyages de pêche les amenant plus loin de l'île (190 km contre 150) et les gardant plus longtemps loin du nid (40 heures contre 32). Leurs oisillons étaient donc moins nourris et plus souvent laissés à eux-mêmes.

Rareté du poisson

«On voit aussi un changement dans le régime alimentaire à cause du crash des stocks de maquereaux et de harengs. Il y a de plus en plus d'espèces à faible valeur énergétique, de plus en plus de petits poissons comme le lançon, qui ont très peu de graisse, qui sont apportés aux poussins», ajoute-t-il.

L'origine de cette rareté du poisson n'est pas encore bien établie. Il est possible que la pêche commerciale ait joué un rôle, mais on soupçonne aussi que les changements climatiques sont en cause. En effet, les poissons dont raffole le fou de Bassan - le maquereau, en particulier - affectionnent l'eau froide. Or si le golfe se réchauffe, alors ils vivront plus en profondeur qu'en surface et deviendront de ce fait hors de portée des oiseaux. Des travaux en cours tentent de faire la lumière.

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