Allaitement: pas assez de lait, vraiment?

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On estime que seulement entre 0,5 et 1 % des femmes n'auraient pas la capacité de fabriquer assez de lait.

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(Québec) En apparence, la séquence est logique, incontestable, normale jusqu'à en être platement banale : quand une jeune maman a l'impression de ne pas produire assez de lait, elle cesse l'allaitement et se tourne vers les préparations pour bébé. Rien à voir, circulez. Mais voilà, quand on mesure la quantité de lait que ces mamans produisent réellement, on se rend compte qu'elles n'en ont pas nécessairement moins que les autres...

C'est l'étonnante (et un brin troublante) conclusion à laquelle arrivent Roseline Galipeau et Mario Lepage, tous deux professeurs en sciences infirmières à l'Université du Québec en Outaouais : «Il n'y a pas de lien [statistique] entre la perception de la mère et sa production lactée», dit Mme Galipeau.

«C'est un sujet qui m'interpelle depuis quelques années, explique-t-elle. J'ai fait des recherches sur les facteurs qui faisaient que la mère maintient ou non l'allaitement. Et ce qui était ressorti de ça, c'était que la perception de ne pas produire suffisamment de lait était le principal facteur derrière l'arrêt de l'allaitement, et que certains facteurs liés à l'enfant, comme sa capacité de téter et sa capacité de demander, étaient associés à la perception de la mère. Par exemple, si l'enfant demande continuellement du lait, ça peut donner à la mère l'impression qu'elle n'en produit pas assez.»

Afin de voir si ce genre de comportement peut induire la mère en erreur, Mme Galipeau et M. Lepage ont pris tout un train de mesures sur 125 nouvelles mamans dans le but d'évaluer leur production réelle de lait - baisse de poids du bébé après 48 heures de vie, poids très précis du bébé avant et après chaque allaitement pendant toute une journée à l'âge de deux semaines, etc.

Résultat : après deux semaines de vie, la «très grande majorité des femmes ne connaissaient aucun problème d'allaitement», produisant en moyenne environ 525 millilitres de lait par jour. Or s'il y avait de grands écarts d'une femme à l'autre, les mamans qui avaient l'impression de ne pas avoir assez de lait n'en produisaient, en fait, pas significativement moins que les autres.

Il peut arriver, remarquez, qu'au-delà des perceptions la mère manque réellement de lait, «mais c'est très rare, nuance Mme Galipeau. On estime que seulement entre 0,5 et 1 % des femmes n'auraient pas la capacité de fabriquer assez de lait. La majorité du temps, il y a quelque chose qui s'est passé qui a fait que l'établissement de l'allaitement ne s'est pas fait normalement - le bébé ne tète pas bien, par exemple, ou d'autre chose».

Contact peau à peau

Ce sont ces signaux du bébé qui peuvent être interprétés comme de l'«insuffisance lactée». «Et là, on parle de la mère, rappelle la chercheuse, mais il y a plein d'autres personnes autour qui ont une opinion là-dessus, le père, la grand-mère, la belle-mère...» Ce qui peut bien sûr ajouter à la confusion.

Fait intéressant, Mme Galipeau et M. Lepage ont non seulement travaillé sur les perceptions, mais également relevé des facteurs qui influent sur la production réelle de lait.

«Le contact peau à peau, par exemple, c'est lié avec la stimulation des hormones responsables de la lactation. Ça, on le savait, et c'est pour ça qu'on le recommande tout de suite après la naissance, mais ce qui est intéressant dans notre étude, c'est qu'à la deuxième semaine, le contact peau à peau favorise encore la production de lait», dit la chercheuse.

En outre, le nombre de tétées - 9,2 par jour dans l'étude - influence autant la perception que l'insuffisance lactée réelle. «Et ça aussi c'est intéressant, poursuit Mme Galipeau, parce que les mères qui croient qu'elles n'en ont pas assez, c'est parce qu'elles pensent que leur bébé en demande trop souvent. [... Mais ce n'est pas seulement elles qui] s'imaginent des affaires. Non, c'est réel aussi, mais c'est cette compréhension-là de ce que ça [les demandes du bébé] veut vraiment dire qui est déterminante.»

Enfin, précise Mme Galipeau, une limite potentiellement importante de l'étude est qu'une partie des mères n'ont pas pu être jointes ou ont cessé de collaborer - ce qui a pu biaiser l'échantillon, puisqu'il est possible qu'une bonne partie d'entre elles aient choisi d'abandonner l'étude parce que leur allaitement s'était avéré difficile.

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