Le plus gros cratère du monde... au Québec?

Une météorite se serait abattue sur le nord... (Illustration Shutterstock, solarseven)

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Une météorite se serait abattue sur le nord du Québec il y a 2,1 milliards d'années, selon trois géologues québécois.

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(Québec) Le plus gros cratère du monde serait-il au Québec? La question risque d'être controversée et débattue pendant longtemps entre experts, mais trois géologues ont présenté cette semaine des indices qui leur font croire qu'une météorite énorme se serait abattue sur le nord du Québec, il y a 2,1 milliards d'années, et aurait laissé un cratère littéralement monstrueux, allant des monts Otish jusque, possiblement, dans Charlevoix.

Les géologues Serge Genest et Francine Robert de la firme Omegalpha, et Normand Goulet, professeur à l'UQAM, ont exposé leurs «éléments de preuve» lors de l'assemblée commune que viennent de tenir à Montréal quatre des principales associations géologiques d'Amérique du Nord. Ils reconnaissent eux-mêmes qu'il leur reste «beaucoup de travail à faire» pour convaincre leurs collègues, mais croient bien avoir mis le doigt sur «the big one», a indiqué M. Goulet lors de sa présentation.

«Tout d'abord, il y a la morphologie de l'endroit», a-t-il indiqué au Soleil. «De Chibougamau [où l'on a trouvé des signes de pressions extrêmes pouvant trahir un impact de météorite, NDLR] à Mistassini aux monts Otish, ça fait un quart de cercle.» Le lac Mistassini lui-même a d'ailleurs la forme d'un arc de cercle et pourrait être un bout de la frange du cratère.

Le reste du présumé cratère aurait été détruit par la formation de montagnes survenue après la chute de la météorite, croit M. Goulet (lire l'autre texte). Mais si, à partir de ce quart de cercle, on extrapolait le reste - en présumant que l'arc dont on dispose n'a pas été trop déformé -, cela donnerait un cratère de 300 à 500 kilomètres de diamètre qui se rendrait jusqu'au fleuve.

Ce serait, si la découverte se confirme, davantage que le plus grand cratère connu et confirmé à l'heure actuelle, celui de Vredefort, en Afrique du Sud, qui en mesure 300 kilomètres. Et ce pourrait être deux fois plus que le célèbre cratère de Chicxulub (180 kilomètres), au Mexique, dont l'impact a vraisemblablement provoqué l'extinction des dinosaures, il y a 65 millions d'années.

Nos trois géologues estiment que «leur» météorite serait tombée il y a environ 2,1 milliards d'années, une époque où il n'y avait à peu près que des bactéries sur Terre.

Des indices

Les indices trouvés le long du présumé cratère et mis de l'avant par le trio de géologues proviennent en grande partie de travaux d'exploration menés par M. Genest - qui a découvert plusieurs gisements d'uranium au Québec. Y figurent ce que le trio considère être des «cônes de choc», soit des structures striées en forme de cône que seuls des impacts météoritiques ou des explosions nucléaires peuvent imprimer dans le roc. L'examen microscopique de certains échantillons prélevés dans les monts Otish et dans les environs de Chibougamau a également révélé des «déformations planaires», des espèces de microlignes parallèles qui ne se forment que sous la pression d'un choc très violent, de même que des cristaux de verre, autre signe possible d'une pression intense et subite.

Mme Robert a également fait état de multiples signes montrant qu'il y a eu de la roche en fusion un peu partout dans les monts Otish. Il n'y a évidemment pas que la chute d'un astéroïde qui peut faire fondre la roche : par exemple, les fameuses «collines montérégiennes», comme le mont Saint-Hilaire, que l'on voit le long de l'autoroute 20 et qui semblent sortir de nulle part au milieu de la plaine, sont des exemples de magma qui est remonté des profondeurs de la Terre et qui a durci en surface. Mais ces collines ne sont essentiellement que la «pointe de l'iceberg», car la roche dont elles sont faites descend très loin dans le sous-sol, alors que dans les monts Otish, ces roches reposent sur des sédiments.

«Ça s'est déposé dans des dépressions, explique M. Goulet, et ça s'étend sur des centaines de kilomètres, sans origine souterraine apparente. [...Il pourrait s'agir de roche en fusion projetée dans les airs par la météorite, mais] cela peut quand même en partie venir du sous-sol parce que l'impact, en plus de faire fondre la croûte terrestre, a pu créer des fissures se rendant jusque dans le manteau et permettre à du magma minéralisé de remonter.»

Scepticisme

Le secteur des monts Otish a également un système de failles en arcs de cercle concentriques avec la forme du lac Mistassini.

Cela dit, les présentations de M. Goulet et de Mme Robert - M. Genest n'avait pas pu se déplacer - ont été reçues avec un certain scepticisme, des géologues présents disant notamment qu'au moins une partie des observations pouvait s'expliquer autrement, comme par une faille connue qui traverse tout le Québec et qui passe dans le secteur. Mais M. Goulet ne s'en étonne guère : ce genre d'accueil est loin d'être inhabituel pour les annonces de découverte de cratères d'impact majeurs. Pas plus tard qu'en mars dernier, des chercheurs australiens qui croient avoir découvert une paire de cratères de 200 kilomètres de diamètre avouaient en entrevue avec le site de Nature qu'ils s'attendaient à «faire lever pas mal de sourcils».

Et puis, ajoute M. Goulet, «même à Sudbury [qui doit sa richesse minière à un cratère d'impact de 250 kilomètres, le deuxième plus grand du monde, NDLR], ça a pris 30 ou même 40 ans avant que l'hypothèse de la météorite commence à être acceptée. Et il y en a encore qui doutent!»

Un article qui sera soumis à une revue scientifique est actuellement en préparation, a indiqué M. Genest au Soleillors d'un échange de courriels, et «on va retourner sur le terrain cet été pour trouver plus de cônes de choc, ça devrait nous aider à convaincre», dit M. Goulet.

Une histoire à suivre, donc...

La faute aux Laurentides...

Si le «quart de cercle» dans lequel Serge Genest, Francine Robert et Normand Goulet voient une partie de cratère est bien ce qu'ils croient, alors où est passé le reste? Pourquoi les trois quarts seraient-ils disparus? Et si la majorité est perdue, alors pourquoi des vestiges auraient-ils survécu?

D'après leurs travaux, la météorite serait tombée il y a 2,1 milliards d'années et son cratère se trouverait à cheval sur deux «provinces» géologiques différentes, c'est-à-dire sur deux (vastes) régions qui ont des histoires géologiques différentes. L'une d'elles, qui constitue presque tout le nord du Québec, est nommée «Province du Supérieur» et s'est formée entre 4 et 2,5 milliards d'années avant aujourd'hui, après quoi elle a relativement peu changé. C'est proche de la limite sud du Supérieur que se situe le «quart de cercle» restant du cratère.

En dessous se trouve la «Province de Grenville», dont font partie les Laurentides. Or la formation de montagnes est survenue beaucoup plus tard dans le Grenville, il y a entre deux et un milliards d'années avant nos jours, et a donné une chaîne de montagnes qui, avant d'être grugée par l'érosion, était plus haute que l'Himalaya actuel. Ce qui aurait, bien sûr, entièrement effacé à tout jamais les trois quarts du possible cratère dont il est question ici.

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