L'Observatoire du Mont-Mégantic survivra pour au moins deux ans

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L'Observatoire du Mont-Mégantic

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(Québec) Dans un revirement astronomique effectué à la vitesse de la lumière, le gouvernement fédéral a finalement décidé, mercredi en fin d'après-midi, d'accorder le demi-million de dollars qu'il fallait pour sauver l'Observatoire du Mont--Mégantic (OMM), dont la fermeture était imminente.

La nouvelle avait pourtant été confirmée mercredi matin au Soleil et au Devoir par le directeur de l'OMM, l'astrophysicien de l'Université de Montréal René Doyon : aux prises avec des difficultés financières chroniques et une subvention fédérale qui venait à échéance le 31 mars et n'allait pas être renouvelée, l'Observatoire était contraint de fermer ses portes.

Le manque à gagner était d'environ 500000 $, ce qui représente la moitié du budget de l'organisme. Des demandes d'aide avaient été multipliées, à l'endroit tant d'Ottawa que de Québec, mais en vain. Le C. A. de l'Observatoire avait donc adopté une résolution formelle au cours des derniers jours, prévoyant la fermeture définitive de ce petit centre de recherche à partir du 1er avril.

Mais voilà que le bureau du ministre fédéral de l'Industrie, James Moore, a pris tout le monde par surprise, en fin de journée, annonçant qu'il débloquera 500000 $ pour sauver l'OMM. Sur son fil Twitter, son collègue Christian Paradis, ministre du Développement international et député de Mégantic-L'Érable, a précisé qu'il s'agissait d'un financement de «deux ans afin que [l'OMM] reste accessible à la population».

Il n'y aurait toutefois «aucune raison particulière» pour laquelle le fédéral aurait retardé l'annonce du financement de deux ans jusqu'à mercredi, selon l'attaché de presse du ministre Moore, Jake Enwright. «Le monsieur qui dirige l'observatoire a fait une sortie dans les médias ce [mercredi] matin, et quand un journaliste m'a posé la question, je lui ai annoncé», a-t-il expliqué au Soleil.

Notons que le premier ministre Stephen Harper doit visiter Victoriaville cet après-midi et passer par Québec demain. 

Le revirement de dernière minute a pris tout le monde par surprise, y compris la direction de l'Observatoire. Moins d'une heure avant son annonce, le directeur général de l'OMM, le physicien Robert Lamontagne, expliquait encore les raisons de la fermeture en direct à l'émission Radio-

Canada cet après-midi. Vers 16h30, il a indiqué au Soleil qu'il venait d'apprendre la nouvelle. Même son de cloche du côté de son collègue Doyon, qui a eu vent du sauvetage de son propre observatoire en direct à la radio, d'après le site de Radio-Canada en Estrie.

Condamnation

La possibilité d'une fermeture de l'OMM avait suscité de vives réactions, mercredi, tout au long de la journée.

«C'est une catastrophe», avait commenté M. Doyon, en matinée. «C'est d'autant plus frustrant que l'OMM n'a jamais eu autant de succès. On vient d'équiper l'Observatoire grâce à une subvention fédérale, et c'est tout le paradoxe: on a de nouveaux instruments, mais pas d'argent pour les faire fonctionner.»

L'Observatoire avait en effet obtenu en 2011 une subvention de près de 12 millions $ du Fonds canadien de l'innovation qui lui a permis d'acquérir de nouveaux équipements - et de compenser d'autres coupes passées, mais ce subside prendra fin le 31 mars.

Au fédéral, le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois avaient condamné ces «coupes irréfléchies», tandis qu'au provincial, le député caquiste Jean-François Roberge estimait que «le gouvernement du Québec a le devoir de trouver une solution».

Sur les réseaux sociaux aussi, la grogne était palpable. Le groupe «Sauvons l'Observatoire du Mont-Mégantic» a rapidement recueilli quelques centaines de membres.

Problème chronique

L'OMM se trouve sur la corde raide depuis 2009. Cette année-là, le Conseil national de la recherche en sciences naturelles et en génie, un des principaux subventionnaires de la recherche au Canada, avait modifié ses critères pour les rendre plus conformes aux orientations du gouvernement Harper, élu deux ans plus tôt et qui souhaitait accorder plus de place à la recherche appliquée - afin, disait-il, de maximiser les retombées économiques de la science. Dans le réalignement qui a suivi, le programme dont dépendait l'OMM est devenu réservé pour les infrastructures de recherche d'envergure nationale, ce qui a eu pour effet de couper les vivres à l'Observatoire, considéré comme un équipement «régional».

À l'époque, le manque à gagner était de 325000 $, mais en tenant compte de l'inflation et du petit peu de développement que l'OMM a pu faire depuis, «on parle plus d'environ 500 000 $», dit M. Doyon, soit à peu près la moitié du budget annuel.

En 2009, le ministre Christian Paradis, alors à la tête de Développement économique Canada pour le Québec, avait sauvé l'OMM in extremis avec une subvention de deux ans. Mais celle-ci est arrivée à échéance en 2011 et les universités Laval et de Montréal, les «propriétaires» de l'Observatoire, ont dû prendre la relève à même leurs budgets déjà serrés, pendant un an. Par la suite, l'OMM a survécu sur la subvention du FCI.

Une réunion avec M. Paradis, l'automne dernier, avait donné espoir à l'OMM, mais le cabinet du ministre fédéral n'a pas donné signe de vie par la suite - jusqu'à mercredi, bien sûr. Des démarches ont également été entreprises auprès du provincial, sans plus de succès.

Faire beaucoup avec rien

L'Observatoire du Mont--Mégantic (OMM) a accouché de plusieurs innovations importantes au cours des dernières années, en dépit de son financement déficient. En voici quelques-unes..

  • En 2009, notamment, un doctorant en astrophysique travaillant à l'OMM, Olivier Daigle, avait mis au point une caméra ultrasensible dont la NASA s'était empressée d'acheter un exemplaire.
  • En 2011, l'antenne que la firme ABB détient à Québec avait décroché un contrat de 2,3millions$ avec le télescope Canada-France--Hawaii pour assembler un instrument spécial dont le prototype avait été mis au point à l'Observatoire.
  • M. Doyon faisait également partie de l'équipe qui a croqué la toute première «photographie» d'une exoplanète, en 2008, grâce à une technique d'imagerie qui avait été développée à l'OMM. Cette découverte avait, à l'époque, fait le tour de la planète.  
 

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