Expo-sciences menacées: «on coupe dans le savoir»

Aujourd'hui étudiant en médecine à l'Université Laval, David... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Aujourd'hui étudiant en médecine à l'Université Laval, David Drouin a été finaliste des Expo-sciences pancanadienne et internationale en 2011. Il affirme qu'en coupant dans le Conseil de développement du loisir scientifique, le gouvernement libéral «ne va vraiment pas dans la bonne direction».

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Après avoir remporté les grands honneurs dans la région, épaté le jury provincial et voyagé à l'autre bout du monde pour défendre son projet scientifique, le jeune David Drouin est triste et abasourdi de voir le gouvernement mettre en péril les Expo-sciences.

«Ça me fait beaucoup de peine. Et je suis beaucoup déçu», ne cache pas l'étudiant en médecine à l'Université Laval et ancien finaliste des Expo-sciences. «On est en train d'attaquer clairement tout ce qui est développement d'une société au niveau du savoir. On est en train de couper dans le savoir», dénonce le jeune homme. «Ça va avoir clairement un gros impact.»

Vendredi, le Conseil de développement du loisir scientifique (CDLS) a appris que le gouvernement libéral lui retirait sa subvention de fonctionnement. Les Expo-sciences sont désormais menacées de disparition, a confirmé le CDLS.

David Drouin est un de ces milliers de jeunes ayant eu la piqûre des sciences à travers ces ateliers de découverte scientifique. «J'ai appris beaucoup dans les Expo-sciences. Et c'est en partie grâce à ça qu'aujourd'hui, je suis capable de faire tant de choses», confie-t-il. «Que lorsque je vais dans une conférence, je suis capable de comprendre tant de choses. C'est en partie grâce aux Expo-sciences. Parce que j'ai tellement vu de gens là-bas qui m'ont appris tellement de choses... Ce n'est pas rendu à 40 ans que la promotion de la science est importante! C'est là qu'on apprend le plus, qu'on est intéressés par plein de choses.»

Originaire de Sainte-Émile, David Drouin a laissé sa marque à l'école secondaire Saint-Sacrement en s'intéressant au rôle des huiles essentielles comme solution de rechange aux antibiotiques. Son projet a été présenté aux Expo-sciences pancanadienne et internationale de Bratislava en 2011, ainsi qu'à la Super Expo-sciences Hydro-Québec. Au Cégep de Sainte-Foy, il a été un des rares à avoir accès aux laboratoires - pour y effectuer ses propres recherches.

En dehors de ses études à l'Université Laval, David Drouin se promène d'école en école pour donner des conférences sur son parcours... né des Expo-sciences. «Je ne suis pas d'accord de dire que ça ne cadre pas dans nos objectifs de promotion de la science», lance-t-il aujourd'hui au gouvernement libéral. «Parce que la promotion de la science passe par nos jeunes. On ne va vraiment pas dans la bonne direction. Quand on parle de promotion de la science, ce n'est pas la promotion de la science une fois rendu en recherche, quand tu es doctorant, et que tu es déjà sûr d'aller là-dedans... Ça passe avant tout par la relève.»

«Un parmi tant d'autres»

Modeste en dépit de son parcours impressionnant, David Drouin assure que son cheminement n'a rien d'exceptionnel. «Je suis seulement un parmi tant d'autres», indique-t-il. Autour de lui, bon nombre de ses collègues tiennent le même discours. Leur jeune carrière en science est née en bonne partie grâce aux Expo-sciences, soutient-il.

L'annonce des compressions gouvernementales arrive en fin de session universitaire, alors que les étudiants ont peine à souffler. Après les Fêtes, David Drouin promet que les «anciens» des Expo-sciences lanceront une forme de mobilisation publique pour dénoncer les coupes.

Le milieu consterné

Dur lendemain de veille dans le milieu de la communication scientifique. Les acteurs du petit monde de la vulgarisation des sciences comprennent difficilement les coupes du gouvernement libéral dans les Expo-sciences, la revue Les Débrouillards et l'Agence Science-Presse.

«En démolissant le réseau au complet, les neuf régions, le CDLS [Conseil de développement du loisir scientifique] à Montréal, on va empêcher les Expo-sciences de se réaliser», constatait samedi Roland Grand'Maison, directeur général du Conseil. L'organisme derrière la tenue des Expo-sciences entend se battre pour maintenir le concept. «Ce n'est pas fini! Mais on n'a plus de budget de fonctionnement...» lance-t-il. «On est menacés très sérieusement.»

Le CDLS a perdu vendredi 350 000 $, soit 40 % de son budget. Depuis cette annonce, les commanditaires ne cessent de téléphoner. «Ça a ébranlé la confiance de tout le monde. Ce qu'on gère actuellement, ce sont les gens en dehors du gouvernement et qui nous disent : "Est-ce qu'il va y en avoir encore?"» explique Roland Grand'Maison. Au fil des ans, l'organisme de promotion de la science avait déniché de précieuses commandites pour aider les jeunes. «Les commandites, qui sont très élevées, vont-elles continuer? Tous ces gens-là s'inquiètent.»

Le ministère de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations a précisé vendredi que les sommes économisées seraient transférées dans une nouvelle politique de promotion de la science. «Ce qui me dérange énormément, c'est de me faire dire qu'on vient de créer une nouvelle direction à l'intérieur du Ministère. Elle s'appelle le développement de la relève. Et nous faire dire que nous, on ne fait pas partie de cette relève-là! Ça, c'est aberrant, surprenant. C'est choquant», rétorque le directeur général.

Le choc est aussi fort chez les enseignants, indique la présidente de l'Association pour l'enseignement de la science et de la technologie au Québec, Nathalie Monette. «Ça nous affecte. On ne comprend pas la coupure», dit-elle.

La majorité des profs de science s'impliquaient bénévolement dans les Expo-sciences. Tout ce travail sera perdu, craint Mme Monette. «Généralement, c'est fait en parascolaire. C'est très rare dans les milieux qu'on puisse faire les projets expo-sciences dans les cours réguliers. C'est fait sur les heures de dîner, le matin. Même si l'on met des heures et des heures à travailler avec ces jeunes-là, on ne les compte plus, les heures...»

Source de motivation

Les enseignants trouvaient une source de motivation dans ces compétitions amicales. «Cela avait un effet de motivation pour les enseignants. De voir les élèves capables de résoudre un problème, et qu'ils sont fiers d'eux, pour nous, c'est valorisant», illustre Nathalie Monette.

Bien souvent, les élèves amélioraient leur sort. Et pas juste en chimie ou en physique. «Il se valorise. Il est capable de monter ses choses. Tranquillement, pas vite, il va vouloir venir à l'école. Il va améliorer son rendement en sciences, parce qu'il a un intérêt. Et veux, veux pas, il y a un effet de cascade. Cela a un impact positif sur l'ensemble des autres matières.»

L'ensemble de ces coupes budgétaires laissera des traces dans le milieu déjà fragile de la vulgarisation scientifique, estime pour sa part la chargée de cours en communication scientifique à l'Université Laval, Amélie Daoust-Boisvert. «Ce n'est pas de fragiliser, mais bien mettre en péril l'ensemble du secteur de la communication scientifique.»

Elle attend de voir la nouvelle stratégie gouvernementale avant de se prononcer davantage, mais s'inquiète déjà du vide causé par les compressions. «C'est un besoin qui n'est pas rempli par personne d'autre», souligne-t-elle.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer