De l'engrais et de l'électricité... à partir de légumes rejetés

Le chercheur Daniel-Yves Martin et son équipe ont... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Le chercheur Daniel-Yves Martin et son équipe ont testé un procédé permettant de transformer les fruits et les légumes «perdus» des épiceries en engrais sous forme de granules.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Chaque année, c'est bien connu, des milliers de tonnes de nourriture sont gaspillées au Québec. Juste en ramassant ce que deux épiceries et deux fruiteries de la Rive-Sud jettent en fruits et en légumes «déclassés», le chercheur Daniel-Yves Martin en a récupéré une tonne en seulement cinq jours! Et il croit bien avoir trouvé quoi faire avec...

Du compost? Il n'y aurait rien de mal à choisir cette avenue, mais «le compostage à grande échelle, c'est difficile parce que les piles de compost génèrent de grandes quantités de liquides. Alors il faut y ajouter beaucoup de matériaux structurants, comme des copeaux de bois, pour les absorber. Et puisque notre problème, c'est l'eau, alors on a décidé de l'enlever», a expliqué jeudi M. Martin lors d'une journée portes ouvertes à la ferme expérimentale de l'Institut de recherche et de développement en agriculture (IRDA), à Saint-Lambert-de-Lauzon.

M. Martin et son équipe testent en effet un procédé qui permettrait de transformer les fruits et légumes «perdus» des épiceries en engrais ou, éventuellement, en nourriture pour les animaux de ferme.

Des ordures aux tablettes

Les aliments sont d'abord passés au broyeur, puis à la centrifugeuse pour séparer les parties solide et liquide. Les solides sont ensuite chauffés à 55 °C pendant quelques jours (pour tuer les bactéries pathogènes), puis séchés, ce qui stoppe toute activité microbienne.

«Le but du jeu, c'est de retourner ça sous forme de granules sur les tablettes d'épicerie, pour que les gens puissent en mettre dans leurs plantes», explique M. Martin. Contrairement au compost, qui grosso modo «ravive» le sol, mais n'est pas un engrais, de telles granules pourraient faire les deux. Le compost est en effet essentiellement ce qu'il reste une fois que des insectes, vers et bactéries ont digéré la nourriture - brûlant au passage tout leur carbone et libérant tout leur azote, qui se retrouvent alors dans l'atmosphère. En ne faisant en gros que déshydrater les végétaux, on évite de perdre ces deux éléments, qui peuvent ainsi nourrir les plantes et les microorganismes du sol. Des essais en champs sont en cours.

En outre, ni le produit fini, ni sa production ne dégagent les odeurs désagréables parfois liées au compostage.

Production d'électricité

La partie liquide, qui ressemble à une boue, est quant à elle réutilisée pour produire de l'électricité. L'IRDA a en effet mis au point une sorte de «pile bio» dont le moteur, pour ainsi dire, est l'activité de bactéries spécifiques, qui peuvent se nourrir du liquide extrait des fruits et légumes. Bien qu'il reste encore des ajustements à faire, «l'énergie produite pourrait alimenter une usine à granules», dit M. Martin.

«Les épiciers avec qui nous avons travaillé étaient bien contents de nous voir, a témoigné de son côté l'attaché de recherche de l'IRDA Caroline Vouligny, qui a travaillé sur le projet. En fait, ils ne sont pas fiers de leurs rejets, et ils essaient de les minimiser, mais ils doivent aussi respecter des règlements sur les aliments et ils n'ont pas le choix d'en jeter. Alors je pense qu'ils aimaient bien l'idée qu'on transforme ça en produit.»

Les grands moyens en Belgique pour contrer le gaspillage

Il n'y a pas qu'au Québec que le gaspillage alimentaire cause du souci. D'après l'Organisation pour l'agriculture et l'alimentation des Nations Unies, pas moins de 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont jetées aux ordures chaque année. Et pour réduire ces quantités de boustifaille dont on ne fait rien, quelques villes de Belgique ont commencé à prendre les grands moyens, rapportait récemment le site consoglobe.com : interdire aux marchés de jeter les aliments invendus, et les obliger à les entreposer dans des endroits où des banques alimentaires peuvent venir les prendre.

La commune de Herstal, non loin de Liège, a été la première à légiférer en ce sens, et quelques autres lui ont depuis emboîté le pas, dont la ville de Namur (110 000 habitants).

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