L'homéopathie a bonne cote à Santé Canada

Pour les produits de santé naturelle, comme la... (Photo La Presse, Bernard Brault)

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Pour les produits de santé naturelle, comme la glucosamine, dit Joe Schwarcz, professeur de chimie et directeur du Office for Science and Society de l'Université McGill, les fabricants doivent montrer certains éléments de preuve de sécurité et d'efficacité - rien de comparable à ce que l'on demande pour les vrais médicaments

Photo La Presse, Bernard Brault

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(Québec) Lait de chienne. Extrait d'araignée. Testicule de sanglier. Muqueuse anale de lapin. Pétrole. Extrait de tumeur. Quand vient le temps de trouver de nouveaux ingrédients pour fabriquer leurs «médicaments», les homéopathes font preuve d'une extraordinaire créativité. Mais le plus surprenant, ici, n'est peut-être pas tant l'«exotisme» des ingrédients que le fait qu'ils ont tous été examinés et approuvés par... Santé Canada!

La liste des produits absurdes qui ont reçu le sceau du ministère fédéral de la Santé, compilée par le groupe Skeptic North, est étonnamment longue. Hormis la parcelle citée ci-haut, on trouve aussi, entre autres, des extraits de nicotine, d'ADN, de suppositoire (!), d'oxygène (!?!), d'encens, etc. Et c'est bien ce qui inquiète certains acteurs des milieux scientifiques, qui craignent fort que l'approbation fédérale ne donne à ces produits une crédibilité qu'ils ne méritent guère. L'homéopathie est cette branche des médecines dites douces dont la prémisse veut que l'on puisse guérir d'un mal en avalant une toxine qui produit les mêmes symptômes - par exemple, boire un peu d'eau de Javel si l'on attrape un virus qui provoque le même genre de mal. Seulement, les homéopathes diluent ces ingrédients jusqu'à ce qu'il n'en reste plus du tout. Et toutes les études sérieuses concluent que ces «médicaments» ne sont, au mieux, que des placebos.

«Honte nationale»

«À mon sens, l'approbation de produits homéopathiques par Santé Canada, qui leur donne un numéro DIN [pour drug identification number], est une honte nationale, lance Joe Schwarcz, professeur de chimie et directeur du Office for Science and Society de l'Université McGill. Parce que pour le commun des mortels, ce numéro signifie qu'un examen doit avoir été fait et que le produit est considéré sûr et efficace. Mais c'est faux: les produits homéopathiques ne sont pas tenus de démontrer quelque efficacité que ce soit pour être approuvés.»

Pour les produits de santé naturelle, comme la glucosamine, dit M. Schwarcz, les fabricants doivent montrer certains éléments de preuve de sécurité et d'efficacité - rien de comparable à ce que l'on demande pour les vrais médicaments, pas d'essais cliniques randomisés, mais il faut au moins avoir des raisons de croire que c'est sécuritaire et que cela fonctionne. Pour les produits homéopathiques, cependant, il suffit de montrer que la substance a un historique d'utilisation ailleurs dans le monde, sans effets secondaires.

Or, raille M. Schwarcz, il va de soi que les produits homéopathiques sont sécuritaires, parce qu«'il n'y a rien, là-dedans». Mais alors là, rien du tout, à part de l'eau ou du sucre (dans le cas des pilules), car les degrés de dilution des produits homéopathiques sont souvent de l'ordre d'un atome mélangé à la Terre entière, quand ce n'est pas à l'Univers au complet - ou même plus, voir l'article ci-dessous. Alors il est évident que, peu importe la toxicité de l'ingrédient de départ, il n'en reste plus rien.

Poursuite intentée

Du côté du fédéral, Santé Canada se défend en disant que le ministère «reconnaît qu'un nombre croissant de Canadiens utilisent des produits de santé naturelle, incluant des produits homéopathiques, et que plusieurs les choisissent pour maintenir ou améliorer leur santé. [Le processus d'approbation] vise à s'assurer que les produits que les Canadiens utilisent sont fabriqués de manière sécuritaire et qu'ils respectent des normes de qualité».

Mais il n'est pas question d'arrêter d'octroyer des DIN, tranchent les relationnistes de Santé Canada. Au grand dam de M. Schwarcz, d'ailleurs, qui déplore que «cela force à les attaquer par la porte arrière, parce que si le gouvernement ne leur demande pas de preuve d'efficacité, on ne peut pas les attaquer sur ce point».

Cette porte arrière dont parle notre chimiste, c'est une poursuite intentée l'an dernier au Canada anglais contre le fabricant de produits homéopathiques Boiron Canada par la firme REO Law et le Center for Inquiry of Canada. Le médicament visé est le plus gros vendeur de l'entreprise, l'«oscillococcinum», qui prétend soigner la grippe avec des extraits de coeur et de foie de canard. Le point en litige, explique Iain Martel, du Comité pour l'avancement du scepticisme scientifique, qui a contribué à lancer la poursuite, n'est pas l'inefficacité du produit, mais le fait qu'il est vendu sous une fausse représentation.

«Le fabricant affirme que son produit tire son efficacité d'un ingrédient actif, mais avec le taux de dilution qu'ils affichent, il est impossible que l'on trouve cet ingrédient dans les pilules d'oscillococcinum. Alors c'est de la publicité frauduleuse», dit M. Martel.

La cour d'Ontario a accepté d'entendre la cause, mais l'affaire prendra vraisemblablement des mois, sinon des années avant de se clore.

SON PROPRE SYSTÈME

L'homéopathie utilise son propre système pour noter le degré de dilution de ses produits, où l'on trouve toujours un nombre suivi d'une lettre. Le nombre indique combien de fois un produit a été dilué et la lettre, le facteur de dilution à chaque fois - D ou X pour 1/10, C pour 1/100.

Par exemple, pour le produit le plus populaire de la compagnie Boiron, l'oscillococcinum, la dilution est de 200C, ce qui signifie que l'ingrédient de départ (coeur et foie de canard) a été dilué 200 fois au centième, ce qui donne un facteur de dilution de 100200, ou si l'on préfère 10400 (un 1 suivi de 400 zéros). Pour vous donner une idée de ce que cela représente, on estime que le nombre total d'atomes dans l'Univers observable n'est que de 1080. C'est donc une impossibilité physique d'atteindre une dilution de 10400 : il faudrait pour cela multiplier l'Univers tout entier par 10320, puis y ajouter un seul atome de canard.

La méthode des dilutions successives revient essentiellement à prendre un échantillon d'un ou quelques litres dans cet Univers multiplié par 10320 - en espérant que l'atome de canard se trouvera dans l'échantillon...

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