Le monde traverse une pénurie d'hélium

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(Québec) Ceux qui veulent agrémenter leurs fêtes d'enfants avec des ballons gonflés à l'hélium feraient bien d'aller les acheter bientôt. Autrement, ils risquent d'avoir de la difficulté à en trouver avant l'an prochain, gracieuseté de la sérieuse pénurie d'hélium qui sévit actuellement partout sur la planète.

Jusqu'en juin dernier, «on vendait entre 800 et 1000 ballons gonflés à l'hélium par semaine. [...] Et les semaines de fête comme la Saint-Valentin, c'était facilement 2000 ballons», se souvient Bianca Gendreau, gérante de la tabagie Création les Sources, à Cap-Rouge. Mais depuis juin, dit-elle, plus rien. Pas moyen de se procurer la moindre bonbonne d'hélium, malgré des commandes répétées auprès du fournisseur.

En fait, a pu constater Le Soleil, même l'emblématique magasin de jouets Benjo, au centre-ville, est à court d'hélium. Et si d'autres commerces ont encore des réserves, ce n'est qu'une question de temps avant que certains d'entre eux les épuisent. «Je dois avoir 30 appels par jour de gens qui me demandent s'il me reste de l'hélium. Je leur dis non au téléphone, parce que je veux le garder pour mes clients qui viennent dans la boutique, [... mais] il m'en reste à peine pour une centaine de ballons», dit Francine Tomassin, propriétaire de la fleuristerie Méli-Mélo, à Saint-Émile.

«Ça représentait à peu près 35 % de mon chiffre d'affaires, alors on s'entend que ça fait mal», déplore-t-elle.

Comme beaucoup d'autres dans sa situation, cependant, elle dit compenser une partie de ces pertes en vendant d'autres sortes de ballons, par exemple au bout d'une perche de plastique. L'impact sur le prix des «vrais» ballons à l'hélium semble avoir été minime jusqu'ici, nous disent les commerçants.

Aux fleuristes H.W. McKenna, à Sainte-Foy, le gérant Frédéric Poisson dit qu'«on en a encore [...], mais nous, c'est juste parce qu'on avait des stocks d'avance. C'est impossible [de s'en procurer d'autre] parce que l'hélium est réservé aux applications médicales».

Processus laborieux

D'autres commerçants contactés par Le Soleil, qui préfèrent de pas être identifiés, ont dit quant à eux avoir réussi à acheter de l'hélium récemment, mais que le processus est laborieux et qu'ils ne reçoivent qu'une petite fraction de ce qu'ils ont commandé - quand ils reçoivent quelque chose.

Chez Air Liquide Canada, une grosse entreprise de Montréal qui distribue plusieurs types de gaz, on confirme que la pénurie est telle que tous les clients ne peuvent pas être approvisionnés. À la question de savoir si les stocks sont bel et bien réservés en priorité aux applications médicales, le directeur des communications Daniel Richard répond que «c'est certain qu'il y a des secteurs où c'est plus critique. On essaie de fournir tous nos clients, mais il y a des fois où il y a des choix difficiles à faire».

La pénurie s'explique en partie par le fait que l'hélium est une ressource non renouvelable. Selon le chimiste de l'Université McGill Ariel Fenster, l'hélium que nous utilisons provient de la dégradation de matériaux radioactifs présents dans la croûte terrestre; quand certains de ces noyaux se décomposent, ils expulsent des «rayons alpha», soit des petits paquets de deux protons et deux neutrons - petits paquets qui ne sont rien d'autre que des noyaux d'hélium. Une partie du gaz ainsi généré s'accumule dans des réservoirs de gaz naturels, mais ce ne sont pas tous les puits gaziers qui rendent des quantités importantes d'hélium.

Explosion de la demande

Or, beaucoup de sources connues ont vu leur production diminuer récemment, dit M. Richard, et des usines américaines produisant de l'hélium ont dû fermer pour procéder à des travaux d'entretien qui, finalement, ont pris beaucoup plus de temps que prévu.

L'offre s'en trouve donc très réduite, alors que la demande, elle, explose. Car non seulement l'hélium a-t-il des applications médicales - comme refroidir les appareils d'imagerie par résonance magnétique -, mais le précieux gaz est également utilisé dans toutes sortes d'autres domaines à côté desquels le gonflage de ballon compte pour des poussières. D'après un texte récent de M. Fenster, les fabricants de fibre optique (et Dieu sait qu'on en consomme, de cette fibre) ont besoin d'une atmosphère chimiquement inerte pour leur production, chose pour laquelle l'hélium est idéal, car ce gaz, comme les autres de la famille des gaz nobles, ne réagit chimiquement avec à peu près rien.

En bout de piste, évalue M. Richard, la pénurie est moins pire qu'elle a été plus tôt cet été, mais elle risque fort de se poursuivre jusque «dans le courant de l'année 2013». Une nouvelle source d'hélium située au Qatar doit en effet entrer en production quelque part l'an prochain, ce qui haussera l'offre mondiale d'environ 20 %, prévoit-il.

Mais d'ici là, la rareté persistera. Et il faudra peut-être s'y faire (ou changer nos habitudes), car des savants comme le physicien et Prix Nobel Robert Richardson estiment que l'hélium économiquement exploitable aura disparu d'ici une trentaine d'années...

Avec la participation de Patricia Cloutier

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