On sait depuis un certain temps que certaines bactéries sont capables de survivre à la digestion des amibes, explique le professeur de microbiologie Steve Charette. Plusieurs d'entre elles sont d'ailleurs des pathogènes très communs de l'humain, comme la salmonelle, la Listeria, E. coli, etc. Elles sont ensuite rejetées avec les autres déchets des amibes, déjections qui les enrobent alors comme des pelures d'oignon.
Or, il s'avère que ces «couches» sont assez pratiques, merci: une fois dans cette espèce de cocon, «les bactéries sont protégées et leur taux de survie à plusieurs stress [acidité, désinfectants, antibiotiques, etc.] augmente de façon impressionnante», dit M. Charette. D'où la question de savoir si ces «selles d'amibe», puisque c'en est, peuvent être un moyen de propagation et d'infection - question qui remonte aux années 70, mais qui était tombée dans l'oubli, par manque d'outils pour y répondre.
Nouveaux outils
Ces outils existant depuis peu, deux étudiantes à la maîtrise en microbiologie, Myriam Ouellet et Valérie Paquet, feront cet après-midi des présentations au congrès de l'ACFAS qui soutiennent cette hypothèse. La première a identifié des protéines qui permettent de «suivre» ces déjections et de voir si une bactérie a bel et bien été enrobée par une amibe. La seconde a pour sa part démontré que ces particules, de deux à six microns de diamètre, sont «aérosolisables», c'est-à-dire qu'ils peuvent se répandre dans l'air sur de grandes distances.
Il est donc possible qu'ils puissent servir de «cheval de Troie», comme le dit Mme Paquet.
«Maintenant, il reste à vérifier si les bactéries ont fait le choix de se propager comme ça [si c'est un mode qui a été retenu par l'évolution] ou si ça arrive plus accident, dit M. Charette. [...] Il y a des bactéries qui sont digérées et qui, donc, ratent leur coup, alors que d'autres vont survivre. Ce qu'on comprend dans la littérature scientifique et dans des expériences qu'on a faites ici, c'est qu'il faut voir ça comme relation de couple. On a les deux conjoints, et d'un couple à l'autre, ce peut être le protozoaire qui tue la bactérie ou l'inverse.»