Menée par la sexologue et psychologue Mélanie Brousseau, ainsi que par deux chercheuses de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l'Université de Montréal, l'étude portait sur un échantillon de 222 couples hétérosexuels, dont chacun des partenaires devait remplir un questionnaire séparément. Ces 222 couples font partie d'un échantillon plus large d'étudiants de l'UQAM.
Parmi les 55 % où une forme ou une autre de «coercition sexuelle» - soit le fait d'user de «manipulation, menaces ou pressions physiques ou psychologiques» afin d'obtenir une activité sexuelle quelconque -, la femme en est la victime unique dans 25 % des cas, et l'homme dans 10 % des cas. Ce qui laisse un étonnant 20 % de couples où la coercition est réciproque.
«Il faut dire, nuance d'emblée Mme Brousseau pour expliquer ces fortes proportions, que la violence physique était présente chez une toute petite minorité seulement. La coercition sexuelle, c'est un continuum qui peut inclure de harceler son partenaire jusqu'à ce qu'il ou elle dise oui» à un rapport sexuel sans condom, par exemple.
Manque de communication
N'empêche, poursuit la clinicienne, que de tels comportements peuvent démontrer un flagrant manque de communication. La preuve en est d'ailleurs que seulement 28 % des couples «coercitifs» s'entendent sur la présence du problème en leur sein. Chez les autres, un des partenaires affirme être victime ou initiateur du phénomène, tandis que l'autre dit ne pas le voir.
Cette dissonance «peut s'expliquer par le fait que quand une personne cause du tort à une autre, celle qui se fait faire mal a toujours plus tendance à s'en rappeler. [...] Ou encore, si vous acquiescez sans arrêt à des demandes, vous allez vivre ça comme une agression, mais la personne qui fait les demandes peut voir ça comme une négociation», dit Mme Brousseau.
Qu'est-ce qui, au départ, amène tout ce beau monde à se comporter de la sorte? Il reste encore beaucoup de facteurs à identifier, admet-elle, mais dans ceux que son étude a permis de mettre au jour, les facteurs prédictifs n'étaient pas tout à fait les mêmes chez les hommes et les femmes. Pour celles-ci, le fait d'avoir été victimes d'abus sexuels lors de l'enfance multiplie par trois le risque de devenir l'agresseur dans son couple. Chez les hommes, cependant, c'est plutôt le fait d'avoir vécu la coercition (comme victime ou comme agresseur) dans des relations passées qui semble prédire la coercition actuelle, comme si un pattern s'établissait.