Basée sur un échantillon de 172 détenus ayant tiré de l'argent de leurs activités illicites, la recherche a porté sur les 36 mois précédant leur incarcération. Les résultats obtenus par Frédéric Ouellet, postdoctorant au Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale chez l'enfant, montrent que pas moins de 62 % d'entre eux ont mis leurs carrières criminelles en veilleuse pour des périodes de 11 mois.
«Alors ce n'est pas rien [...], mais peu de travaux dans la littérature scientifique tentent de comprendre cette intermittence», d'autant plus pertinente à étudier qu'il est permis de penser qu'elle mène peut-être à une «retraite criminelle permanente», a noté M. Ouellet.
Fait intrigant, ses données n'ont montré aucun lien entre ces «désistements temporaires», pour reprendre ses termes, et les caractéristiques individuelles des délinquants - âge, degré d'instruction, précocité de la carrière criminelle, etc. De même, les douceurs de la vie conjugale n'ont pas semblé avoir d'effet redresseur, mais le fait d'occuper un emploi légitime, lui, s'est avéré jouer un rôle majeur, multipliant par trois les chances pour que le criminel renonce temporairement à ses méfaits.
La force de l'autorité
Dans l'ensemble, cependant, c'est surtout par la force des choses que ces criminels ont fini par suspendre leurs délits, a dû constater M. Ouellet. En effet, ceux qu'il a interrogés se sont montrés nettement plus sensibles à la surveillance des autorités qu'à l'influence d'une conjointe : plus un criminel se fait arrêter, plus il devient enclin à marcher droit, du moins pour un temps, a trouvé le chercheur. Les chances de marquer une pause augmentent en effet de 29 % à chaque arrestation.
Mais par-dessus tout, c'est le manque de succès criminels qui contraint le plus efficacement les malfaiteurs à se ranger pour quelques mois. Parmi les 172 détenus étudiés, les plus susceptibles de «prendre un break» étaient ceux qui avaient les réseaux criminels les moins étendus, les revenus illégaux les moins élevés et les activités les moins diversifiées.
«La conclusion est que le désistement temporaire semble se faire surtout par dépit, par ceux qui sont les moins bons. [...] Maintenant, il faudra d'autres études pour voir si ce sont les mêmes facteurs qui prédisent les désistements permanents», a conclu M. Ouellet.