La bactérie «syndiquée»

Le sommeil désactive partiellement plusieurs fonctions de notre...

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Le sommeil désactive partiellement plusieurs fonctions de notre organisme, dont l'élimination des «déchets».

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) «Ayant dû vivre pendant un mois avec la bactérie C. difficile, j'ai remarqué que mes visites urgentes au petit coin (aux 30 minutes) cessaient complètement la nuit, lors de mon sommeil, mais qu'elles reprenaient dès mon réveil. S'agissait-il d'une bactérie syndiquée?» demande avec humour Benoît Buteau, de Montmagny.

Intrigué, votre honoré serviteur s'en est enquis auprès de divers syndicats, mais tous ont énergiquement nié avoir jamais embrigadé la moindre Clostridium difficile, ni quelque microbe que ce soit. C'est même légalement, physiquement et logiquement impossible, insistent-ils. Cependant, en cette ère post 11 septembre de cynisme banalisé et de commission Charbonneau, chacun sait au contraire que tout est très possible, qu'il paraît même que tout est lié et que tout plaidoyer d'innocence cache nécessairement quelque chose - car autrement, on n'aurait pas besoin de plaider, n'est-ce pas? Les soupçons sont ainsi rapidement devenus insoutenables, et votre inquisiteur favori s'est empressé de trouver une contre-expertise...

Selon la Dre Nathalie Turgeon, microbiologiste au CHUQ, le C. difficile est une bactérie en forme de bâtonnet que l'on croise fréquemment dans la nature. Il est possible d'en ingérer à notre insu de temps à autre; on en trouve d'ailleurs dans les selles de 3 à 5 % de la population adulte en santé. Toutefois, les bactéries qui tapissent déjà nos intestins occupent presque tout l'espace disponible et empêchent ainsi la prolifération du C. difficile. Cependant, quand des antibiotiques déciment notre flore naturelle, C. difficile, qui résiste bien à plusieurs de ces antibiotiques, peut alors s'installer et prendre une place démesurée, en plus de sécréter des toxines.

Tueuses de cellules

Ces dernières, poursuit la Dre Turgeon, comprennent une «cytotoxine» qui, comme l'indique son nom, tue des cellules, soit celles de l'intestin dans le cas qui nous intéresse, et une entérotoxine. Et «ce qui cause la diarrhée, explique-t-elle, c'est que ces toxines vont détruire la muqueuse, causant ainsi des fuites de liquide. Cette destruction peut être grande, comme le témoigne parfois la présence de sang dans les selles». Voilà donc ce qui cause les visites répétées au petit coin. Maintenant, pourquoi ces «urgences» cesseraient-elles la nuit (à part pour des questions d'horaire et de convention collective, s'entend)?

De manière générale, le sommeil «désactive» partiellement beaucoup de fonctions de notre organisme, dont l'évacuation des «déchets». Ce n'est pas un hasard si, avec ou sans bactérie, l'on se rend à la selle surtout le jour et rarement la nuit. Mais il peut tout de même arriver, si l'on ingère beaucoup de liquide juste avant de se coucher par exemple, que le besoin devienne suffisamment impérieux pour nous réveiller. Et il en va de même pour la diarrhée causée par C. difficile, car la bactérie ne cesse pas de «travailler» pendant la nuit, dit la Dre Turgeon.

Une infection qui ne réveillerait pas le patient, poursuit-elle, pourrait être interprétée comme assez peu sévère, mais le fait que notre lecteur ait dû visiter sa salle de bain toutes les demi-heures indique plutôt le contraire.

Sans se prononcer de manière officielle, puisqu'elle n'a pas accès au dossier de M. Buteau, un cas comme le sien laisse soupçonner qu'«il peut y avoir eu autre chose, par exemple un «colon irritable», pathologie qui peut parfois être déclenchée par un épisode infectieux et qui peut être associée à l'émission de selles fréquentes lors des périodes d'éveil, mais rarement la nuit.

Autre source :

JESSICA SNYDER SACHS. Good Germs, Bad Germs. Health and Survival in a Bacterial World, Hill and Wang, 2007.

«Pourquoi ne vente-t-il pratiquement jamais la nuit? Le vent se lève vers 9h ou 10h pour se calmer souvent en fin d'après-midi, vers 16h ou 17h...» se questionne Claude Duchesne, de Stoneham.

Du 9 à 5? Voilà un signe immanquable de syndicalisation mais, un brin échaudé par la réaction d'un porte-parole de la FTQ, qui a trouvé le moyen de comprendre la question sur C. difficile au premier degré et de s'en indigner (juré!), nous avons préféré, cette fois-ci, nous adresser directement à un météorologue...

Plus marquée en hiver

«La différence entre les vents de jour et les vents de nuit est plus marquée en été qu'en hiver, répond d'emblée André Cantin, d'Environnement Canada. Le jour, le Soleil chauffe le sol, qui transmet ensuite sa chaleur à l'air. Et comme les gaz chauds sont moins denses que les gaz froids, l'air proche du sol commence à s'élever.»

Or, la nature ayant horreur du vide, cet air qui part vers le haut doit être remplacé. Et ce sont les mouvements d'air qui s'ensuivent qui causent les vents plus forts de la journée.

Cependant, précise M. Cantin, «l'inverse est aussi possible, par exemple quand on habite au pied des montagnes. La nuit, l'air en haut de la montagne est plus froid, donc plus "lourd", et va dévaler la pente. J'habite au nord de la ville [de Québec], proche des Laurentides, et c'est un phénomène qui se produit parfois en hiver, mais à une faible échelle».

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