Un piège pour ralentir le tortionnaire des frênes

L'agrile du frêne est une espèce envahissante provenant... (Photothèque Le Soleil)

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L'agrile du frêne est une espèce envahissante provenant d'Asie.-

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(Québec) Mine de rien, une manche potentiellement décisive du combat contre l'agrile du frêne pourrait bien être en train de se jouer à Québec. Un chercheur fédéral basé dans la capitale a en effet découvert un piège qui s'avère jusqu'ici extrêmement prometteur, et des essais pourraient être réalisés à Montréal dès l'été prochain.

«Ce n'est pas très compliqué : t'enlèves l'écorce et tu cherches les insectes morts qui sont recouverts de champignons, par une espèce de mousse blanche», dit Robert Lavallée, chercheur en science forestière aux labos que Ressources naturelles Canada possède à Sainte-Foy, juste à côté de l'université.

C'est ainsi, dit-il, qu'il a découvert en 2002 qu'un petit champignon, Beauvaria bassiana, était une arme efficace pour tuer un insecte envahisseur, le grand hylésine des pins. Ce n'était, en soi, pas une grande découverte, puisqu'on sait depuis longtemps que B. bassiana s'en prend à divers insectes. Mais M. Lavallée a testé le même champignon sur l'agrile du frêne (Agrilus planipennis) l'an dernier, avec des résultats probants : au bout de quatre jours, l'insecte meurt.

L'agrile du frêne est une espèce envahissante provenant d'Asie, dont les larves se nourrissent du phloème, la couche de l'arbre située juste en dessous de l'écorce, par laquelle la sève transite. En Orient où les arbres ont évolué avec ce parasite pendant des millions d'années, sa présence ne pose pas de problème particulier, mais en Amérique du Nord où il n'est vraisemblablement arrivé que dans les années 90, c'est l'hécatombe. Les frênes américains sont totalement dépourvus devant ce nouveau venu; on estime que 30 millions sont morts ces dernières années dans le seul État du Michigan. L'Ontario, où la bestiole a été observée pour la première fois en 2002, a coupé tous les frênes dans une bande de 10 km à la hauteur de Chatham-Kent, dans l'espoir de contenir l'«envahisseur» sur la pointe sud de la province, mais sans succès. Le transport de bois de chauffage a vraisemblablement permis à A. planipennis de traverser cette zone tampon.

En plus de montrer que l'agrile du frêne est bel et bien attaqué par B. bassiana, M. Lavallée a également modifié un piège à insecte classique - le piège Lindgren, essentiellement une série d'entonnoirs menant la «victime» dans une cage - de manière à ce que l'insecte n'y reste pas prisonnier, mais tombe simplement sur une petite poche contenant de l'orge, sur laquelle pousse le champignon mortel. L'agrile s'y contamine alors et repart dans la nature.

Des tests menés l'été dernier, où l'on forçait des agriles à passer dans le piège, ont montré que l'infection était mortelle. Mais le plus beau, dans cette histoire, est que l'agrile ne meurt qu'au bout de quelques jours.

«Contrairement à d'autres insectes, où les individus s'accouplent une seule fois, chez l'agrile, les accouplements sont multiples. Les mâles sont très volages, donc quand on sait qu'un insecte peut aller en infecter plusieurs, le piège devient très intéressant», explique M. Lavallée.

En outre, ajoute-t-il, on connaît des substances - comme les signaux chimiques émis par des frênes blessés - qui attirent les agriles et qui pourraient rendre le piège encore plus efficace.

Prudent, M. Lavallée prévient toutefois que «je ne crois pas que l'on puisse éradiquer complètement l'agrile du frêne, mais je pense qu'on peut le ralentir. Ça va prendre plusieurs mesures différentes pour imiter ce que fait la nature, parce que la nature n'a pas qu'une façon de contrôler une population d'insectes. Ce n'est pas une panacée, mais ça peut jouer un rôle. [...] On progresse significativement vers le moment où on pourra dire qu'on a une arme efficace».

Dans les régions où l'espèce envahissante a atteint des niveaux épidémiques, le piège ne pourra vraisemblablement pas faire une très grande différence. Mais là où l'agrile n'a pas encore dépassé le stade endémique - période de relative latence avant l'«explosion», ce qui est le cas au Québec -, le dispositif pourrait en retarder la progression pour la peine.

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