Thierry Ollevier: la chimie verte et durable

Thierry Ollevier est directeur du laboratoire de chimie... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Thierry Ollevier est directeur du laboratoire de chimie organique de synthèse et de chimie verte de l'Université Laval, un laboratoire de pointe au Canada.

Le Soleil, Yan Doublet

Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) Thierry Ollevier est professeur titulaire de chimie organique et pharmaceutique à la faculté des sciences et de génie de l'Université Laval. Il est aussi directeur du laboratoire de chimie organique de synthèse et de chimie verte, un laboratoire de pointe au Canada. Dit comme ça, Thierry Ollevier pourrait être vu comme le savant fou qui répète des formules obscures et fait des tas de mélanges dans des tubes de verre d'où sortent d'étranges fumées.

Formules obscures et mélanges dans des tubes, oui; savant, oui; mais certainement pas fou. Dans son laboratoire, avec quatre étudiants sous sa direction, il travaille au développement de nouvelles méthodes de synthèse de molécules biologiquement actives. C'est du chinois pour vous? Une molécule biologiquement active est une substance qui a un rôle sur la santé, qui soigne ou qui prévient le mal. Autrement dit, c'est un médicament.

Pour la création d'un médicament, certaines étapes nécessitent l'utilisation de catalyseurs. Les catalyseurs sont des substances qui, ajoutées à d'autres, déclenchent une réaction chimique nécessaire à l'obtention de la molécule désirée. Le catalyseur ne fait que déclencher la transformation de la molécule A en molécule B, il ne reste pas dans la molécule. Après la réaction, le catalyseur est jeté.

Enjeu financier

Dans la chimie «traditionnelle», les catalyseurs peuvent être toxiques (donc dangereux pour l'environnement) et peu abondants (donc chers). La production de certains médicaments dont la fabrication dépend de ces catalyseurs génère des déchets toxiques et coûte cher à l'industrie, qui devra aussi payer pour le traitement ou le recyclage des déchets.

La production de médicaments est faite par les compagnies pharmaceutiques, pour lesquelles l'enjeu financier est majeur. «Il y a des médicaments efficaces qui n'ont pas été produits car commercialement, ce n'était pas défendable, c'était beaucoup trop cher», mentionne le chercheur de 42 ans. Et un médicament cher à produire est cher à l'achat. Or, si le médicament est produit pour juguler un problème touchant la tranche de population la plus pauvre, qui va l'acheter? L'enjeu commercial l'emporte sur celui de santé publique.

Le travail du professeur Ollevier est de développer des catalyseurs verts, respectueux de l'environnement et peu coûteux. «On développe des voies plus viables, plus compétitives, plus vertes», explique-t-il.

Axes de développement

La chimie verte est respectueuse des exigences du développement durable. Rappelons que ce qui est dit «durable» doit respecter les domaines économique, social et environnemental.

Thierry Ollevier voudrait produire des catalyseurs dérivés du bismuth (composé actif du Pepto Bismol) ou du fer. Le bismuth et le fer ne sont pas des matières dangereuses. Les déchets produits ne sont pas toxiques, donc aisément recyclables, ce qui est un bien pour l'environnement.

Étant abondants, le bismuth et le fer ne sont pas chers. Le coût de production des molécules biologiquement actives produites sera donc moins élevé. De plus, les déchets non toxiques coûtent moins cher à traiter ou recycler. Le critère économique est donc doublement respecté.

Des médicaments moins chers à produire deviennent plus accessibles pour l'ensemble de la population. La boucle du développement durable est bouclée en comblant le critère social.

«Le but serait que ces catalyseurs à base de bismuth ou de fer puissent s'adapter à plusieurs familles de molécules, pour la préparation de nombreux médicaments, explique le scientifique. En fait, ces catalyseurs seraient des outils verts de plus dans la boîte à outils des chimistes, et plus un chimiste aura d'outils verts, plus il ira vers la chimie verte.»

L'utilisation de catalyseurs verts est un principe de la chimie verte. Mais il y en a d'autres, comme l'usage réduit de solvants à haute toxicité, l'utilisation de matières premières renouvelables, ou la réduction du nombre d'étapes lors de la production de médicaments.

Exercer dans le milieu universitaire a un avantage de taille. On cherche des méthodes générales applicables à plusieurs molécules. Thierry Ollevier ne cherchera donc pas à développer un seul médicament issu de la chimie verte, mais une recette générale, simple. Cette recette pourra être suivie pour développer plusieurs molécules biologiquement actives qui contreront différents problèmes de santé.

>> Avantages de la chimie verte

Grâce à la chimie verte, le monde de demain sera meilleur parce que...

- la chimie pharmaceutique, très polluante, le sera moins;

- l'accessibilité à des médicaments précieux sera augmentée puisqu'ils seront moins chers à produire;

- la communauté scientifique bénéficiera d'une connaissance additionnelle de taille pour produire des molécules de manière plus responsable.

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