Chaires d'excellence en recherche: les femmes absentes du portrait

Aucune femme parmi les 19 titulaires des chaires octroyées cette semaine dans... (Photothèque Le Soleil)

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(Québec) Aucune femme parmi les 19 titulaires des chaires octroyées cette semaine dans le cadre du Programme des chaires d'excellence en recherche du Canada. Ce résultat est perçu comme une gifle par celles qui étudient la place des femmes dans les sciences au pays.

Le programme dispose d'une enveloppe de 200 millions $, sur sept ans, pour recruter à l'étranger des chercheurs du plus haut calibre. Le processus de sélection a commencé en 2008.

Mais pour Hélène Lee-Gosselin, titulaire de la Chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes, le résultat n'est que trop familier. «On a vécu exactement la même chose au début des années 2000. On nous disait : "Les universités n'ont pas soumis de candidatures féminines aux comités de sélection." Mais vous avez une surreprésentation d'hommes et de certaines disciplines dans les vice-rectorats à la recherche, et ils puisent à même leurs réseaux de connaissances. Ils sont souvent débordés et n'ont pas l'occasion de se familiariser avec d'autres réalités.»

Près de 40 noms avaient été soumis initialement pour la sélection, mais aucune femme ne figurait sur cette «short list».

«Ce qui me trouble, poursuit Mme Lee-Gosselin, c'est de voir que les efforts pour contrer la discrimination systémique ne donnent que des résultats temporaires. Nos institutions ne semblent pas retenir la leçon et c'est toujours à recommencer.»

Selon elle, il n'y a qu'une seule façon de remédier à la situation. Il faut imposer des exigences.

«La volonté, elle est affirmée depuis longtemps, mais il faut aller plus loin. Personnellement, je pense qu'il faut imposer des obligations et exiger de la reddition de comptes, que ça soit enchâssé dans des lois ou des règlements. Ça ne se fera pas autrement.»

Déraciner une famille

La présidente du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), Suzanne Fortier, s'est portée à la défense du processus de sélection. «Je sais que des femmes ont été approchées, dit-elle, mais de là à les convaincre de déraciner leur famille, ce n'était pas si évident.»

Les objectifs du programme étaient clairs, ajoute-t-elle. «On voulait recruter des gens du plus haut niveau dans quatre domaines jugés importants pour le Canada. Ça aurait été difficile de poursuivre un autre objectif en même temps, pour recruter en plus des candidatures féminines.»

Les gens se sont interrogés à toutes les étapes du processus, assure la présidente du CRSNG, jusqu'au ministre lui-même. «C'est pour ça qu'il a formé un groupe pour se pencher sur la question.»

Le ministre de l'Industrie, Tony Clement, a en effet demandé à trois femmes de science, dont Mme Fortier, de lui faire un rapport sur cette situation. Leurs conclusions, obtenues par The Globe and Mail, invoquent entre autres choses des délais serrés et un choix de disciplines où les hommes sont en forte majorité.

Sur les quelque 30 personnes qui formaient les deux comités de sélection, on ne retrouvait que six femmes, soit 20 % seulement. Selon Mme Fortier, cette proportion reflète malheureusement le nombre de femmes qu'on trouve à des niveaux supérieurs en sciences et génie, soit seulement 10 %. «Avec un taux de 20 % de femmes, on avait le double du bassin de recrutement.» Le CRSNG compte par ailleurs cinq chaires pour les femmes en sciences et génie, à travers le pays. Selon la titulaire de la chaire québécoise, Nadia Ghazzali, la réaction commune parmi les cinq chaires était la consternation.

«Je suis dans une faculté de génie où il y a 12 départements et une école d'actuariat. On ne trouve aucune femme à la tête de ces 13 départements. Les femmes sont bonnes pour diriger des programmes, recruter des étudiants, mais pas assez pour diriger un département ou obtenir des prix d'excellence en recherche?»

À Laval, une seule femme est titulaire d'une chaire à travers toute la faculté des sciences et génie, signale-t-elle. «On m'a déjà demandé de suggérer des façons d'augmenter le nombre de femmes titulaires. À mon avis, il faudra en arriver à créer des chaires d'excellence réservées aux femmes.»

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