«Ce n'est pas le procès du logiciel libre qu'on fait, dit-il, c'est le procès de l'ouverture. La décision pourrait faire jurisprudence et amener un changement de direction du gouvernement.»
M. Pascot est directeur du département des systèmes d'information organisationnels et aussi directeur du Centre de recherche et de transfert en architecture d'entreprise (CERTAE), à la faculté des sciences de l'administration de Laval. La culture de la fonction publique n'encourage pas l'ouverture, constate-t-il.
«Dans les conditions actuelles, si un fonctionnaire achète autre chose que Microsoft et rencontre des problèmes, il risque d'être mis à l'écart. Avec une victoire, on renverserait la vapeur et ça deviendrait mal vu de ne pas considérer le logiciel libre dans un achat.»
M. Pascot n'utilise lui-même que des logiciels libres depuis une dizaine d'années, et le sujet le passionne. Avec son centre de recherche, il a l'intention de scruter à la loupe les pratiques du gouvernement québécois en matière d'achats de logiciels.
«On va demander toutes les soumissions du gouvernement et on va les analyser en profondeur. À partir de là, ça deviendra plus difficile pour Québec d'éviter les appels d'offres.»
Sécurité
Dans le procès qui oppose SFL et la Régie des rentes, le gouvernement invoque entre autres les questions de sécurité pour s'en tenir aux produits Microsoft. Mais, selon M. Pascot, le logiciel libre, par sa nature même, offre lui aussi un niveau élevé de
sécurité.
«C'est un drôle d'argument qu'invoque la Régie parce que plein de monde sécurisent les documents avec d'autres méthodes que celles offertes par Windows Vista. En France, le ministère des Finances est la cible de deux millions d'attaques par semaine, mais la majorité sont dirigées sur Windows, alors que le ministère emploie des logiciels libres.»
En plus, rappelle M. Pascot, l'utilisateur du logiciel libre peut en modifier le code à son gré.
«On ne garde que les parties dont on a besoin et on élimine le reste. Ça augmente la sécurité parce qu'avec Windows, les attaques portent souvent sur des fonctionnalités qu'on n'utilise pas, mais qui restent présentes.»
En ayant accès au code du logiciel libre, souligne M. Pascot, on est en mesure de corriger rapidement une vulnérabilité. «Si on voit des attaques contre une partie du code, on peut le changer soi-même, en quelques heures. On n'est pas obligé d'attendre que Microsoft nous envoie une mise à jour.»
Enfin, précise le professeur, les expériences du ministère des Finances et de la Gendarmerie nationale en France montrent une économie de 20 % par rapport aux solutions propriétaires Windows, grâce à l'absence des coûts de licences.