Quand on ne peut pas oublier

Nous n'avons pas trouvé la pilule pour guérir...

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Nous n'avons pas trouvé la pilule pour guérir le stress post-traumatique, mais nous sommes sur une piste intéressante qui nous permet de croire qu'il y a de l'espoir et cela, dans un avenir pas si lointain, écrit Marie-France Marin.

Marie-France Morin, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Depuis 17 ans, l'Association francophone pour le savoir (ACFAS) invite les chercheurs de tous les domaines à vulgariser leurs travaux et à témoigner ainsi du dynamisme de la recherche scientifique d'ici. Le Soleil publie, à raison d'un texte par jour, les textes des cinq lauréats du concours 2009.

Une heure du matin, Pierre se réveille en sueur. C'est encore ce mauvais rêve qu'il fait pratiquement chaque nuit depuis des mois. Cependant, ce cauchemar, il l'a bel et bien vécu, il y a un an, alors qu'il était soldat en Afghanistan.

Pierre souffre d'un trouble de stress post-traumatique, qui se traduit notamment par des souvenirs envahissants de l'événement ou par des flash-backs où il a l'impression de revivre le trauma. Évidemment, ce sont des symptômes fréquents et normaux à la suite d'un traumatisme. Chez certains individus, ces symptômes ne se résorbent pas avec le temps.

Lorsque le cerveau détecte une menace, il envoie un signal sous forme de sécrétion d'hormones de stress, l'une d'elles étant le cortisol. Une fois sécrété, le cortisol atteint le cerveau et affecte diverses structures, notamment celles associées à la mémoire et aux émotions.

Les hormones de stress contribuent à graver profondément l'information traumatisante dans les circuits de la mémoire. L'information est pour ainsi dire téléchargée sur notre «ordinateur» et cela se passe dans un laps de temps donné à la suite du traumatisme. Une fois cette période écoulée, les informations téléchargées sont celles dont votre mémoire disposera et que vous pourrez ensuite utiliser. Le transfert d'informations sera plus important avec une connexion haute vitesse qu'avec une con­nexion de base. Ainsi, les hormones de stress agissent comme une connexion haute vitesse; elles augmentent la capacité à mémoriser les évènements émotionnels.

Peut-on l'éviter?

Des études ont démontré qu'il était possible de diminuer le risque de développer un trouble de stress post-traumatique en prenant un médicament rapidement après le traumatisme. Il y a donc de l'espoir, mais il faut agir très vite. Par contre, pour les victimes qui n'ont pas immédiatement recours à des soins, il serait difficile, voire impossible, d'oublier. En effet, une fois que l'information est en mémoire, contrairement à un ordinateur, il n'y aurait pas de bouton «supprimer». Du moins, c'est ce qu'on croyait jusqu'à tout dernièrement...

Récemment, certains laboratoires ont étudié la possibilité de modifier la mémoire du traumatisme, et ce, même après plusieurs années. Les recherches animales démontrent qu'en rappelant le souvenir traumatisant et en administrant un médicament immédiatement après, il est possible d'en diminuer la trace. Voilà une lueur d'espoir pour les personnes aux prises depuis longtemps avec un cauchemar récurrent. C'est comme si on avait une deuxième chance de télécharger l'information sur notre ordinateur, mais cette fois, en s'assurant de débrancher la connexion Internet!    

Une étude sera d'abord réalisée chez des participants n'ayant pas de trouble de stress post-traumatique. La raison en est bien simple  : il est essentiel de connaître le mécanisme chez la personne ne présentant pas de pathologie, afin de pouvoir ensuite l'appliquer chez le patient. Évidemment, on ne traumatisera pas ces participants, mais on leur montrera des scènes négatives, voire dérangeantes. Puis, on attendra qu'ils téléchargent l'information en mémoire. Plus tard, ils devront se rappeler l'événement et, immédiatement après, nous leur administrerons un médicament, nommé metyrapone, qui aura pour effet de diminuer le cortisol, une des principales hormones de stress.

Si, au moment du trauma, les niveaux élevés d'hormones de stress contribuent à augmenter la mémorisation, on devrait logiquement obtenir l'effet inverse en les diminuant. En d'autres mots, le fait de réduire les hormones de stress devrait agir comme une connexion très faible ou inexistante et, conséquemment, le téléchargement devrait être minimisé. On s'attend donc à terme à une diminution considérable du souvenir traumatisant.

Les résultats de cette étude pourraient avoir des répercussions importantes au plan clinique. Nous n'avons pas trouvé la pilule pour guérir le stress post-traumatique, mais nous sommes sur une piste intéressante qui nous permet de croire qu'il y a de l'espoir et cela, dans un avenir pas si lointain.

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