Le cancer, ce danger invisible qui guette les pompiers

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La composition de la fumée et de la suie a changé, si bien que le contact avec la peau et les voies respiratoires est devenu plus hasardeux.

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(Québec) Aucun pompier de Québec n'est mort en combattant un incendie depuis 1975. Sauf qu'un autre mal les guette : le cancer dû aux fumées toxiques et aux nanoparticules auxquelles ils sont exposés.

Le Service de protection contre l'incendie de la Ville de Québec (SPCIQ) a rendu hommage mercredi matin aux 34 pompiers décédés dans l'exercice de leurs fonctions au mémorial de la rue Langelier. Les discours ont rappelé les conditions de travail très difficiles du passé, mais ont aussi évoqué les nouveaux défis.

Le SPCIQ a recensé jusqu'à maintenant 25 cas de cancers liés au métier dans ses rangs, soit parmi ses employés actuels, ses retraités et ses employés décédés. «C'est vraiment seulement les cas qui sont reconnus», indique Christian Paradis, directeur du SPCIQ, qui soupçonne que d'autres cas de cancer pourraient couver parmi les 470 employés actuels et les retraités. 

«Avant, c'était à la mode d'avoir notre bunker sale et notre équipement sale. Un vrai pompier, c'était sale. Maintenant, on lave notre équipement parce qu'on sait que c'est pour notre sécurité», a exprimé Éric Gosselin, président de l'Association des pompiers professionnels de Québec. 

Autant le syndicat que les patrons veulent combattre ce danger, qui devient de plus en plus reconnu parmi les différents corps de pompiers en Europe et en Amérique du Nord. «C'est le danger insoupçonné, c'est le danger qu'on ne voit pas», souligne M. Paradis. 

Les cas de cancers opérationnels seraient plus répandus aujourd'hui étant donné que les résidences et les bâtiments sont construites avec des matériaux technologiques et plusieurs composites plastiques. La composition de la fumée et de la suie a changé, si bien que le contact avec la peau et les voies respiratoires est devenu plus hasardeux. 

Maladie professionnelle 

«Nettoyer les habits de combat sur les lieux de l'intervention, c'est essentiel, c'est majeur. On a des études aujourd'hui qui nous le démontrent», souligne M. Paradis. Selon lui, «si on ne change pas nos façons de faire», les pompiers ont 60 % plus de risques que la population en général de développer un cancer. 

Il est question de cancers du poumon, du rein, de la vessie, du larynx, mais d'autres cancers pourraient aussi être attribuables aux conditions de travail des pompiers. «Ici, au Québec, il y a beaucoup de chemin à faire encore. Il faut vraiment travailler très fort pour faire reconnaître des cancers comme maladie professionnelle», indique M. Gosselin. 

Afin d'assurer une meilleure sécurité aux pompiers, le SPCIQ compte investir environ 4 millions $ pour changer l'ensemble de ses appareils respiratoires au cours des trois prochaines années. Les nouveaux masques et équipements devraient commencer à être utilisés sur le terrain en 2019. «Je peux vous dire que ça va être la dernière technologie», assure M. Paradis. 

L'an dernier, l'Association des pompiers de Montréal a tiré la sonnette d'alarme sur l'augmentation du nombre de cas de cancer chez ses membres. Alors que cette association ne comptait aucun cas répertorié en 2011, elle avait 60 dossiers ouverts en 2016. 

Depuis avril 2016, la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) reconnaît sept types de cancer comme des maladies professionnelles chez les pompiers. Les différentes associations représentant les pompiers aimeraient toutefois que la CNESST en reconnaisse davantage.

Une tragédie dans Saint-Roch il y a 100 ans

Le mémorial de la rue Langelier est tout... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 3.0

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Le mémorial de la rue Langelier est tout près de l'endroit où un incendie a emporté trois pompiers il y a cent ans.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Il y a 100 ans, un mur d'un commerce en flammes de la rue Saint-Joseph s'écroulait sur le pompier Jean-Baptiste St-Hilaire et l'emportait dans la mort avec deux de ses collègues.

Un siècle plus tard, une dizaine de descendants du pompier St-Hilaire se sont réunis à quelques rues de là, sur le boulevard Langelier, afin de saluer ce grand-père qu'ils n'ont jamais connu.

«Je me suis rendu compte qu'on savait peu de choses sur lui. C'était comme une légende dans la famille», raconte son petit-fils Yvon St-Hilaire après la cérémonie commémorative du Service de protection contre l'incendie de la Ville de Québec, mercredi. C'est pourquoi, une fois à sa retraite, M. St-Hilaire a fait des recherches pour reconstituer son histoire et produire un document souvenir pour sa famille. 

Jean-Baptiste St-Hilaire a été appelé à combattre l'incendie du magasin Simard & Carmichael, qui a débuté en pleine nuit le 19 février 1917 dans le quartier St-Roch. Selon un article d'époque du Soleil, lui et son collègue Charles L'Heureux étaient montés dans une échelle près du magasin voisin, le Pollack, lorsque le mur du magasin s'est soudainement écroulé sur eux. Le capitaine Edmond Lamontagne, qui était au pied de l'échelle, a également péri. 

«La chose la plus atroce, c'est que quand le mur est tombé sur les trois pompiers, mon arrière-grand-père était là et a vu son fils mort», raconte M. St-Hilaire. Jean-Baptiste St-Hilaire, âgé de 30 ans, laissait dans le deuil sa femme de même que quatre jeunes enfants. 

D'imposantes funérailles civiques ont été organisées pour ces trois pompiers. Selon le journal Le Devoir, les trois corps reposaient dans une voiture tirée par six chevaux et ont défilé dans la basse-ville de Québec, devant une foule estimée à 30 000 personnes. 

Très fréquents à l'époque, les incendies faisaient rarement autant de victimes. Des journaux ont par la suite critiqué les normes de construction des magasins à large façade et leur absence de gicleurs.




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