Les hommes en détresse entendus par Québec

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Attendu depuis longtemps par les intervenants spécialisés en intervention masculine, le plan d'action vise à intervenir davantage, en amont, pour prévenir les multiples problématiques qui touchent les hommes.

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(Québec) La détresse silencieuse des hommes, un sujet longtemps tabou, a maintenant l'oreille du ministère québécois de de la Santé. Le ministre Gaétan Barrette a annoncé mardi un financement supplémentaire de 31 millions$ sur cinq ans dans le cadre de «la première politique ministérielle de santé et de bien-être des hommes de l'histoire du Québec».

Attendu depuis longtemps par les intervenants spécialisés en intervention masculine, dont plusieurs ont assisté à la conférence de presse du ministre Barrette, à l'organisme AutonHommie, dans Limoilou, ce plan d'action vise à intervenir davantage, en amont, pour prévenir les multiples problématiques qui touchent les hommes. Actuellement, le budget consacré à la santé masculine s'établit à 10,2 millions$ annuellement.

Les statistiques témoignent d'une situation préoccupante. Trois suicides sur quatre sont commis par les hommes. La consommation abusive d'alcool est deux fois et demie plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Plus de 18% des garçons abandonnent l'école avant la fin du secondaire (contre 11,9% chez les filles). Itinérance, criminalité, violence conjugale, dépression en situation de perte, autant de maux supplémentaires qui viennent noircir le portrait.

«Il s'agit de problématiques bien réelles, dont on parle peu, parfois de façon spectaculaire, mais qui touchent les hommes au plus profond d'eux-mêmes», explique le ministre, se disant d'«une génération où la détresse masculine n'était pas nécessairement perçue comme elle aurait dû l'être».

À l'époque, ajoute-t-il, «on a tous vu que c'était caché, que les gens n'allaient pas chercher de l'aide. On a aussi tous vu que l'aide n'était pas là.»

L'aide gouvernementale octroyée sera versée directement aux organismes communautaires, «fer de lance de l'intervention et du succès», qui viennent en aide aux hommes en détresse. «On a choisi d'appuyer ce milieu qui est très actif depuis des décennies plutôt que de créer d'autres structures», se réjouit Richard Cloutier, professeur émérite de psychologie à l'Université Laval.

Trop d'hommes étant encore réticents à aller chercher de l'aide lorsque les coups durs s'accumulent, le ministre estime que les approches des intervenants du secteur public devront être revues.

«Nous allons donner aux organisations communautaires des outils qui vont varier d'un endroit à l'autre, pour aller chercher les gens qui ont des problèmes. Les hommes ont la caractéristique de ne pas aller chercher spontanément des ressources, c'est un problème. Les hommes, que voulez-vous, sont comme ça.»

«Un pas en avant considérable»

Treize ans après le dépôt de son rapport sur la santé et le bien-être des hommes, Gilles Rondeau a accueilli avec une satisfaction non dissimulée l'annonce d'un premier plan d'action gouvernemental pour soulager la détresse masculine.

Spectateur attentif à la conférence de presse du ministre Barrette, le professeur émérite en travail social de l'Université de Montréal indique que ce geste marquait «un pas en avant considérable» pour l'aide sur laquelle pourront dorénavant compter les hommes en souffrance.

«On a l'impression de faire maintenant partie des pensées et des politiques du ministère, d'être considéré comme un enfant légitime...», glisse-t-il au Soleil.

C'est au début des années 2000 que Gilles Rondeau avait été nommé à la tête d'un comité sur la santé et le bien-être des hommes. Il avait remis son rapport quatre ans plus tard au ministère de la Santé de l'époque, Philippe Couillard.

Même s'il reste encore beaucoup de travail à faire, M. Rondeau estime que l'investissement en vaut la chandelle, trop d'hommes étant laissés à leur propre sort. «Les hommes, si on ne les encourage pas, c'est des gars qu'on perd, qui se ramassent à la rue, en itinérance, davantage que les femmes.»

Déjà, avec le financement récurrent de 750 000$ par année accordée en 2009 par l'ex ministre de la Santé Yves Bolduc, les intervenants avaient réussi à faire«un chemin considérable», ajoute-t-il.

«On passe de 20M$ à 31M$ sur cinq ans. Au bout de ces cinq ans, inquiétez-vous pas, on va revenir pour en demander plus. C'est important de passer le message que les hommes font partie de la solution et que leur santé est quelque chose d'important.»

Quelques chiffres

  • 92% des hommes disent ne pas aimer se sentir contrôlés par les autres
  • 85% tentent de résoudre leurs problèmes seuls
  • 60% hésitent à recourir à de l'aide même si cela peut les aider à s'en sortir
  • 45% se disent agacés quand quelqu'un cherche à les aider s'ils sont tristes ou préoccupés
  • 35% disent que leur fierté en prend un coup quand ils sont forcés de demander de l'aide
Source : Perception des hommes québécois et de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que leur rapport aux services, Jacques Roy, sociologue chercheur de l'équipe Masculinité et société de l'Université Laval.

 

Ce qu'ils ont dit...

«Il existe une surreprésentation masculine dans à peu près toutes les problématiques, sauf la dépression. On ne se met pas en mode prévention. On pourrait socialiser les garçons de façon différente. Déjà, à la maternelle des problèmes d'immaturité affective qu'on laisse passer alors qu'on pourrait contrer des dérapages. Quatre-vingt-dix pour cent des places en prison sont occupées par des hommes et qu'on ne fait rien pour prévenir cet éléphant dans la pièce.»

- Richard Cloutier, professeur émérite de psychologie, Université Laval

«C'est une annonce extraordinaire qu'on attendait depuis longtemps, un plan qui s'accorde avec l'évolution sociale. De plus en plus, les hommes s'expriment et vont chercher des services. La détresse masculine est quelque chose d'important dans notre société. Aider les hommes c'est aussi aider par ricochet les femmes, les enfants, les familles. Quand on travaille sur les hommes, on travaille sur l'ensemble de la société.»

- Jacques Roy, professeur associé Université du Québec à Rimouski et intervenant à AutonHommie)

«Nous sommes très satisfaits. C'est une avancée historique. (Cet argent) va nous permettre de hausser substantiellement nos services et de répondre à la demande qui est en augmentation depuis 10 ans. L'an dernier, c'était une augmentation de 15%; cette année c'est 6 ou 7%. Il y a toujours plus de demandes.»

- André Beaulieu, directeur général d'AutonHommie




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