L'Amundsen en mission pour évaluer la santé des Inuits

L'Amundsen lèvera l'ancre dans moins de dix jours... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

L'Amundsen lèvera l'ancre dans moins de dix jours avec à son bord une importante équipe devant mener une enquête portant sur la santé des Inuits.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Comment vont les jeunes du Grand Nord québécois? La plus importante enquête menée sur l'état de santé des Inuits tentera de répondre à cette ambitieuse question. Et c'est à bord du brise-glace de la Garde-côtière l'Amundsen, qui lèvera l'ancre dans moins de dix jours, qu'une importante équipe s'affairera à collecter les précieuses données pour y parvenir.

«Les jeunes, on ne les comprend pas!» C'est notamment ce qu'ont exprimé les Inuits consultés pour l'élaboration de l'importante l'enquête baptisée Qanuilirpitaa? 2017 («Comment ça va aujourd'hui?») dont les coûts sont évalués à 9,2 millions $. 

À la différence de celle de 2004, appelée Qanuilirpitaa? («Comment ça va?»), les experts de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du centre de recherche du CHU de Québec ont été en contact permanent avec les leaders des 14 communautés qui seront sondées du 19 août au 5 octobre. «C'était vraiment important pour nous de consulter les Inuits sur ce qu'ils veulent savoir de leurs populations», explique la chef de mission, Suzanne Bruneau. 

Un important volet jeunesse a donc été ajouté à l'enquête par rapport à la précédente menée il y a 13 ans. Celle de 2017 comptera également le double de participants. Sur les 2000 Inuits qui se soumettront aux différents questionnaires des chercheurs, la moitié d'entre eux seront âgés entre 16 et 30 ans. «Il faut savoir qu'au Nunavik, plus de 50 % de la population est âgée de moins de 20 ans», souligne la directrice de la santé publique du territoire, la Dre Françoise Bouchard. 

Les taux élevés de maladies transmises sexuellement, de violence et évidemment, de suicides présents chez les plus jeunes membres des communautés ne sont pas étrangers à la volonté d'en savoir davantage sur leur réalité. «Ça touche énormément les gens lorsqu'un décès survient», fait valoir la DBouchard. D'ailleurs, un des trois questionnaires porte strictement sur la santé mentale. «Nous voulons enquêter plus à fond sur la détresse qu'ils peuvent vivre», ajoute-t-elle. 

Un portrait moins sombre

Bien qu'elle reconnaît cette triste réalité, Suzanne Bruneau rappelle que tout n'est pas noir auprès de cette frange de la population. «Il y a plein de jeunes super dynamiques qui prennent leur avenir en main», fait-elle valoir. Elle constate qu'ils sont nombreux à vouloir trouver des solutions aux problématiques qu'ils vivent. 

Quelque chose qui est vrai également chez leurs aînés. La preuve réside, dit-elle, dans leur grande implication dans l'enquête, réalisée «par et pour» eux. Lors des consultations, les Inuits ont également exprimé le désir que les chercheurs s'attardent sur la santé des hommes «parce qu'ils ne vont pas souvent se faire soigner» et les personnes âgées qui font l'objet de victimisation, rapporte Mme Bruneau. 

Ces deux préoccupations, parmi de nombreuses autres, ont été prises en considération par les équipes de recherches qui s'attarderont également à la nutrition et à la santé physique des participants beaucoup plus sédentaires après avoir délaissé leur mode de vie traditionnel. Des nouvelles maladies ont également émergé, comme la tuberculose ou la syphilis, des phénomènes que les experts tenteront d'évaluer.

Outre le volet jeunesse, celui du communautaire a été ajouté. «Nous regarderons leurs forces et leurs ressources dans le but d'en dresser un portrait», précise la directrice de la santé publique. Comme pour chacun des aspects étudiés, les résultats permettront aux autorités locales d'ajuster leurs politiques et de mettre sur pied des programmes adéquats. 

Des surprises? 

Suzanne Bruneau, qui a également joué le rôle de chef de mission en 2004, ne s'attend pas nécessairement à de révélations fracassantes lorsque les données seront compilées. «Mais on ne sait jamais ce qu'on va découvrir», expose-t-elle. Le nombre de diabétiques par exemple était très bas chez les Inuits il y a 13 ans. Va-t-on découvrir qu'il a augmenté comme chez les autres communautés autochtones? «On n'en a aucune idée!» Idem avec les fumeurs qui étaient extrêmement nombreux, mais qui auraient pu écraser depuis.

«On ne s'attend pas à des surprises, ce qu'on veut c'est un portrait plus raffiné des différentes réalités pour mettre en place des actions plus raffinées», ajoute la directrice de la santé publique du territoire, la Dre Françoise Bouchard. «L'important c'est de détecter les problèmes émergents et de regarder si ceux précédents ont évolué», conclut Mme Bruneau.

***

L'enquête en bref

Itinéraire 

Le navire de recherche scientifique entamera son périple le 19 août à Kuujjuaraapik et visitera chacune des 14 communautés du Nunavik en remontant la côte d'Hudson pour ensuite redescendre celle d'Ungava. L'aventure de 48 jours se terminera à Kuujjuaq le 5 octobre après avoir sondé 2000 participants choisis aléatoirement, dont 1000 jeunes âgés entre 16 et 30 ans.

-----

Échantillonnage

Une campagne auprès des radios communautaires a été lancée, des affiches ont été posées à des endroits stratégiques et du porte-à-porte a été réalisé afin de rejoindre le plus possible de participants. «C'est certainement un défi», admet la directrice de la santé publique du territoire, la Dre Françoise Bouchard puisque les résidants choisis aléatoirement ne peuvent être joints par cellulaire ou Internet. Une quarantaine de participants seront vus par jour. Ceux-ci seront transportés dans un véhicule jusqu'à la plage où ils embarqueront soit dans une barge ou un hélicoptère, selon les conditions météo, afin de rejoindre l'Admundsen aménagé en véritable clinique.

----- 

Des jeunes impliqués

La Commission scolaire Kativik a mis sur pied un projet afin d'intéresser les jeunes aux domaines de la santé, de la recherche et de l'éducation. Des étudiants seront choisis pour monter à bord du bateau afin de travailler avec des membres des équipes de recherche. «L'enquête va peut-être les mener à s'investir dans un métier lié aux sciences?», espère la chef de mission, Suzanne Bruneau.

----- 

Reprise de service

Ce printemps, le brise-glace de la Garde-côtière canadienne, l'Amundsen, a été réquisitionné à Terre-Neuve puisque la province maritime était aux prises avec d'importantes masses de glaces accumulées. Or, le navire scientifique devait participer au même moment à un important projet de recherche qui doit étudier l'impact des changements climatiques sur l'hydrologie de la baie d'Hudson, le BaySys. Celui-ci a été mis en péril alors que le biologiste de l'Université Laval Louis Fortier, directeur scientifique du réseau de recherche ArcticNet, ne savait toujours pas jeudi ce qu'il en adviendra. Mais après cet épisode inattendu, l'Amundsen a repris du service sans problème et poursuit ses activités normalement.

***

L'enquête en chiffres

  • 2000 participants 
  • Coût estimé de 9,2 millions $
  • 48 jours de collecte de données 
  • 14 communautés visitées
  • 39 spécialistes à bord de l'Amundsen
  • 70 % de la population du Nunavik a moins de 35 ans




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer