Manger du placenta, une pratique déconseillée par le ministère de la Santé

Dans plusieurs pays, notamment en Chine, en Allemagne... (Ap, Francisco Kjolseth)

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Dans plusieurs pays, notamment en Chine, en Allemagne et aux États-Unis, il est tendance de consommer le placenta en raison des nutriments qu'il contient.

Ap, Francisco Kjolseth

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(Québec) Afin d'uniformiser les pratiques entourant la récupération du placenta après un accouchement, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vient de transmettre une procédure à suivre aux directions des établissements. Le parent doit notamment être informé que «l'ingestion du placenta est fortement déconseillée».

De façon générale, les placentas sont des déchets anatomiques humains qui, selon les exigences du Règlement sur les déchets biomédicaux, doivent être incinérés, explique le Ministère dans une circulaire datée du 13 juillet. 

«Cependant, lorsqu'un placenta est réclamé par un parent à la naissance, le placenta n'est plus considéré comme un déchet biomédical et n'est donc plus soumis aux exigences du Règlement», peut-on lire dans le document signé par le sous-ministre Michel A. Bureau.

Ainsi, ajoute-t-on, un parent qui désire conserver le placenta doit le signifier au centre accoucheur le plus tôt possible avant l'accouchement afin de faire connaître sa volonté et d'entamer la procédure de remise. 

Le MSSS demande aux établissements d'informer le parent que dans certaines situations comme une contamination virale, le placenta pourrait ne pas être remis. «Un placenta qui devrait être transmis au laboratoire pour une analyse d'anatomopathologie n'empêche pas qu'il soit remis aux parents par la suite. Cela peut par contre entraîner des délais», détaille-t-il encore.

Comme le placenta peut être contaminé par des agents infectieux, le parent doit être avisé que «l'ingestion du placenta est fortement déconseillée». «Il n'est pas manipulé dans des conditions permettant d'en assurer la salubrité alimentaire», souligne le MSSS.

Engagement écrit

Avant de récupérer le placenta, le parent doit s'engager, par écrit, à respecter certaines conditions : le placenta doit être manipulé avec des gants imperméables «et il faut se laver les mains avec du savon et de l'eau après l'avoir manipulé»; toutes les mesures doivent êtres prises «pour éviter un dommage à l'environnement ou une quelconque nuisance, par exemple s'assurer que des enfants ou des animaux ne puissent y avoir accès»; enfin, le placenta ne doit pas être «vendu ou cédé ou faire l'objet de toute autre transaction». 

Au CHU de Québec, on dit ne pas avoir observé de hausse des demandes de placenta. «C'est encore quelque chose de très marginal, et c'est une pratique qui était déjà encadrée au CHU de Québec, où on fait signer un formulaire de dégagement de responsabilité dans lequel on donne différentes informations et conseils. En fait, la circulaire du Ministère vient seulement uniformiser les procédures dans les établissements, et elle est à l'image de ce qu'on fait déjà. Si, par exemple, on trouve un pathogène en laboratoire comme le VIH ou l'hépatite B, on ne remettra pas le placenta», dit un porte-parole, Jean-Thomas Grantham. 

M. Grantham insiste par ailleurs sur les risques que peuvent poser la consommation de placenta qu'on a envoyé en laboratoire de pathologie. «Il n'y a pas de stérilité parfaite, donc il peut y avoir une certaine contamination», indique-t-il.

Au CHU de Sainte-Justine, on n'était pas en mesure mardi de nous fournir des informations entourant la récupération du placenta. Le ministère de la Santé n'avait pas non plus répondu à nos questions au moment d'écrire ces lignes.

La placentophagie, une tendance dans plusieurs pays

Dans plusieurs pays, notamment en Chine, en Allemagne et aux États-Unis, il est tendance de consommer le placenta en raison des nutriments qu'il contient. 

Des vedettes comme Jennifer Aniston, Kim Kardashian et Victoria Beckham sont de celles qui sont convaincues des vertus nutritives et énergétiques de la placentophagie, qui aurait également, selon ses adeptes, des propriétés anti post-partum. S'il est vrai que le placenta est composé de plusieurs nutriments (dont des vitamines, des minéraux et des oligo-éléments), il semble qu'il n'en contienne en réalité pas beaucoup plus que du foie de veau. 

Certains le mangent cru, comme les animaux. D'autres le cuisinent. On trouve même des recettes à base de placenta sur Internet. 

Il y a aussi la version gélules, fabriquées à partir de placenta déshydraté. À Saint-Basile, dans Portneuf, une mère de famille, Mélanie Mayrand, se spécialise dans l'encapsulation du placenta. 

Sur le site internet de son entreprise, elle explique que l'encapsulation du placenta est une méthode «très accessible à toutes les femmes» qui permet de retirer le maximum de son contenu. Selon elle, la placentophagie permettrait  notamment une production lactée de qualité et diminuerait les risques de «baby-blues».

Zone grise

En entrevue au Soleil, Mélanie Mayrand a dit souhaiter que les activités d'encapsulage de placenta soient encadrées par une loi. «Actuellement, on est dans une zone grise. On ne cadre pas dans les aliments de santé naturelle ni ailleurs. J'aimerais qu'on ait une loi spécifique à ce qu'on fait pour s'assurer que c'est fait de la bonne façon par tout le monde», dit Mme Mayrand, qui a dû envoyer ses protocoles de transformation et de désinfection à Santé Canada, il y a cinq ans. «On a jugé que ce que je faisais ne posait pas de risques pour la santé de la population», a-t-elle assuré.

D'autres utilisations

La mode de la récupération du placenta humain ne se résume pas à la placentophagie. On peut aussi l'enterrer afin de nourrir la terre d'un arbre qu'on aura planté après une naissance ou en faire des oeuvres d'art et des tee-shirts, le placenta faisant ici office de pochoir. Sur Internet, on a également vu des oursons (pas tout à fait) en peluche, fabriqués à partir de placenta séché et traité aux conservateurs naturels. Élisabeth Fleury




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