Médicaments génériques: vers des économies?

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(Québec) L'affirmation

«On les paie trop cher, nos médicaments. [...] Moi, je suis tout à fait disposé à aller de l'avant avec mon appel d'offres. Il est écrit, il était censé être publié le 1er juillet, il ne l'a pas été parce que le 30 juin au soir, on a eu un appel nous demandant d'y surseoir», a indiqué cette semaine le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Alors, est-ce que le prix des médicaments dits génériques (soit des «copies» de médicaments d'origine dont les brevets sont échus) est trop élevé chez nous? Et peut-on s'attendre à ce que des appels d'offres les fassent baisser pour la peine?

Les faits

Au Canada, ce sont les provinces qui choisissent comment déterminer le prix des génériques et, historiquement, elles ont fixé plus ou moins arbitrairement ces prix en fonction du coût de l'équivalent «d'origine» - en moyenne autour de 65 % du prix du médicament d'origine. Résultat : en 2010, par rapport à sept autres pays comparables (France, Allemagne, Suède, Italie, Suisse, Royaume-Uni et États-Unis), les génériques étaient environ 65 % plus chers au Canada, d'après des chiffres du Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés.

Presque toutes les provinces ont par la suite plafonné beaucoup plus sévèrement le prix des génériques (généralement 18 à 35 % du prix de l'équivalent d'origine, selon le cas), si bien que l'écart de prix par rapport aux marchés étrangers a été ramené à 10 % en 2015. Le Québec en a bénéficié parce que sa politique implique de demander le meilleur prix obtenu par les autres provinces. Mais il est bien possible qu'il reste encore beaucoup de «marge» : en témoigne le fait que l'Association canadienne du médicament générique a proposé en juin dernier 300 millions $ d'économies supplémentaires par année pour le régime public d'assurance-médicament. Sur une facture annuelle québécoise de 800 millions $, on peut dire qu'on payait «trop cher», oui.

Maintenant, est-ce qu'on peut aller chercher beaucoup plus par des appels d'offres? C'est moins clair qu'il n'y paraît.

Il y a certainement des raisons de le penser, en tout cas. Par exemple, d'après un rapport du Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) qui portait justement sur le prix des génériques, le régime public d'assurance-médicament du Québec payait 62 ¢ par comprimé de 40 mg de simvastine (un médicament contre le cholestérol) en 2012. Par comparaison, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande, deux pays qui procèdent par appels d'offres, payaient de 3 à 4 ¢... Et en 2015, une étude de la RAMQ a trouvé des écarts du même ordre pour quelques médicaments entre les prix payés par l'assurance publique et les hôpitaux québécois (qui achètent en groupe et par appels d'offres).

Il faut toutefois noter ici que ces différences de prix ne prévalent pas pour tous les médicaments.

Il fait peu de doute que les génériques... (123RF / Emilia Mariana Ungur) - image 2.0

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Il fait peu de doute que les génériques sont inutilement chers au Québec.

123RF / Emilia Mariana Ungur

Cela dit, d'autres provinces ont déjà lancé des appels d'offres dans le passé, sans grand succès. L'Ontario l'a fait en 2008, mais la province voulait avoir trois fournisseurs différents par molécule afin d'éviter les problèmes d'approvisionnement qui peuvent survenir quand on fait affaire avec une seule compagnie. Pour l'industrie, cela signifiait qu'en plus de devoir remporter un appel d'offres, il fallait ensuite affronter de la concurrence, ce que les fabricants de génériques ont jugé inintéressant. De même, la Saskatchewan a longtemps tenté de procéder par appels d'offres, mais peu de compagnies y participaient, notamment par crainte de devoir baisser leurs prix ailleurs par la suite, selon le rapport du CSBE. Comme le Québec est un marché relativement petit, il est possible que son appel d'offres suscite peu d'intérêt de la part de l'industrie.

Notons que le CSBE déconseillait de procéder de cette manière afin de garder une diversité de fournisseurs et parce que des génériques «équivalents» (en principe) peuvent avoir des effets secondaires différents d'un patient à l'autre, si bien qu'il est préférable, du point de vue des soins, d'avoir un éventail aussi large que possible.

En théorie, les appels d'offres du public vaudront également pour les régimes privés, nous dit-on au ministère de la Santé. Mais, avertit Caroline Cambourieu, chercheuse en santé publique à l'UdeM et co-auteure du rapport du CSBE, il n'est pas impossible qu'une baisse de prix donne lieu à des jeux de tiroir où l'industrie donnerait d'une main pour reprendre de l'autre. Le fait que des joueurs majeurs de ce secteur sont «intégrés verticalement» - Jean Coutu, par exemple, agit à la fois comme détaillants, comme grossiste et comme fabricant de génériques - pourrait leur en donner la possibilité, dit-elle.

À cet égard, d'ailleurs, notons qu'une baisse de prix décrétée par le Québec en 2010 (la province avait alors calqué la politique de fixation des prix de l'Ontario, plus avantageuse) avait eu un drôle d'effet. Selon des données de la société TELUS Santé, qui gère des dossiers médicaux pour des assureurs privés, le coût moyen d'une prescription de génériques était passé de 37,76 $ à 36,51 $ à la RAMQ de 2010 à 2012, mais elle avait augmenté de 50,27 $ à 52,15 $ pour les prescriptions couvertes par le privé. L'explication résiderait du côté des pharmaciens qui, perdant des revenus au public, auraient augmenté les honoraires qu'ils factureraient au privé pour compenser, rapportait Le Soleil en 2013.

Verdict

Ça reste à voir. Il fait peu de doute que les génériques sont inutilement chers au Québec, mais l'équation entre appels d'offres et économies est moins évidente que le suggère le ministre Barrette. Et même si cela tire les prix vers le bas pour le public, il demeurera possible qu'une baisse pour les uns devienne une hausse pour les autres, ce qui ne serait alors, dans l'ensemble, pas un gain.




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