IQOS, cigarette électronique «prise 2»

Philip Morris, le géant derrière Marlboro, joue gros... (Fournie par Philip Morris)

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Philip Morris, le géant derrière Marlboro, joue gros avec son produit iQOS, surnommé «I Quit Ordinary Smoking» («Je quitte la façon ordinaire de fumer»).

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(Québec) L'iQOS, la cigarette électronique nouveau genre développée à grands coûts par le géant du tabac Philip Morris, est maintenant arrivée au Québec. Si la technologie chauffant le tabac plutôt que de le brûler connaît du succès à travers le monde, elle divise aussi partout où elle passe. Déjà, le Conseil québécois sur le tabac et la santé met en garde la population.

Lancée au Japon, en 2014, la cigarette iQOS a fait son chemin sur les tablettes de commerces de plusieurs pays d'Europe et de l'Ouest canadien, depuis un an. Le Québec n'y échappe plus. La technologie sans fumée de Philip Morris, qui utilise du tabac chauffé plutôt que la nicotine liquide des cigarettes électroniques, est offerte dans un premier commerce de Montréal, Pat et Robert Tabagie, depuis la mi-juin. 

La loi québécoise, plus restrictive pour la vente de produits du tabac, complique un peu la commercialisation du produit dans la province, admet Peter Luongo, directeur général de Rothmans, Benson & Hedges (RBH), détaillant canadien de Philip Morris. L'arrivée de l'iQOS dans plusieurs autres dépanneurs et tabagies au Québec ne saurait toutefois tarder. «Ça s'en vient», lance M. Luongo. 

«C'est un appareil électronique qui chauffe des bâtons de tabac spécialement conçu à cette fin. Il y a une saveur de vapeur, mais pas de fumée. L'idée est de donner aux fumeurs un meilleur choix pour consommer du tabac, avec un goût plus proche de la cigarette que la cigarette électronique», explique le directeur général de RBH. 

Il faut dire que Philip Morris, le géant derrière Marlboro, joue gros avec son produit iQOS, surnommé «I Quit Ordinary Smoking» («Je quitte la façon ordinaire de fumer»). Trois milliards de dollars ont été investis uniquement pour développer la technologie destinée à attirer les fumeurs et «vapoteurs». 

Sur son site Internet, la multinationale écoulant annuellement des milliards de cigarettes va loin en parlant de ses produits sans fumée. En parlant d'«agir de façon responsable», Philip Morris affirme souhaiter un monde où la cigarette traditionnelle n'existerait plus. «Notre vision est que ces produits [sans fumée] vont un jour remplacer les cigarettes.»

«Inquiétude et scepticisme»

Au Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS), les belles paroles de la multinationale n'impressionnent pas. Pour la porte-parole de l'organisme, Claire Harvey, «on a vraiment l'impression que c'est la prise deux de la cigarette électronique.»

«On accueille l'arrivée de la cigarette iQOS au Québec avec inquiétude et scepticisme. On invite les gens à être prudents», affirme-t-elle.  

Là où Peter Luongo voit une alternative moins nocive pour la santé des fumeurs, Claire Harvey voit plutôt «une tentative de rassurer les gens» par rapport au tabac, qui risque de faire de nouveaux adeptes.

Le directeur général de RBH réplique en disant que c'est une erreur de bloquer le produit en raison de conséquences négatives «hypothétiques». «C'est très simple. Nous avons quatre millions de fumeurs au Canada et présentement, il faut leur offrir de meilleures alternatives. Ce serait une erreur de ne pas leur offrir en raison de ce qui pourrait arriver», assure Peter Luongo.

***

Débat scientifique et légal

Les études financées par Philip Morris sur son nouveau produit ont établi que les composantes nuisibles à la santé des fumeurs dans une cigarette traditionnelle sont réduites de 90 % à 95 % avec l'iQOS. Le directeur général de Rothmans, Benson & Hedges, Peter Luongo, n'hésite pas à utiliser la statistique. 

Une étude suisse indépendante publiée en mai dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) est cependant arrivée à des résultats beaucoup moins reluisants. Cette dernière expérimentation a trouvé dans l'iQOS un taux de nicotine équivalant à 84 % de celui trouvé dans une cigarette traditionnelle, en plus de nombreux produits chimiques nocifs, dont du monoxyde de carbone et des composés organiques volatils.  

En Nouvelle-Zélande, Philip Morris se retrouve depuis mai devant les tribunaux, accusée par le ministère de la Santé néo-zélandais d'avoir contourné la loi en vendant son produit en ligne. C'est que la nouvelle technologie crée des flous légaux, les lois ayant été rédigées pour contrer la cigarette traditionnelle. 

«À coup de milliards»

Pour le Conseil québécois sur le tabac et la santé, l'iQOS n'a simplement pas fait ses preuves. «Quand les études sont financées par l'industrie à coups de milliards, ça dit ce que l'industrie veut entendre. Ça prend une dizaine d'années avant de pouvoir constater l'impact sur la santé des gens. Ce n'est pas comme si Philip Morris avait une grande crédibilité en ce qui a trait à la santé publique. Ils ont menti pendant plus de 50 ans à la population» pointe la porte-parole Claire Harvey.

Elle réfère au jugement de la Cour supérieure du Québec de 2015, condamnant RBH, Imperial Tobacco et JTI-­MacDonald à verser 15,5 milliards $ à quelque 100 000 fumeurs, pour avoir commercialisé des produits nocifs pour la santé et menti sur leurs méfaits, entre 1950 et 1998. La cause a été portée en appel en novembre et un jugement est attendu dans les prochains mois. 

Au Québec, plus de 5000 personnes sont mortes d'un cancer du poumon causé par le tabagisme en 2016. Selon le CQTS, «19,6 % des Québécois âgés de 12 ans et plus fument et risquent de mourir 10 ans plus tôt à cause de cette dépendance.»

***

Déjà 2 millions de consommateurs réguliers

«L'iQOS connaît beaucoup de succès à travers le monde. Il y a déjà plus de deux millions de consommateurs réguliers. Philip Morris construit présentement des installations destinées à produire des cigarettes iQOS aussi vite qu'ils le peuvent», explique le directeur général de Rothmans, Benson & Hedges, Peter Luongo. 

Les nouvelles des derniers mois lui donnent raison. Après l'inauguration d'une première usine à 500 millions d'euros consacrée à l'iQOS, à Bologne, en septembre, Philip Morris a annoncé en avril un investissement de 300 millions d'euros pour la reconversion d'une usine grecque à cet effet. Puis, mi-juin, une autre annonce de reconversion à grands coûts, 320 millions d'euros, à Zwickau, en Allemagne. 

Devant le succès rapide que connaît l'iQOS, les autres grands cigarettiers sont d'ailleurs forcés d'emboîter le pas. Japan Tobacco Inc., troisième plus grand détaillant de cigarettes au monde, a maintenant lancé sa propre cigarette électronique chauffant le tabac, la «Ploom Tech», et quadruplera ses investissements dans les produits sans fumée d'ici la fin de 2018.




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