Aide à mourir: pas aux «amochés» de se battre

Lui-même atteint d'une maladie dégénérative, Ghislain Leblond a... (Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

Lui-même atteint d'une maladie dégénérative, Ghislain Leblond a honte du gouvernement provincial lorsqu'il voit des malades devoir sortir publiquement et entamer des démarches légales pour avoir le droit à l'aide médicale à mourir.

Le Soleil, Patrice Laroche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Que deux malades se voient obligés de contester les lois québécoises et canadiennes sur l'aide médicale à mourir est une «honte», dénonce le pionnier dans le débat sur la mort dans la dignité, Ghislain Leblond. Selon lui, l'inaction du gouvernement force maintenant «les plus amochés de notre société à aller faire un spectacle devant les caméras pour essayer d'émouvoir les gens.»

Au tournant de la dernière décennie, Ghislain Leblond, un ancien haut fonctionnaire paralysé à plus de 80 % par une maladie dégénérative, était devenu un acteur phare de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, au Québec. Trois ans après l'adoption du projet de loi sur les soins de fin de vie, constatant que les malades québécois ont désormais moins de droits que le reste des Canadiens, l'homme de Québec lance un nouveau cri du coeur. 

Ghislain Leblond n'a pas digéré de voir Nicole Gladu et Jean Truchon, tous deux sévèrement handicapés, devoir sortir publiquement et entamer des démarches légales, cette semaine, après s'être vu refuser l'aide médicale à mourir.

«Mettez-vous dans leurs chaussures. Contraints à aller s'exhiber comme des bêtes de cirque devant les caméras pour faire bouger les choses. Je suis moi-même en fauteuil roulant et je suis un peu habitué aux médias. Chaque fois que je vais devant une caméra, c'est dur pour moi et c'est encore plus dur pour mes filles», confie l'ex-sous-ministre au provincial et fédéral, la voix chargée d'émotion. «Et je ne suis pas au niveau de dégradation de ces gens-là. C'est d'une tristesse incroyable.»

Le procès vers lequel les deux malades se dirigent laissera des traumatismes très profonds, pointe Ghislain Leblond. «En Cour, tous les détails de ton dossier médical sont publiés. Tu es contre-interrogé par des experts qui vont débattre d'à quel point tu souffres. D'un point de vue de stricte compassion, c'est tout à fait inadmissible.»

Si les démarches légales entamées cette semaine visent les lois provinciales et fédérales sur l'aide médicale à mourir, M. Leblond tire pour sa part à boulets rouges sur le premier ministre Philippe Couillard. «J'ai honte de notre gouvernement et de notre premier ministre, qui se cache derrière le fédéral pour ne pas faire son travail.»

«Moins de droits que le reste du Canada»

C'est qu'il y a longtemps que la loi québécoise aurait dû être modifiée pour se plier à l'arrêt Carter de la Cour suprême, rendu en 2015, martèle Ghislain Leblond. Ce jugement avait alors tranché que toute personne jugeant ses souffrances insupportables devait avoir accès à l'aide médicale à mourir. 

Depuis, le gouvernement fédéral a adopté la controversée loi C-14, élargissant l'aide médicale à mourir aux personnes dont la mort est «raisonnablement prévisible». S'il estime nécessaire de contester la loi C-14 et son flou constitutionnel, Ghislain Leblond est beaucoup plus vite à écorcher la législation québécoise. La loi 2 sur les soins de fin de vie n'a pas été modifiée depuis l'arrêt Carter, et limite encore à ce jour l'aide médicale à mourir aux personnes «en fin de vie». 

Le père de deux filles est bien placé pour comprendre la distinction légale. En raison de sa maladie dégénérative, Ghislain Leblond pourrait lui-même se retrouver complètement paralysé, avec toute sa tête, dans quelques années. Prisonnier de son corps, «sans qualité de vie et complètement dépendant des autres», il ne serait vraisemblablement pas «en fin de vie», aux yeux de la loi. Selon les dispositions actuelles, celui qui est confiné à son fauteuil roulant électrique depuis 2003 n'aurait pas, au Québec, l'option de l'aide médicale à mourir. 

«Le Québec a fait figure de pionnier avec son exercice sur la mort dans la dignité, qui a apporté la loi 2, mais avec C-14, les Québécois ont maintenant moins de droits que le reste du Canada. Si le gouvernement de Philippe Couillard déposait demain matin un projet de loi qui a pour but de donner au Québécois au moins les mêmes droits que le reste du Canada, ce serait adopté à l'unanimité en une demi-journée», pointe le retraité.

Responsabilité gouvernementale

Au-delà de revoir la loi québécoise, le gouvernement provincial de Philippe Couillard avait aussi la responsabilité de mener la bataille légale contre la loi C-14 dans laquelle deux malades viennent de se lancer, croit Ghislain Leblond. 

En ce sens, le résident de Québec a été renversé par la réaction du ministre de la Santé, mercredi. «C'est un fait pour moi incontestable que C-14 ne répond pas complètement à l'arrêt Carter», a reconnu Gaétan Barrette à Radio-Canada dans la foulée de l'annonce des démarches légales 

Qu'a donc attendu le gouvernement de ministre Barrette pour porter la cause en Cour, depuis un an, demande Ghislain Leblond. Surtout que six ordres professionnels, allant du Collège des Médecins au Barreau, ont interpelé à ce sujet la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, il y a plusieurs mois.

«Pour un citoyen, contester une loi fédérale c'est un chemin de croix que tu entreprends», explique l'ex-haut fonctionnaire, pointant que les deux malades devront aller en Cour supérieure, en Cour d'appel puis en Cour suprême. «On parle de 4 ou 5 ans pour se rendre là.»

Or, si la procureure générale du Québec, qui peut directement amener une cause en Cour d'appel, avait contesté le projet de loi C-14 dès son adoption, en juin 2016, «on serait déjà devant la Cour suprême». 

«Pour des raisons strictement et bassement électorales, le premier ministre Couillard ne veut pas rouvrir le dossier parce qu'il a peur de la réaction. Je trouve ça d'une hypocrisie indigne de la part du gouvernement du Québec. J'ai 72 ans, j'en ai vu beaucoup, mais en terme d'hypocrisie et de cynisme en politique, c'est dans les pires cas que j'ai vus de ma vie», conclu Ghislain Leblond.




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer